17 juin 2007
SACRE BONHOMME...( Chapitre I )
Je remets en ligne l'hommage à mon père, mort en Décembre , il y a une dizaine d'années...
Voici le Chapitre 1, si vous voulez voir le chapitre 2, il est sur le blog à la suite, dans l'ordre logique de lecture....
Dans la série des portraits que j'ai entamée ici,s'il en est un qui me tient particulièrement à coeur,c'est bien celui de cet homme là !
Cette photo,comme celle que vous verrez plus loin date de 1978,il avait alors 65 ans.
Je crois avoir dit en entamant cette rubrique,que parmi les gens "ordinaires" que nous croisons chaque jour,un grand nombre d'entre eux mériteraient qu'on leur consacrât un roman.
Si réellement on voulait écrire un livre sur cet homme,il faudrait sans doute plusieurs volumes.
Peut-être serait-ce moins dense et palpitant que les "Mémoires" de notre blonde chanteuse Lorie,je ne kiffe pas trop, donc je ne les ai pas lues !
Quoi qu'il en soit,je vais essayer,en rassemblant tout ce que je sais de lui, de vous tracer les grandes lignes de la vie de Georges-Gustave, dit Tatave,Jojo,ou encore Le Parisien.
Ne cherchez pas,il n'était ni célèbre,ni même connu,à part de ses proches et de ses amis.
Le portrait,et la photo ci-dessous,où on le voit avec l'une des "Soeurs Etienne",deux poules naines parfaitement apprivoisées,qui se perchaient sur son bras pour l'accompagner dans de paisibles siestes,ces photos sont des images de la partie "tranquille"de sa vie.
Il profite d'une retraite, on le verra, bien méritée.
Cet homme était l'avant-dernier d'une fratrie de huit enfants,tous fils et filles d'un terrassier Belge venu à Paris à l'occasion des grands travaux de la fin du 19ème siècle.
Il est venu,y est resté et a fondé sa famille.
L' enfance de Georges,Georges Gustave, fut celle de tous les gamins des banlieues,fils et filles de prolos comme lui, qui s'amusaient de tout,y compris des scènes de ménage "avinées" du samedi soir.
La misère est joyeuse quelquefois.
Il s'écorchait les genoux sur les pavés des rues de Romainville,s'égratignait les mollets dans les broussailles qui garnissaient les "Fortifs" à cette époque,en compagnie de "Mignonne",la chienne Bas-rouge de la famille.
C'était la "Zone",ni ville ni campagne,et un peu les deux à la fois,un peu bidonville aussi sans doute.
Tout cela aujourd'hui est noyé sous le bitume et le béton.
Il se baignait dans le canal,et somme toute vécut une enfance heureuse,un peu à la manière de ce que décrit Cavanna,dans son livre "Les Ritals".
L'amour d'une mère fut pour lui de courte durée,la sienne mourut alors que le petit dernier.Maurice,avait à peine un an.
Ce qui explique sans doute qu'ils n'étaient que huit, ne comptons pas les deux ou trois enfants mort-nés.
Lui,Georges,n'avait que trois ans.
Les grandes soeurs prirent le relais de la maman trop tôt disparue.
Elles lui permirent aussi d'échapper quelquefois à la colère du père qui maintenait l'ordre à coups de "Marguerite tranquille",c'est ainsi qu'il appelait son ceinturon.
Le père terrassier,Théodore, mourut quand Georges,Tatave pour ses frères et soeurs,avait à peine douze ans.
Comme les grandes soeurs avaient remplacé la mère,le frère le plus âgé,qui avait treize ans de plus,Emile,électricien aux Chemins de Fer,devint lui le chef de famille.
L'ainé,Louis,dit Ptit'Louis n'était déjà plus là.
Cette histoire est donc loin d'être du Zola,puisque le petit georges et son cadet Maurice ont échappé à l'orphelinat !
A douze ans bien sûr il fallut quitter l'école et aller au travail.
Une chance,à cette époque où deux millions d'hommes étaient morts ou estropiés à la guerre,le travail ne manquait pas pour les gamins courageux.
Et notre Georges d'aider son frère René à convoyer les bestiaux aux abattoirs,puis plus tard de travailler dans les carrières de plâtre,plongeur et aide-cuistot dans une guinguette en bord de Marne,et pas mal d'autres boulots...
Après l'enfance,la jeunesse...Sa jolie petite gueule et son physique de jeune costaud lui valurent nombre de bonnes fortunes...
La vie était belle !
Ses yeux pétillaient de malice quand il parlait de cette époque-là...
Les années passent,l'époque change,grèves et manifs,Front Poulaire,le ciel s'assombrit à l'Est.
L'Europe se couvre d'un épais voile brun,il en reste aujourd'hui encore hélas de larges lambeaux.
Puis,c'est la drôle de guerre...Et la guerre,la dernière bien évidemment !
Georges qui s'est marié avec une Auvergnate "montée" à Paris rejoint son régiment,le 23ème d'infanterie sur la ligne Maginot,cette ligne,pur produit du génie militaire français est sûre,elle est infranchissable,et de toute façon,il n'y a pas à s'inquiéter,le slogan de l'époque,c'est "Nous vaincrons,car nous sommes les plus forts !".
C'est pendant cette période que meurt la petite fille de trois ans qu'il eut de sa première épouse.
Infranchissable la ligne ?
Peut-être bien,mais Adolf est un tricheur qui ne connait rien des bonnes règles de la guerre,il fait le tour,et en quelques mois la chose est réglée !
Georges ne participera pas au rallye Strasbourg-Biarritz (Je crois que c'est l'Etat-Major Français qui a gagné !),comme il disait,"..Il s'est fait faire aux pattes", avec une bonne partie de son régiment.
Et les voila nos soldats,en route,à pied,avec godillots et bandes molletières...Direction l'allemagne et ses accueillants "Stalags".
Ils furent deux millions je crois,nos soldats,à visiter et séjourner dans les villages de vacances du Grand Reich...
Mais Georges n'était pas de ces oiseaux dociles qui restent au fond de la cage.
Une première tentative d'évasion lui valut pendant un temps un séjour de trois ou quatre mois dans un camp plus dur,on voyait clairement le fond de la gamelle de soupe,même l'herbe de la cour fut "bouffée",Georges dixit.
Mais le front de l'Est était gourmand en hommes,les campagnes allemandes manquaient de bras.
Beaucoup de prisonniers furent "dispatchés" en "commandos" de travailleurs agricoles.
Voila donc notre titi Parisien transformé en valet de ferme,quelque part en Thuringe.
Le fermier,surnommé "Pépito",s'inquiètait beaucoup pour son fils envoyé sur le front de l'Est.."..Ach! Georges,gross malheur la guerre..".
Gross malheur oui,et elle était loin d'être finie en 1941 !
Et cette fois fut la bonne !
Une carte,fournie par une jeune allemande compatissante,quelques tablettes de chocolat soigneusement épargnées sur les colis de la Croix-Rouge,et en avant,direction la Suisse,avec le copain Gaston.
Ils furent de ceux qui réussirent,seulement 60 000 sur deux millions qui s'évadèrent.
Trois cents kilomètres à pied,une traversée du Danube à la nage,et le confort pendant quelques jours d'une accueillante prison Suisse,et un peu plus tard,la liberté, enfin !
Nous étions à l'été 1941...Pas resté bouclé longtemps Jojo,le mitrailleur du 23ème !
Sur les photos,vous voyez un homme qui frôle gentiment le quintal,il pesait quarante-deux kilos à la fin de ce périple !
----------( A suivre )
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SACRE BONHOMME...( Chapitre II..Suite et Fin )
LIBRE !...Enfin presque....
Je rediffuse cette note que j'avais écrite en hommage à mon père.
Elle est coupée en deux épisodes, celui-ci est l'épisode 2.
J'ai placé les deux épisodes de façon telle qu'il apparaissent sur le blog dans l'ordre de lecture.
Après les vérifications des autorités Helvétiques auprès de la Croix-Rouge et de ce que l'on pouvait appeler l'administration de l'Etat Français,notre ami Georges put se rendre à Anneçy,pour se faire "démobiliser",et redevenir un civil.
C'est ce qu'il fit,et ainsi il put rejoindre son épouse en Auvergne, là où elle était retournée,près de sa famille dans son village natal.
Il trouva à s'employer comme aide-cuisinier-plongeur-serveur au Mess des officiers des Chantiers de Jeunesse de Châtel-Guyon.
Nous n'avons ni la place ni le temps,et c'est dommage,car je vous aurais conté quelques anecdotes savoureuses sur les problèmes de vases communicants entre les tonneaux de vin et les brocs d'eau claire,ainsi que la diminution concommittente du degré alcoolique du dit vin au fur et à mesure que communiquaient les tonneaux et les brocs de flotte !
Cela dura jusqu'en Novembre 1942,période où Tonton Adolf décida que la rigolade était finie en Zone Libre...
Plus de Zone Libre !
Et notre Titi Parisien de mettre en oeuvre les rudiments de science paysanne acquis en quelques mois chez "Pépito" outre-Rhin.
Clin d'oeil de l'Histoire sans doute !
Après avoir supplanté la pénurie de main-d'oeuvre dans une ferme Allemande,il allait pouvoir remplacer au pied levé certains paysans du village qui eux,prisonniers,travaillaient dans les campagnes Germaniques !
Car des prisonniers du village,soit qu'ils ne purent se procurer de carte,soit qu'ils ne réussirent pas à mettre suffisamment de chocolat de coté,aucun d'entre eux ne s'est évadé,ni même n'a tenté de le faire.
Baste,ils furent quand même fêtés comme des héros à leur retour,après quatre ans d'absence !
Ouvrier agricole donc,le Jojo.
Disons-le tout net,si tout n'était pas rose,on mangeait à peu près à sa faim dans nos campagnes,ce qui était un luxe pour les gens de la ville qui passaient le plus clair de leur temps à courir après le ravito !
Et le malheur frappa encore une fois !
Il avait déjà perdu sa petite fille,il allait perdre son épouse.
Mais la vie n'est pas aussi chienne que l'on veut bien le dire,pour deux êtres chers perdus,il en reçut deux autres en retour...
Ainsi naquirent deux jumeaux,deux garçons,qui entrèrent dans notre monde à peu près en même temps que leur mère le quittait !
Pas sùr que naitre au début de Février 1943 fut une idée brillante, mais les jumeaux le firent !
Se retrouver veuf avec la charge de deux nouveaux-nés,voilà qui ne facilite guère l'existence.Il eut pu comme l'auraient fait d'autres, confier ses enfants à une institution, les mettre à l'assistance, que sais-je.
Qui lui en aurait voulu...
Il n'était pas d'une race qui délaisse les siens,les jumeaux ne furent pas abandonnés.
L'un fut recueilli par une dame de Chatel-Guyon,chez qui il vécut jusqu'à la mort de celle-ci,mais jamais il ne perdit le contact avec son père,ni avec les demi-frères qui vinrent quelques années plus tard.
L'autre,confié à une nourrice quelque peu parente,vécut assez mal quatre années en région Parisienne.
Il fut récupéré,et traité comme un fils par la nouvelle épouse de notre Georges.
Nous la voyons là,photographiée avec la deuxième "Soeur Etienne"
Ce cliché est de la même série que les photos du chapitre précédent.
Je pourrais vous parler d'elle longtemps,mais je ne le ferais pas,je sais qu'elle ne le souhaite pas.
Ils se marièrent en Novembre 1944, et leur premier fils naquit début Mars 1945...Rapide le Jojo ! Un deuxième suivra en Juin 1949.
La guerre était finie,tout rentrait à peu près dans l'ordre.
Après une courte période comme monteur de sommiers metalliques,dans un petit atelier de Clermont-Fd,Georges entra à la grande usine,la Manufacture Michelin.
Son étonnante force physique lui valut de se voir confié un travail somme toute assez simple,il fut affecté au "Quai des Gommes",là où arrivaient par camions et par wagons les "pains de gomme" de 120 kgs qu'il fallait décharger à l'aide de crochets.
Pas de chariots élévateurs à l'époque !
Plus tard,vers l'âge de cinquante ans,il fut muté "aux poudres",il ne maniait plus que des sacs de 25 kgs.
Toute sa carrière chez Bib,il fit l'équipe du matin,cinq heures treize heures.
Jamais en vingt-six ans,il ne manqua un seul jour !
Pour améliorer l'ordinaire,après sa journée à l'usine,il travaillait aux champs,comme beaucoup de gens à l'époque.
Eté comme hiver,qu'il pleuve qu'il neige qu'il vente,il partait à trois heures et demie le matin,en vélo d'abord puis en solex prendre le car des ouvriers à trois kms de la maison.
Et dire qu'il y a peu,un Premier Ministre, l'âne gris du Poitou,le piteux Jean-Pierre ,croyant faire un bon mot,se permit d'insulter tous ces héros du quotidien,la France de l'effort mal récompensé,la France de la sueur et du courage...La France d'en bas dit-il !
Cette France d'en bas pauvre Patapouf,comme tu es loin d'arriver à sa hauteur !
A soixante ans,après toute une vie de Travail,le medecin de Michelin l'autorisa à faire valoir ses droits à la retraite.
Il le fit.
L'usine Michelin ne revit plus Le Parisien...
Il put se lever à six heures au lieu de trois,s'occuper de son jardin de ses pigeons.
Les fils étaient installés,lui et sa Dédée étaient débarrassés des angoisses de fins de mois.
Les années s'égrenaient tranquilles...Quelques années paisibles,avec ses chats,son chien Prince,et les derniers animaux de la basse-cour que plus personne ne voulait tuer,la grosse lapine Paulette à qui tous les jours il donnait un petit beurre.
La poule blanche Catherine,tellement lourde et grosse qu'elle se couchait tous les dix pas...et les soeurs Etienne avec leur coq bien sùr...
Prince,le chien fidèle,magnifique animal.
Cet homme,qui dans la force de l'âge aurait pu,en colère, assommer un cheval d'un coup de poing, qui faisait découvrir toutes les étoiles du firmament à ses fils,quand il leur mettait une gifle,cet homme avait une grande tendresse pour les animaux...
Mais il faut bien vieillir !
Jusqu'à soixante-quinze ans,il conserva force et vigueur.
Comme il le fit toute sa vie,il chantait...fort bien d'ailleurs,il connaissait par coeur des dizaines de chansons.
Puis il chanta moins,une sale maladie le rongeait qui très vite transforma le vigoureux septuagénaire en petit vieux...
Il ne chanta plus,et un voile de tristesse se posa dans son regard...
Il partit un sale jour de Décembre,dans sa quatre-vingt-cinquième année.
Je ne sais,qui de la maladie ou de la morphine l'a terrassé.
Ou peut-être,prisonnier de sa souffrance,il s'est encore évadé,traversant son Danube une dernière fois.
Je ne crois pas à l'au-delà,mais pour lui,je veux bien faire une exception,et j'espère qu'il chante maintenant sur l'autre rive...
Il m'arrive de penser qu'il méritait une autre mort.
L'église du village n'était pas assez grande,le jour où on le mit en terre.
Il faudrait dire aux gens que l'on aime qu'on les aime,quand ils sont vivants,et qu'ils nous entendent !
Mais il n'est peut-être pas encore trop tard.
Alors,comme aujourd'hui,c'est un jour qui s'y prète,
Je te le dis Papa,je t'aime et souvent tu me manques !
Au revoir....
09:43 Publié dans PORTRAITS... | Lien permanent | Commentaires (17) | Envoyer cette note
15 mai 2007
Tambours Battants...
Pompon, et Ran Tan Plan !
Je vous parlais dernièrement, avec une certaine tendresse d’Etienne, dit « Bibette », ou « Le Rouge », qui fut le dernier garde champètre « assermenté » du village.
J’ai connu son prédecesseur, Joseph G. dit Joseph Bourène, Bourène étant le sobriquet attribué à la famille.
Joseph Bourène, dont les enfants auraient l’âge de ma mère et plus, s’ils n’étaient morts.
Je les ai bien connus ses enfants, son épouse aussi, la Philo.
Je revois encore Noël, un des ses fils, une sorte de colosse à la tête fragile, qui finit à l’asile psychiatrique, car il était violent est dangereux, quand il avait bu, et il buvait souvent.
Je revois Eugène aussi, il habitait dans ma rue.
Eugène Bourène, dit aussi « treize langues », car dès que vous tourniez le dos après avoir écouté tous les commérages et vacheries sur Pierre et Paul qu’il vous avait débités, il vous taillait un super costard avec le passant ou la passante qui prenait la suite.
Eugène, qui avait une superbe mule presque blanche disait : « Moi et ma jument, nous allons tous deux la queue au vent ! ».
Il termina sa vie cloué infirme dans un fauteuil roulant.
Joseph Bourène n’est plus pour moi qu’une silhouette, un homme grand, mais tous les hommes sont grands dans la mémoire venue de l’enfance, avec uneveste en velours noir, un chapeau, et bien sûr des sabots, comme tout le monde.
Je le revois lui aussi avec le tambour, mais tout cela est vague, et très lointain, il ne fut pas garde longtemps, car il mourut « de congestion », j’avais six ou sept ans peut-être, et laissa le tambour à Etienne…
Je me souviens bien mieux de sa chienne,une belle chienne Groëndal, que les gens, mais surtout les autres chiens du village craignaient, car elle avait la dent dure !
J’étais un des rares gosses à l’approcher et à la caresser.
Une fois, pris par l’orage, je m’étais abrité sous le lavoir du Quartier, et elle était venue se réfugier dans mes jambes, car elle était terrorisée par le tonnerre . Ce jour-là nous sommes devenus amis elle et moi .
Je n’ai pas connu les précédents gardes, le père de Dré du Garde, ni « Pompon » bien entendu.
Pompon ! Mon père en parlait souvent de Pompon, c’était parait-il un personnage.
Il officiait encore pendant la guerre, celle de 40.
Mon père exerça pas mal de métiers, et j’ai oublié de vous en mentionner un, dans le portrait que j’ai fait de lui, il fut aussi fossoyeur à l’occasion.
Une occasion, il y en eut une. Un ancien combattant de 14/18, libre penseur, passa de vie à trépas.
C’était le mari de la Maria Règneaux, elle habitait la maison avec une verrière, juste à coté du bureau de tabac, c’était d’ailleurs la voisine de Bibette, vous y êtes ?
Bon, ce brave homme fut donc conduit en terre, mais ses obsèques furent civiles.
Ce n’est donc pas le curé et un enfant de chœur portant la croix pas facile à porter pour un gosse,je vous le dis, qui se présenta devant la tombe.
Ce fut Pompon, le garde Champètre, avec le drapeau des anciens combattants.
Mais pompon qui sans doute avait du se remonter le moral en faisant une descente prolongée à la cave, etait encore sous le coup de l’émotion que provoque une rafale de canons, du bon, du frais !
Ce n’est pas tant la démarche dirons nous « chaloupée » du personnage qui intrigua Georges, le fossoyeur occasionnel, mais simplement le morceau de pan de chemise qui débordait largement de la braguette de notre ami Pompon.
« Il a failli me faire pisser dans mon froc, et j’ai eu toute les peines du monde à me retenir de rire… »
Et il riait le Jojo, en revivant l’épisode !
Les enterrements joyeux sont rares, mais il y en a, la preuve !
Il faillit déclancher un grave conflit entre Yssac et Saint-Bonnet le Pompon !
C’était bien avant la guerre, et ce conflit vite étouffé dans l'oeuf, fut sans incidence sur celui de 39/40 !
Simplement, au cours d’une réunion professionnelle entre gardes champêtres voisins, Pompon et son homologue de Saint Bonnet parlaient boutique dans la cave de ce dernier.
Il ne filtra rien de l'entretien, tous deux observant le droit de réserve attaché à leur fonction, mais la suite eut pu très mal se terminer. On a vu des querelles de clochers naître et se prolonger pendant des années pour bien moins que ça !
En partant, Pompon subtilisa le tambour de son collègue !
Après une rapide enquête, il fut démasqué et sommé, avant poursuites devant les tribunaux de la République, de restituer l’objet du délit. Pour les poursuites, je m'avance sans doute un peu.
Il s'éxécuta, et ainsi furent évités de graves débordements entre les « Padelants » d'Yssac, et les « Bialants » de Saint-Bonnet, ouf !
« Le mien était percé ! » dit-il, ce sacré Pompon,pour justifier son ignoble geste !
A bientôt…
09:35 Publié dans PORTRAITS... | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note
10 mai 2007
Avis à la Population...
La Pierre du Garde...
« Avis… » C’est par ces mots, après un roulement de tambour, que « le Garde » Donnait à la « population » les informations communiquées par la Mairie.
La dite population qui en général était au travail dans les champs ou à l’usine, pouvait aller consulter les infos « à la grille ».
« Ha bon, et qui est-ce qui t’a dit ça ? »
« C’était dans la grille… »
« Bon, j’irai y voir ! »
Effectivement, on pouvait "aller y voir "dans la grille.
La grille…Pour peu que vous soyez un peu curieux, vous en avez vu un peu partout de ces « grilles », anciennes ou rénovées.
Elles sont accolées contre un mur, celui de la Mairie, ou à proximité.
Elles sont semblables à des placards où on ne pourrait rien ranger, parce qu’insuffisamment profonds, et dépourvus de rayonnages.
C’est là que sont affichées toutes les informations importantes et indispensables au citoyen rural.
La réglementation sur la chasse, les avis de la chambre d’agriculture sur les traitements des vignes et des vergers, l’horaire des cars de ramassage scolaire, les compte-rendus des conseils municipaux, enfin tout quoi !
Elles font partie de notre patrimoine ces grilles, car longtemps, elles furent, avec le journal local et le livre de messe en latin, le catalogue de Manufrance aussi, pour les plus aisés, la seule lecture de bien des habitants de nos campagnes !
C’est donc le garde qui était chargé d’afficher tout ça dans la grille.
« La grille », que j’ai bêtement oublié de photographier, hélas, ce n’est plus celle de mon enfance, mais je le ferai à la première occasion, promis.
« Avis… »
" Tous les chiens qui pissent lèvent la cuisse!", c'est ce que les gamins rajoutaient quand le garde était parti. On respectait l'autorité à l'époque !
Appuyé sur son vélo, aussi rouillé que lui, Etienne, « Bibette », lisait le communiqué à cinq ou six endroits du village, où seuls un ou deux vieux alertés par le tambour venaient parfois au nouvelles.
Ils relayaient l’info, et chacun allait voir à la grille.
Avant de placarder le précieux document dans cette fameuse grille, avec des punaises que nous arrivions à chaparder à travers le grillage, Etienne qui fut le dernier garde-champêtre en exercice au village,posait son vélo contre l’église, et juché sur la « Pierre du Garde », il faisait son boulot.
C’était pour nous un spectacle, quand nous avions la chance d’être en récréation à ce moment là.
Et c’était assez souvent, car les récréations étaient très longues dans notre école !
La Pierre du Garde, réservée au serviteur de la République était, et elle est toujours, placée au coin gauche de l’église.
J’imagine que si elle avait eu une jumelle au coin droit, celle-là eut été réservée au Curé.
Etienne fut le dernier garde du village, c’était un brave homme, rouquin comme c’est pas possible, et buvant volontiers le canon.
Je n’ai pas le temps d’approfondir ici, mais il serait intéressant de faire une étude sur le sujet.
Est-ce qu’il y aurait une certaine prédisposition génétique chez les garde-champêtres ou leur descendants, à ressembler comme deux gouttes d’eau à leurs compagnons à quatre pattes ?
Les deux seules personnes au village qui ressemblaient à leurs animaux, c’était Etienne, le garde, qui ressemblait « vraiment » à son cheval, et Dré du Garde, le fils d’un garde mort bien avant que je sois né, qui lui, ressemblait à son chien.
Et ne me dites pas que je raconte des âneries.
Dans mon enfance, je les voyais presque tous les jours, je sais ce que je dis quand même !
J’eus deux confrontations avec le garde.
La premère, c’était en 54, l’année de la mort de ma grand’mère Philomène. J’étais allé seul au petit bout de vigne que nous avions aux « Maillots ». Il y avait là un trésor, un arbre qui donnait des pêches-prunes ! Ce fruit, genre brugnon n’était pas si courant à l’époque.
Installé donc sous cet arbre, je dégustais avec gourmandise ces fruits qui pour moi aujourd’hui ont le goût du bonheur de l’enfance.
Fort de son autorité, Etienne, pesrsuadé que j’étais en train de chaparder le bien d’autrui tenta de me déloger.
Fort de mon bon droit, je me serais plutôt fait hacher menu sur place que de décamper !
« Je le dirai à ton père ! » grogna-t-il, décontenancé par la « résistance » d’un gamin mal débarbouillé de neuf ans.
Il le dit à mon père qui se mit à rire, ils burent ensemble un canon, peut-être deux.
La deuxième, un peu plus tard, je devais avoir douze ou treize ans. Je revenais du pré des « Gravilles », et je ramenais Samba, notre jument.
Samba n’aimait pas les vaches, ne me demandez pas pourquoi, je n’en sais rien. C’était ainsi.
Or ce jour-là, nous nous sommes retrouvés à l’abreuvoir de la place, alimenté en eau de Volvic comme il se doit, au beau milieu des vaches de la France.
la France, vous voyez, la fille de l’ancien forgeron, la sœur de Sylvain, l’unijambiste…C’est vrai que vous n’êtes pas du pays, vous ne les avez pas connus.
Bref, Samba commença à boire parce qu’elle avait soif, puis couchant les oreilles, mauvais signe, elle rua lorsque une vache la toucha je pense.Elle se cabra à demi, manquant me jeter à terre.
Heureusement qu’il n’y avait pas une pleine charrette de journalistes et de cameramen, c’eut été l’accident !
Affolées, les vaches repartirent dans la cote des Gonots en meuglant.
La France hurlait à qui mieux mieux, ce qui finit de semer la panique.
Saisi soudain d’une inspiration venu du tréfonds de mes origines, sans doute l’ atavisme du cavalier Arverne, la génétique est incontournable, je partis à la poursuite du troupeau,et doublais dans la descente les quatre ou cinq fugitives.
Le galop en descente, lorsque vous montez à cru, il faut serrer les genoux !
Décontenancées par la manœuvre, les braves vaches s’arrêtèrent, et je pus les ramener dans le bon sens.
La France s’en été allée quérir Etienne.
« Tu peux pas faire attention non ! » Ce fut tout.
J’ai presque honte de le dire, mais comme je n’étais plus enfant de cœur lorsqu’il est mort, je ne me souviens pas de sa disparition.
Il fut le dernier garde du village, ça, je vous l’ai déjà dit…
A Bientôt…
PS : Je vous parlerai peut-être des gardes qui l’ont précédé, Joseph Bourène, je l’ai connu, mais surtout Ponpon, que je n’ai pas connu, mais dont mon père m’a souvent parlé.
08:25 Publié dans PORTRAITS... | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note
15 avril 2007
Je ne sais pas son prénom...
Moi Compris Bien...!
Beaucoup de gens en parlent aujourd’hui, c’est devenu un des sujets « chauds » du moment, l’immigration.
J’ai vu arriver le premier au village.
Un grand gaillard, un peu voûté, il s’est installé en face de chez nous, chez l’Anaïs, la fille de la Mariette Coco.
Il travaillait à Châtel, chez Mallet, comme beaucoup de ses compatriotes, venus là pour faire face à la demande des entrepreneurs en bâtiment.
A un moment, dans cette entreprise, il n’y avait qu’à peine une dizaine de français.
Le patron, son fils, deux secrétaires, le comptable, le chauffeur, et deux ou trois chefs de chantier.
Le reste de l’effectif, de soixante-dix à quatre-vingts personnes, était constitué par les portugais, et quelques italiens. Mon nouveau voisin était portugais.
Nous étions à la fin des années cinquante.
Très vite, le contact fut établi.
Mon père fit le premier pas, habitué qu'il était,depuis son enfance à côtoyer les italiens, les polonais, les espagnols et nos compatriotes d’ Algérie, pas ceux qui s’étaient établis là-bas depuis des décennies, mais ceux d’origine, qui avaient du en partir pour ne pas y crever de faim.
Le contact fut donc facile, et nous vîmes de temps en temps un grand portugais assis sur le banc près de la fenêtre, les yeux écarquillés devant le poste Schneider, émerveillé par les images en noir et blanc, et riant quelques fois à des dialogues auxquels il ne comprenait que pouic !
Il était heureux, il n'était pas seul.
Heureux aussi de se tenir à la tête de Samba, la jument pour passer la fouilleuse dans les vignes.
Je me souviens du jour, ou tout fier, il nous montra ses trésors.
Il ouvrit un sac de cuir, et en extirpa des fourchettes et des cuillers, elles étaient forgées à la main.
Puis, presque religieusement, avec gravité, il sortit de son portefeuille quelques photos.
Il y avait là une femme en noir, avec trois enfants, le tout échelonné comme les Dalton.
Les yeux mouillés, il murmura : « C’est la Madame de moi, et lou petits… »
Avec force gestes, et quelques bribes de phrases, « Toi tu dis quoi quelque chose, et moi compris bien… », le dialogue était possible.
Le dialogue est toujours possible entre personnes qui qu’elles soient, et d’où qu’elles viennent, si elles le souhaitent !
Au bout de quelques mois, le reste de la famille est arrivé.
Une femme toute de noir vêtue, le regard farouche, comme se méfiant de tout, et trois enfants, d’à peu près notre âge, eux aussi en noir, et aussi sauvages qu’une portée de chats nés en cachette au fond d’une grange.
Ils furent très vite apprivoisés, et devinrent nos copains de jeux.
Je me souviens de leur premier match de foot en notre compagnie, dans le pré à Maurice, entre le Champ d’Epitat et les Varennes, où il y avait un pylône.
Peut-être Jacky, Michou, Daniel, Roland et d’autres s’en souviennent-ils aussi.
Puis vint un quatrième gosse dans la famille, il porte le prénom de son parrain, Roger.
Aucune trace de racisme ou de rejet dans mes souvenirs, je peux me tromper, mais je crois que ces gens furent bien accueillis, bien acceptés.
Ce n’est que plus tard, alors que le village abritait plusieurs familles de ces portugais presque tous venus de la Cappina, un village du nord qu’on entendit quelques remarques sur ces portos et caraïs, qui venaient perturber l’ordre des choses, et prendre le boulot des bons français.
« Il n’y en a que pour eux… », « Ils ne sont pas feignants, mais quand même ! ».
Non, ils n'étaient pas feignants !
Les vieilles baraques à demi en ruines qui leur étaient louées, plus tard vendues furent réhabilitées. Les femmes allaient travailler aux champs, pour l'arrachage des betteraves, relever les vignes, les vendanges, planter le tabac... L'intégration "économique" allait de soi, l'intégration sociale, c'est une autre affaire.
Et c’est à partir de là aussi que je pus constater les bienfaits de cette intégration.
Antonio devint Antoine, son frère Carlos se transforma en Charles, et Alipio me rejoignit dans la joyeuse sarabande des Alain.
Roger resta Roger !
Les parents se forçaient à parler à leurs enfants dans un français très approximatif :
"Rouji, rentre lou cordihon, y plout" et Roger rentra, avec l'accordéon tout neuf que lui avait offert son parrain !
Ils privèrent ainsi les plus jeunes de la chance d’être facilement bilingues.
Quel gâchis, pourquoi ne pourrait-on pas conserver sa propre culture lorsqu’on vit dans un autre pays ?
Sous la pression d’une xénophobie naissante, ces nouveaux arrivants firent en quelque sorte le sacrifice de détacher des enfants de leurs propres racines pour qu’ils se noient dans la masse, pour qu’ils soient « intégrés », et invisibles.
Dommage.
Un jour, le père Almeida disparut, nul ne sut vraiment ce qu'il est devenu.
Cet homme simple était bon et courageux.
On le dit reparti au Portugal, quelque part dans la région parisienne, ou mort...
Je n'ai jamais osé le demander à mon copain Antoine, Antonio...Tonio quoi ! Le frère de Roger.
A Bientôt…
06:50 Publié dans PORTRAITS... | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note
11 février 2007
La Vie en Noir et Blanc...
Y'en a toi fait la Guerre ?
C’est à cause des chamailleries entre les Gaulois et leurs cousins Germains qu’il quitta son Sénégal natal !
Il vint en Champagne défendre la France, sa patrie.
Beaucoup de ses frères d’Afrique n’eurent pas sa chance, lui il survécut.
C’était ce qu’on appelle un « nettoyeur de tranchées »...
Avec ce sens de l’humour qui habitait nos grands stratèges, cet esprit mutin sévit encore de nos jours dans les casernes, les généraux de 14-18 envoyaient les tirailleurs sénégalais « nettoyer » les tranchées à l’arme blanche !
Gros boulot, car on le sait, le Prussien est assez coriace en temps de guerre !
Il s’acquitta honnêtement de sa tâche jusqu’au jour où c’est lui qui faillit être « nettoyé ».
Fort heureusement, la baïonnette « made in germany » ne lui transperça pas les entrailles, mais seulement la cuisse…
C’est ainsi que le Sénégalais se retrouva à Châtel-Guyon, en plein Pays Brayaud dans un magnifique hôtel, transformé en hôpital militaire.
Après avoir abrité un Centre Régional d’Education Physique et Sportive, ce bâtiment abrite aujourd’hui une école de police.
La guerre était finie pour lui.
Sa blessure à la cuisse guérit assez vite, mais les gaz de combat avaient sérieusement abîmé ses poumons.
Souvent dans la vraie vie, les destins s’entrecroisent, c’est pain béni pour les écrivains qui en font des romans !
Le grand gaillard de Casamance se refaisait une santé en terre Brayaude, sur les rives du Sardon qui, pour important qu’il soit, n’a pas la majesté du fleuve Sénégal.
Il se jouait, à coté de lui, et sans qu’il le sache, un drame de la vie et de l’amour. Et il était dit qu’il devrait jouer un rôle dans cette pièce du théâtre de la vie.
Elle était dit-on très jolie, et elle aimait la vie.
Le Capitaine volage n’eut guère de peine à la séduire.
N’ayant pas la patience d’attendre les lois de Monsieur Neuwirth sur la contraception, elle tomba enceinte, ce qui donna un peu de courage au capitaine pour repartir ailleurs, un peu plus vite !
La solidarité et la débrouillardise n’étaient pas de vains mots à cette époque, dans une bourgade bourgeoise à la morale stricte.
Il fallait marier la demoiselle au plus vite !
On arrangea donc les rencontres d’abord, le reste fut facile, car le jeune homme avait retrouvé toute sa vigueur !
Les fiançailles furent rapides, et le mariage eut lieu, en noir et blanc.
Vint au monde une petite fille qui, quoique prématurée selon les dates officielles, était un fort beau bébé.
Elle avait un défaut cependant, elle était blanche !
Michel, le soldat noir s’appelait Michel maintenant, s’entendit dire que c’était normal, car la mère était blanche ! La petite allait foncer en grandissant !
Il affecta de le croire, puis n’en parla plus jamais.
La petite fille blanche fut aimée autant que les trois sœurs et le frère qui suivirent, par un père noir, qui fut un père exemplaire.
Michel, le tirailleur blessé à la guerre n’avait pas de pension comme ses camarades de métropole.
Les « indigènes » des colonies avaient eu l’honneur de défendre leur patrie, on n’allait pas en plus les engraisser à ne rien faire, d’autant que , et tout le monde vous le dira, l’Africain est indolent, il devient volontiers paresseux si l’on y prend garde !
Il eut droit à un prénom, Michel, et à une place d’employé à la ville.
Il troqua la baïonnette et le coutelas pour le balai et la pelle, il les maniait tout aussi bien !
J’avais cinq ou six ans, lorsque je le vis pour la première fois…
J’ai eu peur, et j’ai serré plus fort la grosse pogne de mon père…
Nous allions chez Emile, le coiffeur. Là, pendant que mon père se faisait couper les cheveux, je feuilletais le " Miroir du Sport », en admirant les géants de la petite reine qui te grimpaient les cols avec seulement de la caféine dans le bidon, des cracks, des vrais !
Il était là Blanchette, assis sur la pierre d'angle, en face de la petite épicerie.
Non seulement il n’avait plus son vrai nom, mais il avait presque perdu le prénom qu’il avait gagné à la guerre !
Blanchette, évidemment, Blanchette, ça va de soi pour un Sénégalais !
La blessure à la cuisse, je l’ai vue, était cicatrisée depuis longtemps, mais à chaque fois qu’il s’entendait appeler Blanchette, une autre blessure, secrète celle-là devait saigner, et ne jamais se refermer...
J’ai eu peur. Pas du noir, les enfants se foutent pas mal de la couleur de la peau, ils regardent les gens avec leurs yeux et leur cœur, directement, sans le filtre des préjugés, non, j’ai eu peur de son visage !
Il portait les cicatrices rituelles.
Troisième fils de la fratrie, sa mère lui avait marqué à la naissance, le visage de trois traits, avec un tison incandescent…
Sacrément balafré Blanchette !
Il y a comme ça des gens qui portent des blessures toutes leur vie…
A suivre…
08:10 Publié dans PORTRAITS... | Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note
13 novembre 2006
Le Dernier des Quatre...
Putain d' Adèle...!
Quelles images me reviennent de lui ?
A la batteuse bien sûr !
C’était le plus petit des costauds, mais c’était un vrai costaud !
Un torse, des épaules et des bras musculeux impressionnants !
C’est le seul que j’ai vu rivaliser avec mon père pour se charger tout seul sur l’épaule une « bauge » de cent vingt kilos de blé…
Le matin seulement, car en fin d’après-midi, la fatigue, et les nombreux canons de bon, du frais, émoussaient sérieusement ses forces au Marcel !
Il s’appelait Marcel, mais tout le monde l’appelait Banane.
Il y avait le pré à Banane, la maison de Banane, le jardin de Banane, et plus encore, la cave à Banane.
Il fut une référence dans le village.
Un plus aussi, car comme il existe des plus grands, des plus gros, des plus petits et des plus riches, Banane fut sans conteste le plus feignant des habitants du village !
Du moins après la mort de ses parents.
Parents que j’ai connus, et enterrés tous les deux, le père d’abord, parti « du cœur », et la mère, décédée un an après, de chagrin dit-on, sans doute aggravé par une méchante tumeur, de ces tumeurs que les femmes cachaient à tout le monde à cette époque.
Assez peu courageux du temps de ses parents, Marcel changea totalement de rythme, quand il se retrouva seul.
Il devint de plus en plus dur de lui demander quoi que ce soit, et comme c’est à cette époque que disparut la batteuse, remplacée par la moissonneuse-batteuse, Banane put ménager ses forces…
Il continua quelques temps à faire marcher la ferme. Mais c’est souvent que la voisine allait soigner les vaches qui le soir beuglaient la faim !
Banane était parti en goguette, à Clermont ou ailleurs.
Avec son pardessus trois-quarts en cuir, je n’en ai jamais vu d’aussi beau, bien habillé, il partait le samedi, et ne revenait souvent que le lundi.
Tout jeune, déjà, il fut l’enfant gâté de ses parents, mi-fermiers, mi-cabaretiers, dont on disait qu’ils étaient riches comme Crésus.
Riches, j’ignore, mais radins, là, oui ! J’atteste !
C’est avec amusement que je leur tendais le plateau de la quête, le dimanche à la messe.
Le père avait une technique particulière, il plongeait les doigts joints au milieu des piécettes, laissant croire, au bruit, qu’il donnait quelque chose.
La mère, elle, elle donnait quelque chose, soit un bouton, soit de ces pièces percées dont on se servait pour faire des rondelles.
Banane, hormis pour Pâques ou Noël, n’embarrassait guère les bancs de l’église.
Il participait cependant à la tournée des caves de l’après messe, traditionnel rendez-vous des hommes du village.
A la sortie de l’office, vers dix heures et demie, les femmes rentraient chez elles pour préparer le repas, et les hommes, par petits groupes, montaient aux caves pour boire du vin blanc, du bon, du frais !
Banane accrochait un des wagons qui passaient obligatoirement devant chez lui, le chemin des caves passait devant « chez Banane », et participait activement à la cérémonie.
Très vite, les vignes coururent dans la forêt, et l’ivraie n’eut guère de peine à se mêler au bon grain, dans les champs de Banane.
Les vaches partirent chez le boucher, et les terres furent pour une part louées à d’autres paysans plus « gros », puis tout fut vendu, sauf la maison, et partagé entre lui et sa sœur, la Nénette, mariée à Aubusson.
Il vécut ainsi longtemps, sur le pécule amassé par les parents d’abord, puis sur la vente des biens.
Un bout de jardin aussi, mais même là, c’était trop lui en demander.
A un point tel, que les pommes de terres de semence données par la voisine terminèrent dans la marmite, ce qui leur évita de se salir en terre !
Quelques poules qui allaient grappiller leur pitance chez les voisins, et le seul cochon maigre de toute l’Auvergne !
Alors qu’achetés en juin, les gorets étaient tués en Décembre à plus de cent vingt kilos, le cochon de Banane avait bien du mal à atteindre les quatre vingt kilos en mars Avril !
Il réparait les vélos et les mobylettes, plus tard.
Puis vint la retraite.
Ce fut sa fin !
Il resta claquemuré chez lui, vivant de pain et de sardines, le tout arrosé au rouge à étoiles et au Martini. Il s’installa au milieu de la pièce qui fut jadis la salle de café de ses parents.
Les voisins charitables lui amenaient de la soupe, un plat chaud...
Il alimentait son fourneau avec des branches d’arbre entières, qu’il faisait reposer sur une chaise, devant le foyer de sa cuisinière.
La cave, en dessous, lui servit de dépotoir et de fosse d’aisance.
Il s’enfonça dans une déchéance qui le conduisit à la mort, à demi aveugle.
Il fut découvert un matin dans l’amas de chiffons qui lui servait de lit.
Mordu par les rats dirent les pompiers!
Peut-être ces rats que j’ai vu, qui couraient dans la pièce, quand je lui amenais une bouteille de gaz quelquefois.
Banane, un des premiers à avoir une voiture au pays, Banane, danseur de tango et de valse, Banane qui jouait très mal de l’accordéon, et qui chantait « Le Maître à bord » d’une voix de stentor, Banane, le costaud au langage imagé, qui émaillait sa conversation de « fourbi », de « Putain d’adèle ! », de « Bordel du Diable et son train.. », Banane est mort comme un clochard…
Putain d’Adèle, quelle tristesse…!
13:25 Publié dans PORTRAITS... | Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note
10 novembre 2006
Le Compte à Rebours...
Vous êtes notre Fierté Messieurs....
On nous dit que ce sont des héros, et moins il en reste, plus on en parle.
Quelle fête médiatique ce sera, lorsque le dernier des cinq qui sont encore vivants aujourd’hui va mourir!
Est-ce que les héritiers des familles Krupp et Schneider seront présents à la cérémonie au Panthéon ?
Sans doute pas, et pourtant, ils leurs doivent tant à ces poilus de la grande boucherie !
L’un des cinq fait la une de mon quotidien régional.
« La Montagne » titre à la une : « Le dernier Survivant du Chemin des Dames », et affiche la photo de Monsieur Louis Cazenave, 109 ans, rescapé de cet enfer, et Auvergnat, ce qui n’a aucune importance, mais ça me rend bêtement fier.
Est-ce que tous les survivants de la Grande Guerre, comment peut-on dire d’une guerre qu’elle est grande, sont, comme tous les survivants, tous les résistants, sont-ils des héros, comme on le clame et le proclame ?
Eux seuls le savent, eux seuls portent ce secret au profond de leur chair, de leur être...Eux seuls sont dépositaires de leurs peurs, de leur dégoût, de leurs colères, et bien souvent, ils n'en parlent pas.
Mais je crois que Louis Cazenave fut, et reste un héros.
La preuve ! Il a longtemps refusé la Légion d’Honneur, la médaille que Chirac a salie, en décorant Poutine, car a-t-il dit le Louis : « Pourquoi me donner une médaille à moi, alors que mes camarades morts là-bas n’ont même pas une croix de bois sur leur tombe… »
Longue vie à vous Louis, soyez encore longtemps heureux chez vous, à Brioude, il y fait meilleur qu’au Panthéon…
L’aurait-il accepté Jules, mon arrière grand père, si on lui avait proposée cette médaille…
Je ne sais pas, il est mort trop tôt pour me le dire, mais je crois que comme Louis, il aurait eu une pensée pour ses deux jeunes frères hachés comme du pâté, l’un dans la Somme, l’autre à Verdun.
Pas même une croix de bois pour eux non plus,!
Si vous voulez leur rendre hommage, il faudra affronter les embouteillages parisiens, pour aller voir la flamme du soldat inconnu, avant qu’elle ne s’éteigne…
Il leur devait peut-être la vie, Jules, finalement à ses deux jeunes frères, eux, qui n’auront pas de tombe pendant toute leur mort.
C’est grâce à eux qu’il a été retiré des tranchées, en première ligne.
Bon, il n’a pas été renvoyé comme magasinier dans un arsenal à Toulon ou à Biarritz, mais en première ligne, il n’y allait qu’une fois par jour!
Pour amener la soupe à ses copains.
Je ne sais pas si c’est inscrit dans les archives de l’armée, mais il y a eu au moins trois jours où des poilus de Verdun n’ont pas eu leur potage du soir…
Jules a eu ces jours-là un empêchement indépendant de sa volonté, et n'a pas pu assurer le service.
Ses mulets, avec chacun deux bidons de soupe, par trois fois ont été fauchés par les mitrailleuses allemandes…
Ach, gross malheur la guerre, même les animaux en ont souffert. !
Il en est revenu le Jules en 18, quand les cloches à toutes volées lui ont dit que sa femme et ses trois filles avaient besoin de lui.
Il est resté dans la cour, mon arrière grand-mère lui a rempli un grand baquet d’eau, comme il le lui avait demandé.
Il y a jeté tous ses vêtements, infestés de poux, et lui, nu comme un ver, il est allé à la pompe pour se laver.
Il revenait dans le monde des vivants, la moindre des politesses, c'était d'y entrer propre…
Je vous en parlerai peut-être plus longuement de Jules, il le mérite, non ?
Joyeux 11 Novembre à tous...!
18:00 Publié dans PORTRAITS... | Lien permanent | Commentaires (14) | Envoyer cette note
06 novembre 2006
Le Fossoyeur mal Enterré...
Fumer peut être Mortel...!
Lui aussi, il meuble en partie mes souvenirs d’enfant et d’ado.
Peut-être retrouverais-je des photos, je sais qu’i l en existe au village.
René, en haut de la batteuse, pour jeter les gerbes de blé dans le trou noir du monstre bruyant et poussiéreux, et au fond de la fosse qu’il venait de creuser, qui allait plus tard en recevoir aussi des gerbes…
Il était fossoyeur le René, mais on ne mourrait pas assez au village, pour qu’il puisse en vivre.
Alors il faisait des tas d’autres petits boulots, plâtrier, maçon, électricien, il rendait de multiples services qui lui assuraient de quoi manger et boire, il buvait pas mal !
Il avait jadis travaillé à la Manu, mais il avait été « remercié », on le soupçonnait de vol.
Il touchait quand même une petite pension d’invalidité, il avait laissé deux doigts et la moitié d'un pouce, dans une machine qui ne s’était pas rendue compte qu’il était saoul !
Et c’est vrai qu’il était un peu kleptomane, le René!
Il n’était pas rare qu’après avoir trop bu, il « emprunte » un peu tout et n’importe quoi.
Que vienne à disparaître un vélo, une échelle..
Pas grave, on allait se plaindre au Maire, des moustaches magnifiques, et hop, un petit tour chez René avant d’aller aux gendarmes…
En général, on retrouvait l’objet.
Même de la dynamite une fois, il l’avait prise chez Aimé et Paul, les deux frères carriers, et l’avait posée, ou oubliée, sur sa cheminée…
Je le voyais à chaque enterrement le René, quand j'étais enfant de choeur.
Il se tenait à coté du trou qu’il venait de creuser.
Parfois, on devinait la bouteille de vin blanc dans la grande poche de son trois-quarts en cuir marron.
Le noir est la couleur du deuil, mais René, lui, il creusait au blanc, du frais, du bon !
En semaine, il était coiffé d’une casquette en cuir, luisante de crasse, mais pour l’enterrement, il portait un grand béret, qu’il ôtait à l’arrivée du cortège.
Quand je vois aujourd’hui les employés des Pompes Funèbres, impeccables dans leurs beaux costumes, j’ai un petit sourire intérieur, en imaginant quelle tête feraient les gens, si soudain apparaissait René.
Plus qu’à demi saoul, avec son manteau, son béret, et ses bottes pleines de glaise…
Et pourtant, pas un mort qui ai protesté à l’époque !
Il n’était pas de ces garçons de ferme, enfants de l’assistance jetés très tôt dans les fins fonds de la campagne.
Non, il fut ouvrier et père de famille, un homme normal en quelque sorte.
Il avait deux enfants, un fils et une fille.
Très tôt, je n’étais pas né, la mère quitta le foyer en abandonnant mari et enfants.
C’était une « ancienne » des maisons de Clermont, que René avait sortie du bordel, et épousée.
Elle avait déjà deux enfants, avant ceux qu’elle eut avec René.
La contraception n’existait pas à l’époque, même pour les professionnelles !
Mais sans doute le calme d’un village du Pays Brayaud ne pouvait pas lui faire oublier les lumières de la ville, un matin, elle partit...
Qui sommes-nous, pour juger ?
Les enfants furent confiés à une institution, et René se retrouva seul.
-« René… »
-« Quoi Nom de Dieu…Fous-moi la paix ! »
Plusieurs fois, j’ai assisté à cette scène, le Dimanche soir.
Le film est fini, depuis un moment déjà mon père est parti se coucher, demain, lever à trois heures pour aller chez Bib.
Comme souvent, René est venu voir la Télé, il est surtout venu chercher un peu de chaleur humaine, il y en a chez nous, de la soupe aussi...
Il s’est endormi, et ma mère le réveille, « Rentres chez toi René… » Il habite à cinquante mètres.
Puis vint le jour où on ne lui demanda plus de creuser les tombes, il est vrai qu’il creusait de moins en moins profond !
A tel point que pour l’enterrement de « Pastanier », l'ancien boulanger, des moustaches encore plus longues que celles du Maire, c’est un de ses fils qui dut finir de creuser la tombe.
René ivre mort dormait dans le trou à demi creusé.
Ce fut la fin de sa carrière de fossoyeur. Il fut remplacé par un des fils Rabache, plus jeune.
Son train de vie n’en fut guère changé, car entre temps, ayant atteint les soixante cinq ans, il bénéficiait d’une retraite !
Petits revenus certes, mais revenus réguliers…
La retraite était aux traînes misère de nos campagnes, ce que les golden parachutes sont à nos besogneux patrons du CAC 40, l’assurance d’une vieillesse sereine.
Avec sa retraite, René ralentit fortement ses activités, il rendait toujours service, mais sans obligation aucune.
Il passa comme d’autres, du tabac à rouler au gauloises, et du vin de pays, 8° maxi, au 10° 5 à étoiles…
« Tu sais, que René est mort brûlé… »
Non, je l’apprends.
Ce matin de Novembre 1962, je suis parti en vélo, à six heures vingt, comme tous les matins, pour aller prendre le car et le train, pour aller à "La Mission", l'école professionnele Michelin.
Et c’est vrai qu’en plus du brouillard, il y avait une odeur de cramé ce matin-là.
Mais je n’aurais rien pu faire, René était mort asphyxié depuis longtemps, quand je suis passé devant chez lui.
Il s’était endormi ivre mort, et sa cigarette avait mis le feu à son matelas qui s’était consumé, lentement.
Au petit jour, la Marie-Louise, intriguée par la fumée qui sortait des fenêtres avait donné l’alerte.
Trop tard, il était mort le René.
Les cloches du village ne sonnèrent pas pour lui, son corps fut emmené à la morgue, pour enquête, et il fut enterré dans la fosse commune, au cimetière de Riom.
Il y a là autant de braves gens que n'importe où, mais quand même, le fossoyeur du village qui est enterré ailleurs…
Puisse cette note corriger un peu cette injustice…
Salut René, je t’aimais bien tu sais…
18:15 Publié dans PORTRAITS... | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note
24 octobre 2006
LE PHILOSOPHE en SABOTS...
Il est Trois Heures, Il pleut...
Il allait tranquille Louis











