11/12/2008

Injuste et cruelle...

... Mais tendre, comme toutes les maîtresses !



*** Sans sonner, il s'invite le sansonnet ! ***

 C’est en lisant par hasard les souvenirs de l’enfance de quelques uns des blogueurs du site, tels ceux de l’incorrigible Héraime, toujours prompt à laisser traîner sa langue là où il ne faut pas, pas à cet âge en tout cas, et qui s’en trouva fort marri. Souvenirs d’enfance de Betty la douce aussi, qui m’eut tagué si, indécrottable libertaire, je n’étais si rétif aux chaînes…

 À lire les souvenirs des autres, les miens se sont réveillés.

 Je ne sais pas comment ça se passe chez vous, mais moi, j’ai une mémoire grenier. Je ne sais  plus ce que j’y ai fourré,  mais au hasard d’une visite là-haut, en remuant un peu des trucs oubliés, il n’est pas rare que je fasse surgir un souvenir abandonné là depuis une éternité, et qui apparaît soudain, intact, tout neuf, prêt à servir !

 Souvenirs d’enfance…Toujours émouvants les souvenirs d’enfance, car ils touchent au coté shamallow du cerveau, cette partie rose et tendre que même les plus durs d’entre nous conserveront jusqu’à leur dernier souffle.

 C’est l’enfant qu’il fut qui meure en dernier quand un homme s’éteint…

 Ce fut sans doute, de mes premières maîtresses, celle dont je me souviens le mieux. Ce fut la première d’ailleurs, est-ce pour cela qu’elle m’a si profondément marqué ? C’est bien possible.

 Je la revois, comme on revoit dans les rêves les gens depuis trop longtemps disparus. On ne voit plus leurs visages, on s’en souvient, et c’est tout. Ces gens qui pourtant nous marquèrent, ne sont plus que des silhouettes, et seul brille leur regard dans un visage de fantôme.

 C’était fin octobre ou en novembre, en 1954. Il faisait gris, le platane de la place avait perdu ses feuilles, et nous étions en récréation. Une courte récréation, car ce n’était pas le « Père la Pipe » qui officiait ce jour-là, mais la jeune institutrice remplaçante qui venait quand il s'absentait, c'était assez rare, mais il était absent ce jour-là.

 C’était un des rares jours où nous avions de la « vraie école », avec lecture, écriture et calcul, une journée de labeur. C’est peut-être aussi pour ça que je l’aimais beaucoup ma maîtresse, parce qu’avec elle je ne m’ennuyais pas ; peut-on aimer longtemps une maîtresse avec laquelle on s'ennuie, même à neuf ans, je vous le demande ! On ne s'ennuyait pas avec elle, comme beaucoup trop d’autres jours où nous restions fermés dans cette classe, silencieux et immobiles, condamnés à n’y rien faire.

 Ce fut comme un coup de massue sur la tête à la fin de la récré !

 « Alain, vas tout de suite au charbon ! »

 C’est le joli fantôme qui vient ainsi de m’envoyer en punition. Pas si terrible la punition, qui consiste à rester au piquet dans le réduit sous l’escalier qui conduit à l’étage, à la salle du conseil, au-dessus de la salle de classe.

medium_Puits_Bayard.jpg C’est là, sous l’escalier, qu’est entreposé le charbon, la caillette, le charbon noble de la Combelle, et le tout-venant, le boulet de Brassac ou de Saint-Eloy, qui peut t’asphyxier n’importe qui si tu ne chauffes pas en laissant une fenêtre ouverte. C’est dans ce réduit que s’accomplissaient les peines pour faute lourde, pouvant aller jusqu’à une heure d’isolement !

  Si elles s'en souviennent

 Mes amies vous diront

 Combien il faisait noir

 Dans la soute à charbon !

 Mais qu’ai-je donc fait pour me retrouver là ?

 Aujourd’hui encore, je me le demande, et bien qu’ayant une idée, je n’ai pas la certitude qu’elle soit la bonne. Sur le coup, je reste là, sous l’escalier,  ne comprenant rien à ce qui m’arrive. Etonné d’abord, plus que chagriné par cette punition qui me tombe dessus, alors que je n’ai rien fait.

 medium_Place_Joël.jpgBien longtemps après, j’ai trouvé une explication. Il n’y avait pas de cour de récréation, la récré, c’est sur la place qu’elle avait lieu.

 Pendant que nous jouions sous le préau, Bergère, la chienne de ma grand-mère est venue vers moi. Je l’ai caressée, puis levant la main en direction de la maison, je l’ai renvoyée, elle est partie avec une mine de chien battu, elle serait bien restée encore un petit peu…

 Est-ce ce geste que ma maîtresse interpréta comme un vilain geste envers un pauvre animal, c’est bien possible.

 Je ne suis pas resté longtemps à faire triste mine sur le tas de charbon. La porte s’est ouverte, une silhouette s’est découpée dans l’embrasure, un beau visage s’est approché du mien, et a déposé sur ma joue un baiser qui sentait le bonheur. Est-ce le remords de s’être montrée si sévère qui fit fondre  la jolie remplaçante ? Je ne sais pas et je m’en fiche !

 De ce jour-là, je garde le souvenir de la plus douce injustice de ma vie…

  

 A plus tard…

 

 

18/06/2008

Petit, il voulait vivre...

... Il  survécut, il vit... Le voilà grand !



*** Je l'ai vu naître, et il me voit vieillir...***

 Je me suis levé très tôt ce matin. Comme beaucoup de matins, j’ai vu poindre le jour.

 Etrangement, l’eau ne faisait pas de bruit en s’écoulant dans les gouttières, les oiseaux me semblaient plus joyeux, à part  les coqs bien sûr, murés dans un silence de deuil.

 Me risquant hardiment au dehors, courbant d’avance l’échine pour affronter le mauvais temps, j’ouvris grand mes yeux. Des lueurs orangées éclairaient les nuages, bienveillants les nuages, et lointains, d’apparence inoffensive.

 Je savourai avec délices ce précieux instant de bonheur, il me faut peu de chose à mon âge pour être heureux. Il ne pleuvait plus !

 Ce matin du 18 Juin 2008, le soleil répondrait à l’appel, nous redonnant espoir et confiance dans la vie, comme il y a soixante-huit ans, un appel venu de Londres, mit du soleil dans le cœur de ceux qui refusaient la nuit, et leur redonna de l’espoir. Monsieur Charles de Gaulle, je vous remercie pour ce jour-là, qui me fera plus tard vous en pardonner d'autres...

 Je n’en dirai pas plus sur cet appel du 18 Juin, ma gratitude envers ceux qui se sont battus pour leur liberté et la nôtre, n’a pas besoin, pour se manifester, de la geste mémorielle bruyante, ni de mise en scène tapageuse, plus destinées à conforter le prestige de ceux qui défilent et commémorent, qu’à maintenir vivante la flamme du souvenir chez un peuple qui, de mémoire, n’en a guère !

 Cet hommage rendu, que me restait-il à faire ? J’aurais pu me lancer tête baissée dans une de mes diatribes au vitriol contre l’unique objet de mon ressentiment. A quoi bon, il ne m’intéresse de moins en moins, et lorsque je l’égratigne encore, cet exercice tourne plus à la corvée qu’au défoulement jubilatoire, cette revanche des petits sur les princes qui les gouvernent.

 J’ai bien laissé un billet en suspens, laissant croire qu’il y aurait une suite, des histoires de Bourbon et de palais, au Palais Bourbon…Il n’y en aura pas de suite. Nicolas et Jean-Louis ne doivent plus compter sur moi pour les sortir de la buvette de l’Assemblée Nationale, là où je les ai laissés en 2011.

 Tout comme l’amour ou la haine, la lassitude aidant, l’hostilité tourne à l’indifférence, très vite parfois…. S’ils s’y trouvent bien à la buvette, qu’ils y restent nos deux lascars, qu’ils boivent frais et à vos  nos frais pendant que nous trinquerons .

 Il me faudra  finir un jour mon chemin de croix, dans cette église d’Yssac, où finalement il s’est passé pas mal de choses pour l’enfant de chœur que je fus.

 Il me reste encore suffisamment de souvenirs pour arriver à la Station 14. Guère envie de reparler des Romains aujourd'hui, nous verrons ça un autre jour.

 J’aurais pu ce matin, revenir sur la polémique ouverte par le Responsable EDF, celui  qui défend sa boutique en disant tout le bien qu’il pense des éoliennes et des panneaux solaires.

 Ce sujet est sérieux, j’y reviendrai aussi, bien que je sache, y consacrant pas mal d’énergie depuis près de quarante ans, que ce combat du durable  catalogué comme ringard contre le technologique futuriste et vorace qui se bouffe les entrailles, hautement scientifique lui…Plus tard, Don quichotte n’est pas mort, il est là, mais las.

 Alors, quoi faire ?

 Un peu de ménage, virer quelques fichiers inutiles, un coup de CCleaner, défragmenter, baladeweber un chouïa, le journal, les infos...Hervé Novelli chez Barbier... Ouh lala, stop il fait beau !

medium_Olga.4.jpg" Viens Olga, allons chercher le pain et les journaux."

 Certains prennent le bus, le train, le métro, le scooter –Non, pas aujourd’hui, son Altesse le Prince Jean ne sera pas inquiété, il fait beau !- d’autres leur bagnole, ou volent un vélo, s’ils ne trouvent pas de Vélib' en bas de chez eux.

 Il n’y  a pas de Vélib'en bas de chez moi, pas de vélo non plus- Saurais-je encore en faire ?- alors je pars à pied, en suivant Olga. Elle renifle par terre, et j’ai la tête en l’air, c'est à ça qu'on nous reconnaît...

 Je l’ai vu naître celui-la. Naître, mais aussi presque mourir, plusieurs fois.

 Je parle de l'arbre qui pousse le long du mur, là-haut, sur le chemin.

 La première fois qu'il a vu le ciel, il n’avait qu’une tête, la hissant péniblement au-dessus d'une mer de  gazon qui poussait dru, et comme elle dépassait sa tête au bébé noyer, la tondeuse à gazon l’a ratiboisé sans pitié.

 Son premier printemps le laissa pour mort, et l’été faillit l’achever. Mais un noyer de bonne souche ne meurt pas si facilement. Ce qui ne tue pas rend plus fort, il devint plus fort !

 L’automne le vit s’enraciner et se fortifier. Et c’est bien décidé à survivre qu’il passa son premier hiver. Un an, deux ans de plus peut-être, que la tondeuse s’acharna à sa perte. Quelle pitié de voir cette chair blanche meurtrie, et la charpie des branches s'obstinant, à peine coupées, à renaître, renaître, et ne pas mourir...

 Cette année-là, la tondeuse fit le tour de l'étêté multiricidiviste et entété. Il  ne ressemblait plus à grand chose Juglans regia, dont les ancêtres venus de Perse passés en Grèce, furent comme nous introduits par les Romains, 2 à 0 !!!???...Je reprends... S’avoua-t-elle vaincue la tondeuse, eut-elle pitié ? Allez donc savoir ce qui se passe dans le cerveau d'une tondeuse. Peut-être avait-elle une lame bien née qui respecta ce jour la vie d'un jeune noyer...

 medium_Pied_du_Noyer.jpgLe noyer, tel l’hydre redressa ses têtes, trois, quatre ou cinq qui s’élevèrent en branches biscornues, aujourd’hui de belle taille, comme vous pouvez le voir, sur la photo en bandeau, et ci-contre.

 Les noix qu’il offre au promeneur sont délicieuses, je m'en régale chaque année, en croquant trois ou quatre en allant au pain, ou en revenant.

 Cette année, il n’y en aura pas. Plus cruel que les tondeuses de noble essence, le gel n’épargne rien quand il passe, pas même les arbres d'essence noble...Il est passé le gel.

 Il est fort probable qu'il perdra encore les têtes, s'il s'avise de trop s'approcher de la ligne moyenne tension sous laquelle il s'est installé. On n'aime guère les têtes qui dépasse chez le Maître des Mégawatts !

 Et si on terminait sur un clin d'oeil ?

 Les trois câbles là haut, qui alimentent en 20 Kv le transfo situé un peu plus loin, savez-vous en quoi ils sont faits ?

 C'est de l'almelec, un alliage d'aluminium et de...Je vous le donne en mille ! Oui, un alliage d'aluminium, et de Silicium(*), ce même Silicium des panneaux solaires, dont le Responsable EDF nous a dit tant de mal.

 Son entreprise en a pourtant accroché des milliers et de milliers de kilomètres de ces câbles, dans ce ciel si clair ce matin...Je le sais, car j'ai contribué pendant des années à la fabrication de  torons almélec. Qui sait si je n'ai pas vu défiler ceux-là sur la câbleuse Stolberger qui continue peut-être d'en fabriquer à Montereau (77), là où elle est installée depuis la fermeture de la Câblerie de Riom en 1996.

   

 A Bientôt...

(*)- En faible quantité, il faut le dire, l'almelec, alliage d'aluminium, de magnésium et de silicium contient environ 0,5 % de chacun de ces deux derniers éléments, mais il en contient !

 

 

 

30/05/2008

En vérité je vous le dis...

... La porte est étroite sur les chemins du Ciel...


*** J'ai connu ceux qui s'asseyaient là...***

 Et si c’était celle de Sainte Anne, la statue qui est partie avec Saint Verny, pour que cessent les courants d’air dans l’Eglise du village ?

 Si je vois Jean, quand il aura fini la grosse miche de campagne qu’il a achetée, anciennement chez Pauly, je l'ai vu sur la Montagne de ce matin, je lui demanderai, il doit savoir.

 Il n’y avait pas de dépôt de pain à cette époque, ni chez Pauly ni ailleurs. Le boulanger passait au moins trois fois par semaine, et si nous n’étions pas là, il laissait une couronne bien cuite et un pain derrière le volet.

 Il marquait le poids sur le carnet, laissé là bien en évidence. Tu pouvais vérifier, c’était juste, le chiffre du carnet correspondait pile poil au chiffre marqué à la craie au dos de la couronne ; pas la peine pour la miche, la miche c’est toujours le même poids. Ce n’était pas le dos d’ailleurs, puisque c’est de ce coté-là qu’elle était posée la couronne, sur la sole du four, pas grave, il était bon ce gros pain à la mie plus grise que blanche.

 Pas besoin de monnaie ni de Monéo pour payer le pain. Il suffisait de charger dans le tombereau les sacs de blé soigneusement pesés sur la bascule, puis de les amener chez Jeannot au moulin de Fontête en général, on buvait un canon avant de repartir. Et ça marchait tout seul, tu avais ton pain pour l'année, et du son pour mettre sur la betterave des lapins, elle était pas belle la vie !

 Le meunier faisait de la farine avec le blé, une part de cette farine servait pour le pain du paysan. Le reste servait à payer le boulanger et le meunier pour leur travail. Il est bien évident qu’un pareil système, seulement capable de faire vivre ceux qui cultivaient le blé, et ceux qui le transformaient en pain, qui ne faisait gagner d’argent ni aux banquiers ni a l’Etat n’a pas survécu longtemps quand sont venus les temps modernes.

 Il devint rapidement impossible de traduire en couronnes et en miches les quintaux de froment. Le blé, la farine et le pain s’achetèrent et se vendirent en francs, et tous, du paysan au boulanger découvrirent les charmes de la TVA, des emprunts, et des agios qu’ils payaient, quand le banquier découvraient qu’ils n’avaient plus de blé  sur leur compte, et qu’ils étaient à découvert !

 Ils commençaient à pointer le bout de leur nez les temps modernes, quand l’humidité et le froid me pénétraient jusqu’aux os le soir du Chemin de Croix.

 Il faut vous dire que j’étais un peu fiévreux, et pas mal enrhumé. Mais un bon rhume ne justifiait pas un arrêt maladie à l’époque, ni pour les ouvriers et les paysans, pas plus que pour leurs fils, enfants de chœurs compris.

 Le passage chagrin à la station I se passa à peu près bien. Ce n’est que vers la deuxième station, celle située au passage de la photo bandeau, que le chatouillement caractéristique qui précède la toux se manifesta.

 Je parvins à le réprimer jusqu’à la fin de la dizaine de « Je vous salue Marie… ».

 Je toussais donc sur les trois mètres séparant la station II de la station III.

 medium_Croix_des_Lepreux.2.jpgJe vous ai volontairement mis la photo du passage latéral entre les bancs et les piliers, pour que vous imaginiez le cortège.

 Le prêtre d'abord, un homme massif, quand on le voyait, et si on en jugeait à sa mine, pour lui le Carême, je doute qu'il le suivît jamais, devait être un vrai calvaire, puis quatre ou cinq mamies, pas tout à fait, car il y avait une vieille fille, et un petit enfant de cœur binoclard et enrhumé portant sa croix, et réprimant plus mal que bien son envie de tousser.

 Un Chemin de Croix je vous dis, un vrai !

 Cette croix, ci-contre, c'est La Croix des Lépreux...Elle marque l'emplacement de l'ancien cimetière, qui comme partout jouxtait l'église.

 A la troisième station, je n’en pouvais plus. Banane eut pu je pense accélérer dans la descente des canons, mais je crois que nous étions au maxi pour le chapelet. Une quinte incoercible me gonfla les côtes, et je toussai, toussai !

 Cloué sur place que je fus par le regard que me jeta le Curé. Cela me fit sur l’instant plus d’effet qu’une cuillérée d’eucalyptine Lebrun, le suppositoire  de la même marque eut été plus indiqué, eu égard à la gravité de mon état, mais totalement hors de question en ces lieux.

 Un regard donc, à l'effet immédiat, mais de courte durée.

 Ai-je tenu le coup jusqu’à la Station IV, celle sous laquelle s’asseyait Gilbert, le voisin de mon enfance au Quartier, peut-être, peut-être pas.

 A la suivante, ce fut encore la quinte et le regard quasi meurtrier, c’est ainsi que je me le rappelle. Il y a fort à parier que le Curé m’a seulement jeté des regards agacés, quoi de plus agaçant en effet que quelqu’un qui tousse pendant un discours, ou une prière. Mais pour qui se souvient, en ce temps-là, le prêtre, ou l’instituteur, représentait une autorité et une force capables de faire rentrer dix pieds sous terre un gamin ordinaire. J’étais un gamin ordinaire.

 Pour qui se souvient du prêtre que j’assistais ce soir là, son autorité dépassait largement le monde des enfants.

 J’ai souvenir d’un prêche où je revois l’assistance, c'est-à-dire une église pleine, courber la tête dans un bel ensemble. Cet homme était un véritable tribun. Il avait une voix forte et claire, et sa parole remplissait la nef, le chœur, et les deux chapelles.

 Pas de montée en chaire, car il n’y avait, et il n’y a toujours pas de chaire dans cette église ; y en eut-il jamais une dans le passé ? Pas besoin de chaire. Du haut des deux marches séparant la nef du Chœur, il prêchait, et c’était comme si sa voix tombait du Ciel, qu’il représentait en ce lieu.

 Comme mes trois  copains de messe, nous étions assis deux par deux de part et d’autre de l’autel, je l’écoutai...

 Etait-ce un jour d’élections, sans doute. Ces jours-là, hors les « rouges » qui votaient de bonne heure, il y en avait neuf, la plupart des Touretaires votaient après la messe. Etait-ce une habitude, où espéraient-ils du Ciel quelques lumières ?

 Je dis ça de cette manière, pour imager, il n’y a jamais eu de guerre entre ceux qui croyaient au ciel et ceux qui n’y croyaient pas à Yssac, n’empêche, les opinions étaient beaucoup plus tranchées qu’aujourd’hui, et le clivage droite- gauche était bien un peu tracé au goupillon.

 Je n’ai retenu que cette phrase, et je le revois, presque rouge, écartant les bras et paraissant immense dans l’ampleur de ses vêtements et de ses gestes :

 « Mes frères, souvenons-nous aujourd’hui que Jésus-Christ, notre Seigneur fut le premier communiste ! »

 Un silence glacé pesa sur l'assistance, un instant immense s'écoula, avant que quelqu’un ose respirer à nouveau.

 Je ne jurerais pas, mais probablement que jamais avant lui le mot communiste n'avait été prononcé dans cette église, l’a-t-il été à nouveau ? Probablement pas.

 La voûte ne s’est pas fendue ce jour-là, mais c’était juste !

 A Bientôt...

 Il nous reste pas mal de stations à faire…

28/05/2008

Son Chemin de Croix...

... Fut un peu le mien ce jour-là.



*** Quatre stations du Chemin de Croix... Eglise d'Yssac-la-Tourette ***

 C’était hier, en 1955 ou 1956, je ne saurais le dire exactement.

 Qu'il était  froid et brumeux, ce soir de Mars, ou d’Avril peut-être bien.

 Comme vous pourriez le constater sur la feuille de service des enfants de chœur d’Yssac-la-Tourette, si vous consultiez les archives de la paroisse, c'est à moi qu'échut la lourde charge d’accompagner ce soir-là, le Prêtre officiant dans une des nombreuses activités de son ministère, à savoir le Chemin de Croix.

 Je n’ai aucune information me permettant de penser que les curés gagnaient plus à cette époque qu’aujourd’hui, mais c’est sûr qu’ils avaient du boulot !

 Entre les messes, petites la semaine, un seul enfant de chœur suffisait pour les quatre à cinq dames du village, plus un homme aussi parfois qui venaient à sept heures à l’appel de la cloche, et les grandes le Dimanche, où là il fallait du renfort pour les cloches qui sonnaient toutes, et quatre enfants de choeur, car le Dimanche, l'église était pleine, les vêpres les jours de Fête, avec les bénédictions et les processions, quelques mariages, des baptêmes et des enterrements, c'était le plein emploi pour le clergé campagnard ! 

 La cloche, c’était bien le seul petit plaisir offert gratos à l’enfant de chœur volontaire d’office pour servir à l’office. Les autres petits plaisirs, comme croquer les hosties non consacrées, et de façon rarissime, deux ou trois fois dans une carrière, se taper un petit coup de vin de paille, le vin de messe des jours de grandes fêtes, ce n'était pas des plaisirs inhérents à la fonction , nous nous les offrions nous-mêmes... Je tremble rétrospectivement, en songeant que ces horribles forfaits ne furent jamais confessés. Bof, il y a prescription depuis le temps.

 Juste derrière l’autel la cloche, enfin la corde qui l’actionnait. Bien manœuvrée, tu pouvais te faire décoller du sol quand la corde remontait ! Il nous arrivait d'aller la faire sonner juste pour le fun, n'importe quand dans la journée. Ceux qui l'entendaient relevaient la tête dans leur vigne ou leur champ, il souriaient, se souvenant qu'ils l'avaient faite sonner bien avant nous ...

 Il faisait froid et humide, je vous l’ai dit. Drachait-il ? Je ne me souviens pas.

 medium_Eglise_de_la_Tourette.jpgCe dont je me souviens, c’est que l’église n’était pas chauffée, pas plus que n’existait le sas que vous voyez sur la photo.

 Avant ce  sas en contreplaqué, il n'y avait que la porte pour empêcher de geler l'eau bénite.

 Je l'ai vu construire ce sas. Celui qui l’a  fabriqué de ses mains est mort contre un poteau électrique, il était un des premiers à conduire une DS19. C'était un jour de fête au village, je me souviens encore du choc de la nouvelle, en plein bal.

 Personne ne lui en a voulu, mais il a gâché la fête. C’est lui aussi, qui avait fait le cercueil de ma grand’mère Philo. Ce cercueil qui a gravé l'horreur de la mort dans ma mémoire.

 Je revois encore mon père, l’air triste, ce qui était rare,  ramenant le cercueil de Cellule, à l'intérieur du char bâché  de Fernand, monté sur pneus s’il vous plaît le char, Samba dans les brancards.

 Curieux signe du destin, c’est avec ce même char, une sorte de roulotte, que mon père était allé à Riom récupérer sa Dédée qui venait de nous donner un petit frère.

 Je la revois ma mère, assise à l’avant, avec un gros tas de chiffons blancs dans les bras, fière comme si elle portait le Saint-Sacrement. C’est Polka, la douce jument noire de Fernand qui était à l'attelage...

 Mais il faut que j’abrège, j'écris un billet, pas un livre !

 Revenons à ce soir d’avant Pâques.

 L’air froid se faufilait à travers la porte, la même que vous voyez, et qui était déjà bien vieille quand elle faisait rebondir notre ballon, lorsque nous imitions Kopa sur la place.

 Le courant d'air maintenait éveillées les âmes vieillissantes qui se pressaient autour du Curé pour aider, comme il le fait chaque année - Rien que pour ça il faut reconnaître qu’il ne fut pas un homme ordinaire - aider Jésus-Christ à mourir sur la croix.

 J’avais manœuvré la cloche, je ne me souviens pas si j'avais réussi à décoller les pieds du sol, mais ce devait être suffisant pour  rameuter les paroissiens. Pourquoi la cloche ? Tout le monde savait à quelle heure commençait la prière et le Chemin de Croix... C'est que les montres étaient rares en 55/56.... Tiens, une petite parenthèse, faites-moi penser à la fermer, en général  j’ai du mal...

 A Yssac, et je crois que c’est encore le cas aujourd’hui, tu aurais bien pu distribuer gratuitement des horloges, des pendules ou même des Rolex, rien n'aurait pu, et ne peut faire bouger cette règle non écrite mais immuable :

 Le Touretaire arrive en retard à la messe !

 Inutile de se presser donc pour enfiler pourpoint et chasuble pour l'officiant, une aube toute simple pour son petit adjoint. Nous avions le temps, avant que n'arrivent les  fidèles.

Le Curé et moi-même, revêtions les vêtements réglementaires dans la sacristie. Encore plus froide que l’église la sacristie, et humide en plus...

 C’est parti.

 Portant la croix, la petite, pas la grosse, tellement lourde qu’il faut un baudrier pour la porter dans les enterrements de première classe, ceux pour les défunts plus chrétiens que ceux dont la famille n’avait pas les moyens de payer, et pour les processions. Il n’y avait pas besoin de payer pour les processions, il y avait donc pas mal de monde…

 Dès la sortie de la sacristie, je voyais pratiquement la photo que j’ai mise un peu plus haut. Sauf le sas bien sûr. Pour installer le sas, il a fallu mettre une, peut-être bien deux, statues de Saints en retraite anticipée.

 Deux probablement, mais Saint Verny, avec ses raisins dans la main, je suis certain…L'autre, j'ai un doute, mais il y avait un rapport avec les moissons, il me semble voir un Saint ou une Sainte avec des épis de blé...ça me reviendra.

 Il y a là les mêmes personnes que pour la messe du matin, à la même place ou presque, à croire qu’elles n’ont pas bougé. C’est loin d’être la foule, quatre ou cinq, pas plus. Vous n’êtes pas obligés de me croire, mais en écrivant ces mots, je les vois. Ces visages et ces regards éteints depuis longtemps sont bien vivants dans ma mémoire, je pourrais vous donner leurs noms...

 Le prêtre fait face à ses ouailles, et on commence la cérémonie.

 Tout d’abord, mais je ne l’affirmerai pas, on s’échauffe, sans se réchauffer avec un  «  Notre père », et une première dizaine de « Je vous salue Marie », pas trop vite au début, puis on atteint rapidement un rythme soutenu. A partir du quatrième ou cinquième, on débite les « Je vous salue… » à la même cadence que Banane descendait les canons de vin blanc, de rouge aussi du reste.

 Nous voici devant la première station, celle que vous voyez à gauche sur l’en-tête. Plus à gauche encore, il y a la statue de Sainte Philomène, ma grand’mère morte l’année dernière ou un peu plus. Il me faut me mordre les lèvres jusqu’au sang pour ne pas pleurer…

Et ce n’est pas fini, il reste treize stations…

   

A Bientôt…

27/05/2008

Elle est longue la route de l'Histoire...

... Je crois qu' il y a des croix sur le chemin !


*** Lourd et gris le ciel de Mai...***

 Il pleut toujours. Ce n’est pas un temps pour voyager jusqu’en 2011 !

 Laissons donc les maîtres de nos destinées, lâchés dans le futur, finir de gâcher notre avenir en assurant le leur, et revenons plutôt à des choses sinon plus terre à terre, du moins plus passionnantes, comme le passé par exemple…

medium_Mgr_Douarre.jpg Je savais que je l’avais faite cette photo du portrait accroché dans la petite église de mon village.

 Vous vous souvenez, dernièrement, j’ai fait une petite mise au point au sujet de Mgr Douarre, l’Evêque qui s’en alla « en mission » chez les  Canaques, c’est comme ça qu’on les appelait les Kanaks à l’époque, l’autorité coloniale faisant peu de cas du K des habitants de la Nouvelle Calédonie.

 Pourquoi nouvelle d’ailleurs, cette île peuplée par les Kanaks depuis fort longtemps n’avait nul besoin d’être rebaptisée, et ses habitants non plus.

 Imaginerait-on que des gens venus de Bornéo ou d'ailleurs, rebaptisent à leur arrivée, la Bretagne ou la Corse , et papouïsent notre nom de façon plus facile à prononcer pour eux !

 Baste, il ne nous appartient pas de réécrire l’histoire, contentons-nous de nous la remémorer, et, mais là c’est pas gagné, d’en tirer des leçons.

 Mgr Douarre s’en alla donc expliquer aux Canaques, les Kanaks de l'époque, quel Dieu il fallait adorer et servir pour aller au Paradis.

 Ils furent nombreux  à y être expédiés, bien contre leur gré d'ailleurs, les malheureux canaques, dans ce Paradis qui n’existe que pour ceux qui y croient. Surtout ceux qui se rebellaient contre ces blancs qui bouleversaient tout chez eux, les chassaient de leurs terres, et voulaient leur imposer un ordre et des coutumes dont ils ne voulaient pas.

 Mais c’était ainsi. Je ne vais pas réécrire l’histoire, je l’ai dit.

 Cependant, juste un mot, ces gens, Mgr Douarre et d'autres, animés par leur foi étaient sincèrement persuadés qu’ils devaient aller partout dans le monde pour y porter la parole du Christ,  persuadés aussi, qu’ils étaient destinés à propager la « Vraie Foi », et imposer à tous, comme un cadeau cette religion si belle qui était la leur, la seule qui vaille d’être pratiquée, et qu’il fallait pratiquer, celle-là, et pas une autre, puisque c’était, que dis-je c’était, c’est et ce sera toujours la seule qui vaille !

 Ces braves missionnaires y laissèrent leur peau, ils passèrent donc au grade supérieur, celui de martyrs.

 Ils furent des martyrs, comme toutes celles et ceux qui vont jusqu’à sacrifier leur vie pour ce qu’ils croient juste de dire ou de faire.

medium_Blaise_Marmoiton.jpg Parties avec Mgr Douarre, Il y avait trois personnes du village, dont le Frère Blaise. De nombreux Touretaires, mais pas seulement, sont les arrières arrières cousins ou neveux de ce religieux, qu’ils ont honorés en plaçant  dans l'église, cette lave émaillée à sa mémoire.

 Les Kanaks - Non pas les Canaques évangélisés appliquant le "Tu ne tueras point", plus pour ne pas être eux-mêmes tués par les soldats de la République que par pure conviction étaient plus fréquentables - les Kanaks qui les ont tués étaient des païens cruels et barbares, c’est du moins ce qu’on m’a appris quand j’étais gamin, c’était sûrement vrai. Est-ce qu’on dirait autre chose que la vérité à des enfants ?

 Ces cruels païens barbares, leurs arrières arrières à eux, les Kanaks qui sont morts en 1986 dans la grotte d’Ouvéa par exemple, vas donc savoir si on ne devrait pas leur mettre une plaque de martyrs à eux aussi, en nickel de préférence la plaque, c’est moins cher que la lave émaillée là-bas. Ils sont morts parce qu'eux aussi se battaient pour quelque chose qui leur paraissait juste, et n'avaient-ils pas foi en ce qu'ils faisaient ?

 medium_Station_2.jpgC’est un des arrières arrières de Blaise - Salut Christophe ! -  qui m’a donné l’idée de vous relater ce qui suit, et qui n’a rien à voir avec l’épopée de Blaise et de ses compagnons, hors le fait que la deuxième Station du Chemin de Croix est accrochée à coté du portrait de Monseigneur Douarre, pas loin de la plaque en lave émaillée figeant Blaise pour longtemps, dans l’église qu’il a quittée pour en bâtir d’autres, et qu’il ne revit jamais.

 Bien loin tout ça. Un peu moins loin, mais tout de même…

  Plus d’un demi-siècle écoulé, depuis ce jour de…Mars, Avril 1955, 56 ? Je ne sais plus. C’était avant Pâques, on se serait cru en Novembre.

 Lorsqu’on parlait de passion en ce temps-là, il ne s’agissait pas des émois de ces dames. Qu’elles fussent ou non célèbres, ces dames, première, seconde ou dans la profondeur du classement, vivaient leurs passions tout autant qu’aujourd’hui, mais elles en faisaient rarement état dans la presse et à la télé ; leurs amants, époux, ou  amies petites amies encore moins.

 S’il était question de passion, c’est qu’il était question de La Passion, celle de Jésus, le Juif livré par ses frères aux Romains, pour qu’ils le crucifient. Pour rendre service, ils le firent bien volontiers les Romains, étant des spécialistes incontestés,  reconnus comme des champions  en la matière.

 J’étais enfant de chœur en ce temps-là, et un des devoirs de ma charge était d’accompagner le Prêtre quand il conduisait le Chemin de Croix…J'en portais une aussi de croix, et le chemin me parut bien long de la première à la quatorzième station...

 Mais il se fait tard Monsieur,

 Il va falloir que je rentre.

   

A Bientôt pour la suite...

 

 

 

05/05/2008

Et pendant ce temps-là...

... Coule le Chambaron.

medium_Chambaron4.jpg C’était hier, et nous étions Dimanche. Un beau jour, comme sait nous en donner le mois de Mai, quand il le veut bien.

 Au matin, le ciel s’était garni de moutons blancs immobiles, puis les avait vu fondre sous le chaud soleil, il en bleuissait de plaisir…Comme depuis des lustres, usant les dernières eaux de l’hiver, indifférent à ce qui se passait là-haut, le Chambaron suivait son cours….

 Un beau Dimanche, je vous l’ai dit. Si vous aviez été là, vers onze heures, quelque part près du clocher du village, vous auriez pu entendre :

 - A quelle heure le lâcher ?

 - Huit heures quarante.

 -  Bon, à soixante-dix à l’heure, il faut compter vers midi, midi dix, encore qu’il commence à faire chaud, il n’y a pas de vent. ils n’iront pas très vite...

 Le temps passe, puis soudain, comme à chaque fois, une petite poussée d’adrénaline…

- En voilà un !

 Une ombre traverse la cour, un bruissement d’ailes, le voila !

medium_J_arrive.3.jpg C’est un beau mâle bleu de deux ans qui se présente à l’entrée du colombier.

 Il est 12 heures 16.

 Il a été lâché à Tours, avec plus de trois cents de ses copains, il aura donc mis trois heures et trente six minutes pour rentrer à Yssac.

 Le colombier est distant, c’est le GPS qui le dit, de 240,922 km du point de lâcher. Il a donc volé à la vitesse théorique de 66,93 kmh. Plus vite en réalité, car il n’a pas volé en ligne droite, la  trajectoire qu’il a réellement suivie fut beaucoup plus longue…

  Ce pigeon est le premier arrivé au colombier, il y en avait 23 autres avec lui. Le deuxième ne s’est pointé qu’à 12 heures 44, et en fin d’après-midi, seulement 14 pigeons avaient rallié leur case. Ce fut, dans le jargon des colombophiles, un "concours dur". Premières grosses chaleurs, orages, gros lâchers étrangers, belges anglais, hollandais, allemands qui "entrainent" les pigeons auvergnats qui croisent leur route ? Les pigeons ne parlent pas, donc nous n'en saurons rien.

 Il en reviendra d’autres, mais il est presque certain qu’ils ne reviendront pas tous.

  Aujourd’hui, tous les colombophiles de la société vont porter leurs appareils de contrôle pour le « dépouillement ». Avec toutes les heures d’arrivée. Le classificateur fera le classement du concours. Est-ce que le beau mâle bleu montera sur le podium ? Il s’en fiche de toute façon, il a retrouvé sa femelle qui couve peut-être des futurs champions ; lui, il ignore que Dimanche prochain il visitera le ciel de Château du Loir, encore plus loin…

A Bientôt…

   

PS: Je ne peux plus pour l'instant mettre de photo en bandeau d'en-tête. L'hébergeur d'images Hiboox me fait des misères...Je suis trop paresseux pour HTML-iser moi-même mes images, nous verrons ça plus tard s'il le faut...

 

07/02/2008

La Vie, la Mort...

...La Mort et la Vie, éternel recommencement...


***

C’est arrivé hier, vers quinze heures…

J’étais sur mon clavier, et soudain, en même temps que j’entends un cri de détresse, j’entrevois à travers le rideau de la fenêtre comme une ombre fugace qui attire mon regard, puis, plus rien, le silence...Le piaillement des moineaux, leurs cris, le bruit de leurs disputes, de leurs peurs et de  leurs querelles, tout s’est arrêté en un instant, un instant de mort...

medium_Epervier3.jpg Je porte mon regard à la fenêtre, et je le vois.

 Il est là, magnifique Accipiter Nisus, à demi caché sous les lauriers, là où Olga cache quelquefois un os ou un croûton, croyant que j’ignore sa cachette.

 Il a cloué au sol un de nos moineaux, aussi gras qu’un canard mulard gavé aux Ogm Monsanto810.

Il faut voir ce qu'ils bouffent nos moineaux, je suis sûr qu'ils ont tous du cholestérol...Est-ce ce qui a provoqué sa perte au malheureux piaf, un mâle, on devine son plastron noir, nul ne peut le dire.

 Le temps que j’aille chercher l’Olympus E-510 Reflex, « Mais Nom de Dieu, où est-ce qu’elle l’a encore mis ! », et que je revienne, le moineau a perdu la tête, et il en est mort.

 Une des premières choses que fait l’épervier d’Europe, car c’en est un, c’est de décapiter sa proie, il en a trop bavé pour l'attraper, il ne faut lui laisser aucune chance de s'échapper. Tuer le plus vite possible, et manger. De même , on ne chasse que si on a faim, l'épervier n'est pas de la race de ces chasseurs gras du bide, qui fusillent lièvres et faisans en rotant le paté, il n'y a que les hommes pour gaspiller de l'energie avec le ventre plein !

 Trop absorbé à plumer sa capture avant de casser la croûte, le bel oiseau qui s’active, ne me prête guère attention, quoi que... 

medium_Epervier2.jpg Il se peut bien qu’il prenne là son seul repas de la journée, et qu’il se soit épuisé depuis le matin à raser les buissons et les haies des jardins du quartier, à la recherche d’un mulot imprudent, ou d’un petit passereau étourdi, affaibli ou malade.

 Il a réussi son coup,un oiseau est mort pour qu’un autre survive, c’est ainsi, la vie se nourrit de la mort, elles sont liées à jamais dans une ronde fragile mais tenace, qui nous entraîne, nous aussi dans son vertigineux tourbillon…

 Je prends toutes les précautions pour ne pas déranger le petit assassin affamé.

 medium_Epervier1.jpgJ’écarte un peu le rideau, et je vole quelques images dont la piètre qualité, vous me le pardonnerez, et due au fait que je suis derrière des carreaux, et que l’épervier reste à l’abri de la haie de lauriers, dans la pénombre.

 Depuis longtemps, il vient chez moi, rapide et silencieux, comme surgi de nulle part, plongeant sur le petit peuple braillard de mon jardin. La plupart du temps, je le vois remonter dans le ciel, bredouille, et allant plus loin chercher son repas.

 Il arrive aussi qu’il soit plus chanceux, et reparte, avec dans ses serres un moineau qui crie encore un peu avant de mourir. Mais c’est la première fois que je le vois consommer sur place.

 Il mettra bien un bon quart d’heure avant de plumer et de dépecer sa proie, puis il est parti, laissant derrière lui un petit tas de plumes, seule trace de son passage, une trace de mort, un signe de vie…

A Bientôt…

21/11/2007

Triste Fable...

La Renarde et les Corbeaux

****

Tous les jours dans la nature, se joue le drame de la vie et de la mort, c’est ainsi depuis toujours, il faut que meurent des créatures pour que d’autres naissent, vivent, et meurent à leur tour.

 Manger et être mangé, telle est la loi !

 Un équilibre fragile s’est ainsi institué dans le monde vivant, entre animaux fourrage qui se multiplient aussi vite qu’ils sont dévorés, et les prédateurs, qui sont au sommet de la chaîne, et seront aussi dévorés par d’autres bestioles après leur mort.

 Tout allait bien jusqu’au jour où…

 L’homme est venu qui bouleversa ce bel équilibre. Ce ne fut pas Marcel le premier homme qui fut l’initiateur du désastre, lui se contentait de se nourrir des pommes tombées du grand chêne où vivait le serpent, et où il faisait de longues siestes coquines avec Gisèle, le deuxième homme, sa femme.

 Ce sont quelques uns de ses fils qui eurent envie de viande, et qui commencèrent à chasser, ils se prirent d’abord pour des lions, mais très vite ils devinrent des chacals, des corbeaux…

 La mort d’un être vivant est toujours tragique, quand elle survient avant la fin programmée d’une vie bien remplie. Mais la mort d’un être, fut-il un animal, a quelque chose d’obscène quand elle est inutile !

 La mort inutile de madame Goupil, qui, sur son arbre perché, de ses yeux morts regarde Olga lui rendre hommage, est de celles-là, une mort qui n’est utile à personne.medium_Adieu_Goupil.jpg

 Ce cadavre qui très vite va devenir charogne fut pourtant plein de vie. Olga ne comprend pas, que fait la belle renarde accrochée, pantelante, dans ce buisson d’aubépine ?

 Plusieurs fois elle a croisé sa route, quand parfois, au lever du jour nous passions par là, madame Goupil rentrait de ses expéditions nocturnes, et regagnait son refuge, au milieu des broussailles. Surprise par notre présence, elle s’arrêtait net, puis filait à toute allure. Jamais Olga n’a pu rattraper cet éclair roux dont l’odeur l’affolait pendant plusieurs minutes.

 Ces matins-là, j’étais un peu plus heureux que les autres jours, heureux de vivre dans une nature pleine de trésors vivants.

 L’homme est venu...

 Ce jour-là, la renarde aurait du rester au fond de son trou, ce n’est pas un paisible promeneur et sa chienne qui arpentaient le sentier, la mort était au rendez-vous. Les chasseurs se livraient à leur « sport », madame Goupil le paya de sa vie.

 Tragique et inutile sa mort ! En d’autre temps, on lui aurait pris sa peau, pour orner le col et les manches d’un manteau moche et mal coupé. Pas très glorieux, mais du moins cela aurait fourni un mobile au meurtre.

 Même pas, elle est morte pour le seul plaisir d’un assassin du dimanche, une vie stoppée pour un instant d’émotion, pour rien.

 Il n’est même pas sûr que le valeureux Nemrod ait éjaculé en tirant son coup !

    

 A Bientôt…

31/08/2007

Bientôt l'heure,

Il va falloir y aller !

Que dire encore de cette première année d’école ?

 Ce fut pour moi un bouleversement total dans mes habitudes.

 Il me fallut soudain vivre au rythme de cette inactivité nouvelle.

 J’ai bien dit inactivité, car comme je vous l’ai expliqué, ce fut pour moi une année scolairement blanche, puisque l’instituteur avait décidé de me faire rattraper mon avance.

 Se lever, renifler un peu, pas trop quand même, le gant de toilette mouillé qui sentait le savon de Marseille, boire le grand bol de lait déjà sucré par la maman, après y avoir rajouté un sucre ou deux,on n’est jamais trop prudent,s’habiller, prendre le cartable dans lequel s’était glissé un solide casse-croûte à la mesure des privations qu’avaient connues nos parents quelques années auparavant, mais pour important qu’il soit le casse-croûte, il n’était pas toujours à la mesure de mon appétit !

 Lorsque je repense parfois à ma gloutonnerie, à peine calmée aujourd’hui d’ailleurs, je remercie la providence de m’avoir fait naître juste à la fin de la guerre, et non pas au début, je n'aurais pas survécu !

 Mon frère était déjà au milieu de la cour quand j’enfilais mes galoches.

 Neuf heures moins le quart, c’était largement suffisant pour faire les cinq minutes de trajet jusqu’à neuf heures.

 Je savais lire, je vous l’ai dit, je connaissais l’heure aussi.medium_Jaz.jpg

 Ma mère m’avait expliqué tout ça devant le gros réveil Jaz qui trônait sur le buffet bancal.

 En route donc pour l’école.

 C’était un peu pour moi « Adieu veaux, vaches, poules et cochon », qui, avant cette servitude nouvelle étaient souvent mes compagnons de jeu.

 Il y avait peu d’enfants à l’époque, et j’étais séparé de mon unique conscrite par un village entier et tellement grand pour mon âge, que je ne la connaissais même pas, ou à peine.

 Elle habitait à « La Barrière », et moi «Au Quartier », c’est vous dire !

 Pour la petite histoire, nous habitions dans une maison qui appartenait à la Jeanne, sa grand’mère  à la petite Claire.

 Alors, avant que mes cinq ans ne me condamnent à l’école forcée, n’ayant pas ou peu de compagnons de jeu de mon âge, je m’arrangeais avec ceux qui étaient à ma disposition, et il n’en manquait pas !

 Juste à coté de la maison, il y avait les vaches de Gilbert, belles et grasses à pleine peau. Dans le pré un peu plus loin, mais j’y allais quand même, il y avait celles de Banane, elles étaient, elles, maigres comme des clous, tellement habituées à crever de faim tout l’hiver, qu’elles n’osaient pas grossir, même lâchées dans un pré où l’herbe tendre leur montait jusqu’au ventre !

 Les vaches avaient des veaux, c’était dans leur nature à ces bêtes. Les veaux, c’est un peu des gosses, en plus gentil.

 J’allais souvent tenir compagnie à celui qui était attaché au fond de l’écurie, et qui pleurait son désespoir toute la journée, pendant que sa mère était partie au pré pour se gonfler la panse et les mamelles.

 J’allais aussi voir les lapins de « Porchinou » ,contrairement aux notres, qui vivaient dans des petites cages grillagées où ils faisaient du lard, ceux-là vivaient en bande dans une écurie sombre. Je les devinais dans la pénombre, dès que j’arrivais, ils se précipitaient au fond, comme l’aurait fait un troupeau de bisons sauvages.

 Les seuls bisons que je connaissais, ils étaient dans les pages de « L’intrépide », que je feuilletais quelque fois quand il ne faisait pas beau.

 Et les poules, que je vous parle un peu des poules !

 Les poules en ce temps-là étaient comme les chats, les chiens et les pigeons, des êtres libres et indépendants. Certes, il leur fallait faire des sacrifices. Moyennant quelques nourritures et un abri pour la nuit, elles devaient offrir leurs œufs et leurs coqs en paiement du service. Sauf celles de Banane, qui ne recevant pratiquement pas de nourriture n'offraient pas grand chose en échange.

 Mais elles se débrouillaient pour échapper à leurs obligations les poules !medium_Dissidente.jpg

 Pas mal d’entre elles se trouvaient un coin isolé pour pondre, et il n’était pas rare de voir débarquer un jour la dissidente toute fière d’avoir pu mener à bien la ponte d’une quinzaine d’œufs, et la couvaison réglementaire de vingt et un jours nécessaire à la maternité chez ces volatiles !

 Elle arrivait en cot-cotant, suivi d’une douzaine ou plus de poussins aussi beaux que sur les images, que ne verrait jamais leur père, parce qu’il était passé à la cocotte le Dimanche précédent.

 Quand, dans mes explorations, je tombais par hasard sur un de ces nids clandestins, il m’arrivait de prélever ma dîme, pour prix de mon silence.

 Les œufs crus sont pleins de bonnes choses pour les enfants en bas âge !

 Mais il est plus que l’heure de partir, j’ai école aujourd’hui, il faut y aller…

    

À Bientôt…

30/08/2007

Derrière mon pupitre.

 ...Je vais découvrir le Monde !

 A lire les commentaires que vous avez laissés sur mon billet d'hier, il me semble que si je retourne à l’école aujourd’hui, ça ne déplaira à personne.

 Pour tout dire, ça ne me déplaira pas non plus.

 La rentrée des classes, c’était l’automne, avec ses couleurs et ses odeurs.

 Les platanes de la place se coloraient de roux, quelques feuilles tombaient.

 On sentait cette odeur si particulière de la terre mouillée, et les bouses que les vaches laissaient dans les rues empierrées séchaient moins vite que pendant les vacances.

 Les couleurs du ciel, plus lumineuses, mais plus douces aussi, nous disaient octobre et annonçaient les prochains frimas.

 Le soleil était encore chaud, mais il ne brûlait plus.

 Bientôt nos mamans auront froid, elles vont nous obliger à mettre le tricot de l’année dernière, le cache-nez, les grosses chaussettes tricotés par les grands mères. Et le bérêt aussi, qui nous donne cet air si intelligent !

  Et elles vont commencer à en tricoter d'autres, elles n'arrêtent pas de tricoter d'ailleurs, c'est à se demander si elles n'ont pas autre chose à faire !

 Plus tard, quand ils seront faits à la machine, les tricots s’appelleront des pulls, nous vivons une époque où tout bouge à grande allure !

 Il faut profiter des derniers beaux jours et des derniers fruits, c'est le temps des vendanges.

 Nous arrivons sur la place, les copains y sont déjà, on rit, on se chamaille, on se bouscule, les garçons surtout. Les filles restent un peu à part, les filles sont toujours à part, c’est comme ça, on n’y peut rien, nos jeux ne les intéressent pas. On s’en fiche, on a l’habitude !

 Le Père la Pipe a ouvert la porte, il a frappé dans ses mains, c’est l’heure.

 Chacun récupère son cartable, sur la croix ronde, ou sur les deux grosses pierres qui servent de banc devant l’école.medium_Crapaud.jpg C'est sous ces grosses pierres que j'avais capturé les crapauds de mon élevage. Elevage odieusement ravagé d'un grand coup de pied par ma mère, suite à la dénonciation de ma grand mère qui m'avait surpris en train de donner le bain à mes sept pensionnaires plus une grenouille rousse, dans la grande flaque de gadoue, devant chez la Mariette Coco !

 Mais ne mélangeons pas tout, nous sommes à l'école, nous ne sommes pas là pour bavarder de tout et de n'importe quoi...

medium_pupitre.2.gif On s’installe au pupitre, à la place que le maître nous a donnée au début de l’année.

 Comme tous les autres gamins, je vide mon cartable que je pose à mes pieds.

 La classe est silencieuse, à part le bruit des galoches sur le parquet disjoint.

 Moi, et d’autres le font aussi, je les quitte les galoches, comme ça je peux gigoter à mon aise sans provoquer le froncement de sourcils de l’instit.

 Peut-être en dirai-je un mot de cet homme, d’une grande culture, humaniste,qui aurait pu nous apprendre beaucoup, et qui ne l’a pas fait !

 Les plumiers sont ouverts et rangés sous le pupitre une fois vidés de leurs trésors.

 Le porte plume, la gomme, les crayons, le noir, et les douze de couleur qui ont perdu leur boite en carton depuis longtemps, le taille crayon en métal avec ses deux orifices, le grand et le petit. Pratique le taille crayon, mais avec ses inconvénients aussi.

 Certes c’était très amusant d’essayer de faire un copeau le plus long possible, mais qu’en faire après…Encore un risque de voir la tête de l’instituteur se relever, et les sourcils, au-dessus de ce regard terrifiant, quand vous portiez les copeaux à la poubelle, au pied de son bureau.medium_trousse.gif

 Les plus veinards avaient déjà une trousse, qui très vite relèguera le plumier au oubliettes, privant sans doute quelques paysans du Jura d’un complément de ressources. C'est ainsi, je vous l'ai dit, tout bouge !

 Une fois installés, le matériel déballé, nous sommes prêts, nous allons pouvoir nous instruire.

 Sur le tableau noir, qu'un grand a essuyé la veille, en soulevant un nuage de craie qui lui a blanchi visage et tablier, le maître a inscrit la date du jour, et sous cette date, d'une magnifique écriture, comme on n'en voit que sur les vieux documents, il a écrit la morale.

 Car en ce temps-là mes amis, il y avait la morale !

 Chaque matin l'écolier, du moins celui qui savait lire, pouvait graver en sa mémoire un précepte lui rappelant qu'il n'était pas seul au monde, et qu'il devait respecter certains principes de base sous peine, s'il ne les respectait pas, de se faire sérieusement botter le cul ! C'était ça la morale !

 Je vous raconterais bien une journée d' écolier, ça nous permettrait de réviser un peu, pour notre plus grand bien. Mais curieusement, durant les cinq années que j'ai passées sur mon banc en bois, je n'ai pas souvenir de beaucoup de choses.

 N'aurais-je rien appris ? Ce serait mentir que de le dire, mais le sentiment que j'ai, c'est, si j'ose dire, que je suis resté sur ma faim dans la soif d'apprendre que j'avais à cette époque ! Je ne voudrais pas avoir l'air de cracher sur un homme que malgré tout j'estime, mais notre instituteur n'a pas fait son boulot.

 Je lui en veux un peu, car il avait largement la capacité de le faire, et de le faire bien !

 Il ne faut pas que je sois injuste, s'il est vrai qu'il ne nous a pas communiqué son savoir, je dois reconnaître qu'il nous a appris à vivre ensemble, ce qui n'est déjà pas si mal.

 Je lui dois aussi ma première leçon d'écologie, une leçon que je n'ai pas oubliée. L'Amazonie est en danger nous a-t-il dit un jour, et c'est notre poumon. C'était en 52 ou 53, et on ne respire pas mieux depuis !

 Je le regardais parfois ce poumon sur la carte du monde, cet immense platras vert qui s'appelle toujours le Brésil, même s'il est de moins en moins vert...C'est grâce à lui l'instit,que j'ai su que la Terre était ronde et qu'elle appartenait à tous ceux qui marchaient dessus, hommes et bêtes.

Peut-être, après tout, n'ai-je pas perdu tout mon temps, même s'il ne nous a pas consacré suffisamment du sien !

    

 A Bientôt...