05 mai 2008

Et pendant ce temps-là...

... Coule le Chambaron.

medium_Chambaron4.jpg C’était hier, et nous étions Dimanche. Un beau jour, comme sait nous en donner le mois de Mai, quand il le veut bien.

 Au matin, le ciel s’était garni de moutons blancs immobiles, puis les avait vu fondre sous le chaud soleil, il en bleuissait de plaisir…Comme depuis des lustres, usant les dernières eaux de l’hiver, indifférent à ce qui se passait là-haut, le Chambaron suivait son cours….

 Un beau Dimanche, je vous l’ai dit. Si vous aviez été là, vers onze heures, quelque part près du clocher du village, vous auriez pu entendre :

 - A quelle heure le lâcher ?

 - Huit heures quarante.

 -  Bon, à soixante-dix à l’heure, il faut compter vers midi, midi dix, encore qu’il commence à faire chaud, il n’y a pas de vent. ils n’iront pas très vite...

 Le temps passe, puis soudain, comme à chaque fois, une petite poussée d’adrénaline…

- En voilà un !

 Une ombre traverse la cour, un bruissement d’ailes, le voila !

medium_J_arrive.3.jpg C’est un beau mâle bleu de deux ans qui se présente à l’entrée du colombier.

 Il est 12 heures 16.

 Il a été lâché à Tours, avec plus de trois cents de ses copains, il aura donc mis trois heures et trente six minutes pour rentrer à Yssac.

 Le colombier est distant, c’est le GPS qui le dit, de 240,922 km du point de lâcher. Il a donc volé à la vitesse théorique de 66,93 kmh. Plus vite en réalité, car il n’a pas volé en ligne droite, la  trajectoire qu’il a réellement suivie fut beaucoup plus longue…

  Ce pigeon est le premier arrivé au colombier, il y en avait 23 autres avec lui. Le deuxième ne s’est pointé qu’à 12 heures 44, et en fin d’après-midi, seulement 14 pigeons avaient rallié leur case. Ce fut, dans le jargon des colombophiles, un "concours dur". Premières grosses chaleurs, orages, gros lâchers étrangers, belges anglais, hollandais, allemands qui "entrainent" les pigeons auvergnats qui croisent leur route ? Les pigeons ne parlent pas, donc nous n'en saurons rien.

 Il en reviendra d’autres, mais il est presque certain qu’ils ne reviendront pas tous.

  Aujourd’hui, tous les colombophiles de la société vont porter leurs appareils de contrôle pour le « dépouillement ». Avec toutes les heures d’arrivée. Le classificateur fera le classement du concours. Est-ce que le beau mâle bleu montera sur le podium ? Il s’en fiche de toute façon, il a retrouvé sa femelle qui couve peut-être des futurs champions ; lui, il ignore que Dimanche prochain il visitera le ciel de Château du Loir, encore plus loin…

A Bientôt…

   

PS: Je ne peux plus pour l'instant mettre de photo en bandeau d'en-tête. L'hébergeur d'images Hiboox me fait des misères...Je suis trop paresseux pour HTML-iser moi-même mes images, nous verrons ça plus tard s'il le faut...

 

07 février 2008

La Vie, la Mort...

...La Mort et la Vie, éternel recommencement...


***

C’est arrivé hier, vers quinze heures…

J’étais sur mon clavier, et soudain, en même temps que j’entends un cri de détresse, j’entrevois à travers le rideau de la fenêtre comme une ombre fugace qui attire mon regard, puis, plus rien, le silence...Le piaillement des moineaux, leurs cris, le bruit de leurs disputes, de leurs peurs et de  leurs querelles, tout s’est arrêté en un instant, un instant de mort...

medium_Epervier3.jpg Je porte mon regard à la fenêtre, et je le vois.

 Il est là, magnifique Accipiter Nisus, à demi caché sous les lauriers, là où Olga cache quelquefois un os ou un croûton, croyant que j’ignore sa cachette.

 Il a cloué au sol un de nos moineaux, aussi gras qu’un canard mulard gavé aux Ogm Monsanto810.

Il faut voir ce qu'ils bouffent nos moineaux, je suis sûr qu'ils ont tous du cholestérol...Est-ce ce qui a provoqué sa perte au malheureux piaf, un mâle, on devine son plastron noir, nul ne peut le dire.

 Le temps que j’aille chercher l’Olympus E-510 Reflex, « Mais Nom de Dieu, où est-ce qu’elle l’a encore mis ! », et que je revienne, le moineau a perdu la tête, et il en est mort.

 Une des premières choses que fait l’épervier d’Europe, car c’en est un, c’est de décapiter sa proie, il en a trop bavé pour l'attraper, il ne faut lui laisser aucune chance de s'échapper. Tuer le plus vite possible, et manger. De même , on ne chasse que si on a faim, l'épervier n'est pas de la race de ces chasseurs gras du bide, qui fusillent lièvres et faisans en rotant le paté, il n'y a que les hommes pour gaspiller de l'energie avec le ventre plein !

 Trop absorbé à plumer sa capture avant de casser la croûte, le bel oiseau qui s’active, ne me prête guère attention, quoi que... 

medium_Epervier2.jpg Il se peut bien qu’il prenne là son seul repas de la journée, et qu’il se soit épuisé depuis le matin à raser les buissons et les haies des jardins du quartier, à la recherche d’un mulot imprudent, ou d’un petit passereau étourdi, affaibli ou malade.

 Il a réussi son coup,un oiseau est mort pour qu’un autre survive, c’est ainsi, la vie se nourrit de la mort, elles sont liées à jamais dans une ronde fragile mais tenace, qui nous entraîne, nous aussi dans son vertigineux tourbillon…

 Je prends toutes les précautions pour ne pas déranger le petit assassin affamé.

 medium_Epervier1.jpgJ’écarte un peu le rideau, et je vole quelques images dont la piètre qualité, vous me le pardonnerez, et due au fait que je suis derrière des carreaux, et que l’épervier reste à l’abri de la haie de lauriers, dans la pénombre.

 Depuis longtemps, il vient chez moi, rapide et silencieux, comme surgi de nulle part, plongeant sur le petit peuple braillard de mon jardin. La plupart du temps, je le vois remonter dans le ciel, bredouille, et allant plus loin chercher son repas.

 Il arrive aussi qu’il soit plus chanceux, et reparte, avec dans ses serres un moineau qui crie encore un peu avant de mourir. Mais c’est la première fois que je le vois consommer sur place.

 Il mettra bien un bon quart d’heure avant de plumer et de dépecer sa proie, puis il est parti, laissant derrière lui un petit tas de plumes, seule trace de son passage, une trace de mort, un signe de vie…

A Bientôt…

21 novembre 2007

Triste Fable...

La Renarde et les Corbeaux

****

Tous les jours dans la nature, se joue le drame de la vie et de la mort, c’est ainsi depuis toujours, il faut que meurent des créatures pour que d’autres naissent, vivent, et meurent à leur tour.

 Manger et être mangé, telle est la loi !

 Un équilibre fragile s’est ainsi institué dans le monde vivant, entre animaux fourrage qui se multiplient aussi vite qu’ils sont dévorés, et les prédateurs, qui sont au sommet de la chaîne, et seront aussi dévorés par d’autres bestioles après leur mort.

 Tout allait bien jusqu’au jour où…

 L’homme est venu qui bouleversa ce bel équilibre. Ce ne fut pas Marcel le premier homme qui fut l’initiateur du désastre, lui se contentait de se nourrir des pommes tombées du grand chêne où vivait le serpent, et où il faisait de longues siestes coquines avec Gisèle, le deuxième homme, sa femme.

 Ce sont quelques uns de ses fils qui eurent envie de viande, et qui commencèrent à chasser, ils se prirent d’abord pour des lions, mais très vite ils devinrent des chacals, des corbeaux…

 La mort d’un être vivant est toujours tragique, quand elle survient avant la fin programmée d’une vie bien remplie. Mais la mort d’un être, fut-il un animal, a quelque chose d’obscène quand elle est inutile !

 La mort inutile de madame Goupil, qui, sur son arbre perché, de ses yeux morts regarde Olga lui rendre hommage, est de celles-là, une mort qui n’est utile à personne.medium_Adieu_Goupil.jpg

 Ce cadavre qui très vite va devenir charogne fut pourtant plein de vie. Olga ne comprend pas, que fait la belle renarde accrochée, pantelante, dans ce buisson d’aubépine ?

 Plusieurs fois elle a croisé sa route, quand parfois, au lever du jour nous passions par là, madame Goupil rentrait de ses expéditions nocturnes, et regagnait son refuge, au milieu des broussailles. Surprise par notre présence, elle s’arrêtait net, puis filait à toute allure. Jamais Olga n’a pu rattraper cet éclair roux dont l’odeur l’affolait pendant plusieurs minutes.

 Ces matins-là, j’étais un peu plus heureux que les autres jours, heureux de vivre dans une nature pleine de trésors vivants.

 L’homme est venu...

 Ce jour-là, la renarde aurait du rester au fond de son trou, ce n’est pas un paisible promeneur et sa chienne qui arpentaient le sentier, la mort était au rendez-vous. Les chasseurs se livraient à leur « sport », madame Goupil le paya de sa vie.

 Tragique et inutile sa mort ! En d’autre temps, on lui aurait pris sa peau, pour orner le col et les manches d’un manteau moche et mal coupé. Pas très glorieux, mais du moins cela aurait fourni un mobile au meurtre.

 Même pas, elle est morte pour le seul plaisir d’un assassin du dimanche, une vie stoppée pour un instant d’émotion, pour rien.

 Il n’est même pas sûr que le valeureux Nemrod ait éjaculé en tirant son coup !

    

 A Bientôt…

31 août 2007

Bientôt l'heure,

Il va falloir y aller !

Que dire encore de cette première année d’école ?

 Ce fut pour moi un bouleversement total dans mes habitudes.

 Il me fallut soudain vivre au rythme de cette inactivité nouvelle.

 J’ai bien dit inactivité, car comme je vous l’ai expliqué, ce fut pour moi une année scolairement blanche, puisque l’instituteur avait décidé de me faire rattraper mon avance.

 Se lever, renifler un peu, pas trop quand même, le gant de toilette mouillé qui sentait le savon de Marseille, boire le grand bol de lait déjà sucré par la maman, après y avoir rajouté un sucre ou deux,on n’est jamais trop prudent,s’habiller, prendre le cartable dans lequel s’était glissé un solide casse-croûte à la mesure des privations qu’avaient connues nos parents quelques années auparavant, mais pour important qu’il soit le casse-croûte, il n’était pas toujours à la mesure de mon appétit !

 Lorsque je repense parfois à ma gloutonnerie, à peine calmée aujourd’hui d’ailleurs, je remercie la providence de m’avoir fait naître juste à la fin de la guerre, et non pas au début, je n'aurais pas survécu !

 Mon frère était déjà au milieu de la cour quand j’enfilais mes galoches.

 Neuf heures moins le quart, c’était largement suffisant pour faire les cinq minutes de trajet jusqu’à neuf heures.

 Je savais lire, je vous l’ai dit, je connaissais l’heure aussi.medium_Jaz.jpg

 Ma mère m’avait expliqué tout ça devant le gros réveil Jaz qui trônait sur le buffet bancal.

 En route donc pour l’école.

 C’était un peu pour moi « Adieu veaux, vaches, poules et cochon », qui, avant cette servitude nouvelle étaient souvent mes compagnons de jeu.

 Il y avait peu d’enfants à l’époque, et j’étais séparé de mon unique conscrite par un village entier et tellement grand pour mon âge, que je ne la connaissais même pas, ou à peine.

 Elle habitait à « La Barrière », et moi «Au Quartier », c’est vous dire !

 Pour la petite histoire, nous habitions dans une maison qui appartenait à la Jeanne, sa grand’mère  à la petite Claire.

 Alors, avant que mes cinq ans ne me condamnent à l’école forcée, n’ayant pas ou peu de compagnons de jeu de mon âge, je m’arrangeais avec ceux qui étaient à ma disposition, et il n’en manquait pas !

 Juste à coté de la maison, il y avait les vaches de Gilbert, belles et grasses à pleine peau. Dans le pré un peu plus loin, mais j’y allais quand même, il y avait celles de Banane, elles étaient, elles, maigres comme des clous, tellement habituées à crever de faim tout l’hiver, qu’elles n’osaient pas grossir, même lâchées dans un pré où l’herbe tendre leur montait jusqu’au ventre !

 Les vaches avaient des veaux, c’était dans leur nature à ces bêtes. Les veaux, c’est un peu des gosses, en plus gentil.

 J’allais souvent tenir compagnie à celui qui était attaché au fond de l’écurie, et qui pleurait son désespoir toute la journée, pendant que sa mère était partie au pré pour se gonfler la panse et les mamelles.

 J’allais aussi voir les lapins de « Porchinou » ,contrairement aux notres, qui vivaient dans des petites cages grillagées où ils faisaient du lard, ceux-là vivaient en bande dans une écurie sombre. Je les devinais dans la pénombre, dès que j’arrivais, ils se précipitaient au fond, comme l’aurait fait un troupeau de bisons sauvages.

 Les seuls bisons que je connaissais, ils étaient dans les pages de « L’intrépide », que je feuilletais quelque fois quand il ne faisait pas beau.

 Et les poules, que je vous parle un peu des poules !

 Les poules en ce temps-là étaient comme les chats, les chiens et les pigeons, des êtres libres et indépendants. Certes, il leur fallait faire des sacrifices. Moyennant quelques nourritures et un abri pour la nuit, elles devaient offrir leurs œufs et leurs coqs en paiement du service. Sauf celles de Banane, qui ne recevant pratiquement pas de nourriture n'offraient pas grand chose en échange.

 Mais elles se débrouillaient pour échapper à leurs obligations les poules !medium_Dissidente.jpg

 Pas mal d’entre elles se trouvaient un coin isolé pour pondre, et il n’était pas rare de voir débarquer un jour la dissidente toute fière d’avoir pu mener à bien la ponte d’une quinzaine d’œufs, et la couvaison réglementaire de vingt et un jours nécessaire à la maternité chez ces volatiles !

 Elle arrivait en cot-cotant, suivi d’une douzaine ou plus de poussins aussi beaux que sur les images, que ne verrait jamais leur père, parce qu’il était passé à la cocotte le Dimanche précédent.

 Quand, dans mes explorations, je tombais par hasard sur un de ces nids clandestins, il m’arrivait de prélever ma dîme, pour prix de mon silence.

 Les œufs crus sont pleins de bonnes choses pour les enfants en bas âge !

 Mais il est plus que l’heure de partir, j’ai école aujourd’hui, il faut y aller…

    

À Bientôt…

30 août 2007

Derrière mon pupitre.

 ...Je vais découvrir le Monde !

 A lire les commentaires que vous avez laissés sur mon billet d'hier, il me semble que si je retourne à l’école aujourd’hui, ça ne déplaira à personne.

 Pour tout dire, ça ne me déplaira pas non plus.

 La rentrée des classes, c’était l’automne, avec ses couleurs et ses odeurs.

 Les platanes de la place se coloraient de roux, quelques feuilles tombaient.

 On sentait cette odeur si particulière de la terre mouillée, et les bouses que les vaches laissaient dans les rues empierrées séchaient moins vite que pendant les vacances.

 Les couleurs du ciel, plus lumineuses, mais plus douces aussi, nous disaient octobre et annonçaient les prochains frimas.

 Le soleil était encore chaud, mais il ne brûlait plus.

 Bientôt nos mamans auront froid, elles vont nous obliger à mettre le tricot de l’année dernière, le cache-nez, les grosses chaussettes tricotés par les grands mères. Et le bérêt aussi, qui nous donne cet air si intelligent !

  Et elles vont commencer à en tricoter d'autres, elles n'arrêtent pas de tricoter d'ailleurs, c'est à se demander si elles n'ont pas autre chose à faire !

 Plus tard, quand ils seront faits à la machine, les tricots s’appelleront des pulls, nous vivons une époque où tout bouge à grande allure !

 Il faut profiter des derniers beaux jours et des derniers fruits, c'est le temps des vendanges.

 Nous arrivons sur la place, les copains y sont déjà, on rit, on se chamaille, on se bouscule, les garçons surtout. Les filles restent un peu à part, les filles sont toujours à part, c’est comme ça, on n’y peut rien, nos jeux ne les intéressent pas. On s’en fiche, on a l’habitude !

 Le Père la Pipe a ouvert la porte, il a frappé dans ses mains, c’est l’heure.

 Chacun récupère son cartable, sur la croix ronde, ou sur les deux grosses pierres qui servent de banc devant l’école.medium_Crapaud.jpg C'est sous ces grosses pierres que j'avais capturé les crapauds de mon élevage. Elevage odieusement ravagé d'un grand coup de pied par ma mère, suite à la dénonciation de ma grand mère qui m'avait surpris en train de donner le bain à mes sept pensionnaires plus une grenouille rousse, dans la grande flaque de gadoue, devant chez la Mariette Coco !

 Mais ne mélangeons pas tout, nous sommes à l'école, nous ne sommes pas là pour bavarder de tout et de n'importe quoi...

medium_pupitre.2.gif On s’installe au pupitre, à la place que le maître nous a donnée au début de l’année.

 Comme tous les autres gamins, je vide mon cartable que je pose à mes pieds.

 La classe est silencieuse, à part le bruit des galoches sur le parquet disjoint.

 Moi, et d’autres le font aussi, je les quitte les galoches, comme ça je peux gigoter à mon aise sans provoquer le froncement de sourcils de l’instit.

 Peut-être en dirai-je un mot de cet homme, d’une grande culture, humaniste,qui aurait pu nous apprendre beaucoup, et qui ne l’a pas fait !

 Les plumiers sont ouverts et rangés sous le pupitre une fois vidés de leurs trésors.

 Le porte plume, la gomme, les crayons, le noir, et les douze de couleur qui ont perdu leur boite en carton depuis longtemps, le taille crayon en métal avec ses deux orifices, le grand et le petit. Pratique le taille crayon, mais avec ses inconvénients aussi.

 Certes c’était très amusant d’essayer de faire un copeau le plus long possible, mais qu’en faire après…Encore un risque de voir la tête de l’instituteur se relever, et les sourcils, au-dessus de ce regard terrifiant, quand vous portiez les copeaux à la poubelle, au pied de son bureau.medium_trousse.gif

 Les plus veinards avaient déjà une trousse, qui très vite relèguera le plumier au oubliettes, privant sans doute quelques paysans du Jura d’un complément de ressources. C'est ainsi, je vous l'ai dit, tout bouge !

 Une fois installés, le matériel déballé, nous sommes prêts, nous allons pouvoir nous instruire.

 Sur le tableau noir, qu'un grand a essuyé la veille, en soulevant un nuage de craie qui lui a blanchi visage et tablier, le maître a inscrit la date du jour, et sous cette date, d'une magnifique écriture, comme on n'en voit que sur les vieux documents, il a écrit la morale.

 Car en ce temps-là mes amis, il y avait la morale !

 Chaque matin l'écolier, du moins celui qui savait lire, pouvait graver en sa mémoire un précepte lui rappelant qu'il n'était pas seul au monde, et qu'il devait respecter certains principes de base sous peine, s'il ne les respectait pas, de se faire sérieusement botter le cul ! C'était ça la morale !

 Je vous raconterais bien une journée d' écolier, ça nous permettrait de réviser un peu, pour notre plus grand bien. Mais curieusement, durant les cinq années que j'ai passées sur mon banc en bois, je n'ai pas souvenir de beaucoup de choses.

 N'aurais-je rien appris ? Ce serait mentir que de le dire, mais le sentiment que j'ai, c'est, si j'ose dire, que je suis resté sur ma faim dans la soif d'apprendre que j'avais à cette époque ! Je ne voudrais pas avoir l'air de cracher sur un homme que malgré tout j'estime, mais notre instituteur n'a pas fait son boulot.

 Je lui en veux un peu, car il avait largement la capacité de le faire, et de le faire bien !

 Il ne faut pas que je sois injuste, s'il est vrai qu'il ne nous a pas communiqué son savoir, je dois reconnaître qu'il nous a appris à vivre ensemble, ce qui n'est déjà pas si mal.

 Je lui dois aussi ma première leçon d'écologie, une leçon que je n'ai pas oubliée. L'Amazonie est en danger nous a-t-il dit un jour, et c'est notre poumon. C'était en 52 ou 53, et on ne respire pas mieux depuis !

 Je le regardais parfois ce poumon sur la carte du monde, cet immense platras vert qui s'appelle toujours le Brésil, même s'il est de moins en moins vert...C'est grâce à lui l'instit,que j'ai su que la Terre était ronde et qu'elle appartenait à tous ceux qui marchaient dessus, hommes et bêtes.

Peut-être, après tout, n'ai-je pas perdu tout mon temps, même s'il ne nous a pas consacré suffisamment du sien !

    

 A Bientôt...

  

Avertissement :

 Toutes les images que j'ai mises sur ce billet,medium_plumier.gif  comme ce plumier, ne  proviennent pas de mes archives personnelles, je les ai glanées et copiées  sur Internet.

 Il n'empêche, j'ai usé mes culottes sur le même banc, et eu en main le même plumier ou son frère.

J'ai encore, la patine et la douceur de l'un et l'autre, gravées à jamais dans ma mémoire.

29 août 2007

Rentrée des classes...

Cinquante-sept ans, déjà...

 Cinquante-sept ans, et j’ai l’impression que c’était hier.

 Il devait avoir raison, celui qui disait que la vie est courte !

 Je n’étais pas peu fier ce matin-là, avec mon cartable en carton bouilli qui sentait le cuir, mon tablier gris, lui aussi tout neuf.medium_cartable.jpg

 En voici un Cartable, ce n'est pas le mien, il a du en faire pas mal des rentrées celui-là !

 Et je marchais heureux aux cotés de mon grand frère. Pensez donc, ma première rentrée à l’école ! Depuis combien de temps avais-je attendu ? Depuis très longtemps à l’horloge qui mesure le temps chez un gosse de cinq ans !

 Je connaissais l’école, j’y accompagnais souvent mon frère, mais je n’en franchissais pas la porte, je n’avais pas l’âge. Je regardais rentrer grands et petits, une dizaine de gosses, garçons et filles mêlés, et je rejoignais ma grand-mère, juste à coté.

 Ce matin-là, début Octobre 1950, le temps m’avait paru très long, mais j’avais enfin l’âge !

 C’est à cinq ans que le maître accueillait dans l’école de la République, sise sous la salle du Conseil de la Mairie, les enfants du village.

 Cinq ans, c’est un âge raisonnable pour démarrer l’éducation des gamins. Le langage est assuré, les garçons pissent debout, et les filles se débrouillent elles aussi toutes seules. Il est donc temps de commencer à apprendre lecture et écriture et de compter si les dix doigts sont à leur place, et au complet.

  « Vous savez, il lit couramment, et il commence à compter… » C’est ce qu’avait dit ma mère à l’instituteur lorsqu’elle était venue quelques jours avant la rentrée pour m’inscrire à l’école.

 Effectivement, à cinq ans je savais lire, écrire un peu, et compter sur mes doigts. Je sais toujours lire et écrire, mais j’ai encore quelques difficultés avec mes comptes, c’est du moins ce que me dit assez souvent mon épouse !

 N’ayant pas à m’apprendre à lire ni à compter, l’instituteur m’a installé au fond de la classe, entre les deux fenêtres, sous une espèce de placard mural vitré.

 Il y avait dans ce placard différentes sortes de roches, basalte, silex, granit…Assis tout seul à un pupitre en bois, j’ai passé une année à jouer en m’ennuyant avec de la pâte à modeler et des bâtonnets de couleur, en attendant d’avoir six ans, et d’avoir rattrapé le retard de mon année d’avance pour être enfin comme tout le monde, et avoir le droit de feuilleter les livres et de saloper ardoise et cahiers ! 

 Il m’arrive de penser que j’aurais appris beaucoup plus en restant cette année-là avec ma grand-mère Philomène, Bergère et Fauvette, les  chiennes, les moutons et les chèvres.

 Ma grand-mère m’apprenait les arbres et les plantes, les escargots et les champignons, et j’aurais pu perfectionner mon patois, enfin quoi, j’aurais pu ne pas perdre mon temps !

 Fort heureusement, il y avait les récréations, et je crois vous l’avoir dit, elles duraient fort longtemps ! J’ai eu beaucoup d’autres rentrées. Mais ce sont surtout celles de la petite enfance dont je me souviens.

 Avec l’odeur du neuf des cartables, des  livres et cahiers. La fierté du beau tablier encore raide, ou la petite frustration, quand le tablier était celui du grand frère, un peu usé et rapiécé. Je ne sais pas qu’est-ce qui s’agite dans la tête des enfants que je vois aujourd’hui, dûment accompagnés par un parent,  « livrés » en voiture devant la porte…

 Je me revois, enfant libre, partant à pied, nez au vent, sautant dans les flaques quand il avait plu, donnant des coups de galoches dans les pierres du chemin quand il ne pleuvait pas, essayant de compter les hirondelles qui se rassemblaient pour aller voir en Afrique s’il y faisait meilleur. Je me revois, guettant les lézards qui profitaient des derniers rayons d’un soleil encore chaud... Bientôt, je pourrais rentrer jusqu’à mi-mollets dans les feuilles tombées des platanes de la place, et me bercer de leur bruissement sous mes pas. Vite un tour de l’église en courant, en tapant fort des pieds entre la sacristie et chez la Jeanne, il y a là comme un écho.

 Un tour aussi vers le vieux puits avec sa grande manivelle en fer, une grimpée sur les barres en fer du préau, là où le Père la Pipe gare sa quatre chevaux flambant neuve.

 Un tour sur la croix ronde…Non, pas le temps, la porte s’ouvre, il frappe dans ses mains, c’est l’heure de rentrer en classe…

    

A Bientôt…

23 juillet 2007

Cinq de chute !

 Le Panier qu'ils aménagèrent....

 Vous souvenez-vous ? Au printemps, j’avais fait une note sur les hirondelles qui chaque année viennent nicher sous un galetas chez ma mère. Voici le nid au premier Avril de cette année, la maman est en train de couver.medium_Nid_Avant.jpg

Sur la photo illustrant le billet, on voyait le papa nourrir cinq petits affamés. Je terminais en disant que les valeureux parents n’en avaient pas terminé, et qu’il y aurait sûrement une deuxième nichée…Il y en a eu une deuxième.

 Et tout comme la première, ce sont cinq oisillons qui ont vu le jour. Hélas, un terrible drame a frappé cette famille jusque là épargnée.

 Il y a maintenant dix jours, le nid, trop fragile, et seulement appuyé sur un seul des clous qui jadis servaient à suspendre les ails et oignons, et les bouquets de haricots enveloppés dans un sac de jute ajouré, pour les semences de l’année suivante, le nid s’est décroché !

 Patatras, les cinq oisillons sont tombés trois mètres plus bas, sur l’escalier de pierre !

 Je suis arrivé deux bonnes heures plus tard. Je dis deux bonnes heures, car d’après ce que m’a  rapporté ma mère, clouée sur son fauteuil, c’est deux heures avant mon arrivée que les cris des parents l’ont alertée. Elle savait qu’il y avait eu un drame.

 Plus rien ne bougeait à mon arrivée. Comme je le fais à chaque fois, aussitôt arrivé, je vais jeter un œil sur le nid, et je reste un instant à admirer le ballet des parents qui inlassablement font des allers-retours pour nourrir leurs petits. Je n'avais pas d'appareil photo ce jour-là, il vous faut donc me croire sur parole.

 Quelle ne fut pas ma stupeur de découvrir sur l’escalier les cinq oisillons éparpillés au milieu des débris du nid. Je les ai recueillis, pauvres bestioles à peine plumées, qui toutes les cinq tenaient dans une seule de mes mains. Que faire ?

 J’ai fait pas mal de choses dans ma vie, mais jamais au grand jamais je n’ai construit de nid d’hirondelle ! Qu’importe, on va se débrouiller.

 Pendant que Joël, mon frère, de quatre ans mon cadet, revenu du jardin, mettait en place l’échelle, avec ma seule main droite, j’ai garni de paille un de ces petits paniers en osier, tressés en Asie par des gamins qui travaillent plus que les nôtres pour gagner beaucoup moins, et qui jamais de leur vie ne goûteront sans doute au potage de nids d’hirondelle.

 Bref, j’ai bricolé un nid de secours dans ce petit panier qui servait de parure à une plante d’anniversaire ou de fête des mères, et que mon frère conserve, il a raison, la preuve !

J’y ai placé les cinq oisillons chauds et tremblants, et tous vivants, ce qui est un premier miracle, car Bambou, la chatte était dans les parages, et gare si elle les avait vus ! J’ai installé le « nid » sur le clou, à l’emplacement du nid détruit. On voit d’ailleurs la trace noirâtre de celui-ci sur la poutre du galetas, et le deuxième miracle a eu lieu.

 Il a fallu un bon quart d’heure pour que l’on voit d’abord tournoyer, puis se poser à proximité le père hirondelle. Intrigué et apeuré sans doute par cette chose qui était là, à la place de son nid. Mais au bout de deux ou trois heures, l’amour de leurs petits l’a emporté sur la méfiance, les parents se sont à nouveau occupés de leurs oisillons.

 Si c’était un conte de fées, les cinq petits, leurs aînés et leurs parents se porteraient comme des charmes, dans deux mois ils fileraient à tire d’aile vers l’Afrique, et tous les douze l’année prochaine reviendraient faire notre Printemps, ainsi qu’il sied de faire pour des hirondelles bien élevées.  Las ! C’est une histoire vraie que je vous conte, et sur les cinq oisillons tombés, deux n’ont pas survécu, sans doute meurtris dans la chute, mais comme vous le voyez sur la photo, les trois qui restent ont bon appétit.

 Souhaitons leur ainsi qu’à leurs cinq aînés et aux parents, bon vent et bonne route pour leur long voyage.

  Et qui sait, si en Mars prochain nous ne verrons pas revenir une ou deux des rares hirondelles de la planète pouvant se vanter auprès de leurs copines en disant : 

 « Le Crabillou m’a mis la main au panier ! »

     

 A Bientôt…

26 juin 2007

Fin de la Chasse au Trésor...

L'affaire du Trou...

   

lI doit bien être quelque part  ce trésor, que personne n’a trouvé au cours des siècles.

medium_Croix_du_Temple.2.jpgmedium_Ordre_du_Temple.gif

S'il n'est  pas dans la Tour, c'est qu'il est dans le souterrain.Une entrée de souterrain, nous en connaissons une, elle est dans la cave du père de Daniel, pas loin de la Commanderie d’ailleurs, mais elle est pour nous inaccessible.medium_Chevalier_du_Temple.2.gif

 Il paraîtrait qu’un souterrain relie le village au Château de Montaclier, qui se trouve à un petit kilomètre à vol d’oiseau, plutôt à vol de taupe d’ailleurs, s’agissant d’un souterrain. Q’une Commanderie de Templiers soit reliée à un château Renaissance par un souterrain ne nous « anachronise » pas outre mesure, qu’en plus ce souterrain traverse une zone marécageuse, les Viviers, où jadis on trempait le chanvre ne nous embarrasse guère. Roland aurait très bien pu, si on ne lui avait pas fait perdre son temps à l’école, inventer le Tunnel sous la Manche, alors les Viviers, tu parles !

 Nous en ferons d’ailleurs un nous-mêmes de souterrain, je vous en parlerai peut-être un jour. Je vous rappelle qu’à l’époque nous ne préparons pas une agrégation d’Histoire ni un diplôme de géologie, nous sommes Roland et moi-même, élèves de la communale !

 Nous repartons en expédition aux abords de la Commanderie. L’escalade de la tour par la face nord s’étant avérée infructueuse, nous nous concentrons sur les recherches au sol.

 Croyons-nous vraiment qu’il y a un trésor, ce n’est pas sûr. Ce trésor nourrit notre imagination, nous le cherchons sans vraiment y croire, il n’est pour nous qu’une sorte d’aiguillon, un moteur, un prétexte. Nous cherchons comme savent le faire les enfants, pour le plaisir de chercher plus que pour la quête d’un objet dont au fond, on sait très bien qu’il n’existe pas.

 Mais nous cherchons, car en cherchant, on trouve !

 Et nous trouvons, pas le trésor bien sûr, mais l’entrée probable du souterrain. Là, au milieu des éboulis envahis par les ronces et les sureaux, dans les ruines d’une ancienne grange écroulée , il y a une ouverture, et on devine dans le noir du fond qu’il y a une grande cavité.

 Nous y sommes ! Seulement voilà, l’orifice, encadré de pierres de taille est trop petit pour que je m’y glisse.medium_MgrDouarre.jpg Et pourtant, il ne me faut pas un gros trou pour que je passe de l’autre coté. Par exemple, cette vieille maison au milieu du village, où vécu Blaise Marmoiton, un héros du village, qui partit en Nouvelle Calédonie, pour aider Monseigneur Douarre à évangéliser les Canaques.

 Nous le voyons là Guillaume Douarre, seul, et avec ses « missionnaires ». Ont-ils manqué de doigté, où est-ce que les Canaques qui avaient eux-mêmes des divinités qui marchaient bien étaient un peu agacés de devoir les changer, pour un Dieu unique trop compliqué pour des sauvages. Ont-ils eu peur qu’on leur prenne leur Nickel ? Est-ce que l’arrivée de missionnaires et d’immigrés pas très catholiques, du gibier de potence, les ont agacés ? Toujours est-il qu’ils ont zigouillé le Monseigneur, et qu’ainsi il est devenu célèbre .Le frère Blaise aussi fut tué, il fut tué avant d'ailleurs.
medium_Missionnaires.jpgmedium_Blaise.jpg

 Mais je m’égare…

 Dans la vieille maison du frère Blaise, j’en avais trouvé un de trésor ! Des livres, de beaux livres avec des illustrations. Ils racontaient la guerre de quatorze. Ces livres, ils étaient là, en vrac au milieu d’un fatras d’outils déjà vieux à l’époque, et de matériel de dentellière. Je me glissais à travers le soupirail, et je lisais pendant des heures…

 Mais revenons sous terre !

 Trop petite l’entrée, qu’à cela ne tienne, on va l’élargir. Les pierres sont descellées, et le cœur battant, je me glisse. Je devine, plus que je ne les voie, un amas de vielles douves et de cercles de tonneau. Ils faisaient du pinard les Templiers ?

 Je descends, je découvre un alignement de tonneaux, trois ou quatre, dont un avec le verre retourné sur son sommet, comme dans toutes les caves du village, un seul verre pour tout le monde, mais toujours prêt à l’usage !

 Le soleil fitrait à travers les planches disjointes de la porte, au-dessus d’une dizaine de marches. Je m’approche et je regarde, Jean M. était au milieu de sa cour, affairé à peigner de la paille de seigle, pour attacher sa vigne.

 Le repli fut rapide et silencieux, et nous décidâmes sur le champ d’abandonner nos recherches , d’autres aventures nous attendaient, c’est long les vacances , quand on n'est pas au bord de la mer !

 « Je n’y comprends rien, ils sont rentrés par le soupirail, et ils n’ont rien pris, c’étaient pas des bohémiens… »

 Il ne comprenait pas Jean,nous, on savait !

    

A Bientôt.

23 juin 2007

Le Trésor des Templiers...Ch.I

Avec les Moyeux du bord...

   

En recherchant une de mes nombreuses notes, il y en a 545, malgré le ménage que je fais de temps en temps, et je vous l’avoue, j’ai du mal à m’y retrouver.

 Donc, je suis tombé sur un billet où il était question que je narre un jour quelques exploits et aventures de mes jeunes années, et d’évoquer un de mes camarades de jeu, mon ami Roland.

  « Gardez-vous de juger les gens sur la mine… » Cette forte pensée s’appliquait à merveille à mon ami Roland. Il était ce qu’il convient d’appeler d’après les critères stéréotypés en usage à cette époque, dans la société, et dans le milieu de l’Education Nationale, ce qu’il est convenu d’appeler un cancre.

 Drôle de façon de parler d’un ami me direz-vous. Peut-être, mais c’est ainsi, dans son enfance, et tout le temps que je suis allé à l’école avec lui, de cinq à quinze ans, Roland était catalogué comme étant le cancre de la classe. Ce n’est pas un jugement, c’est un fait.

 Et pourtant ! Il serait bon, on commence à le faire, de cesser d’apprécier l’intelligence des enfants sur leurs performances scolaires, car il se peut, et je serais tenté de le croire, que les méthodes basiques de l’enseignement ne soient pas adaptées aux élèves trop doués qui se cachent derrière certains cancres. Si comme lui disait l’instit, « rien ne voulait rentrer », ce n’est pas parce qu’il avait la tête trop dure, mais parce qu’elle était déjà pleine !

 Et il en avait des idées mon ami, on le verra par la suite, si j’écris une suite !

 Nous voilà donc gamins, nous avons une dizaine d’années, il a un an de plus que moi, et j’ai quinze centimètres de moins que lui. Notre attelage, le grand dadais et le petit binoclard, est prêt pour l’aventure, allons-y…medium_La_Commanderie.jpg

 Notre village est bâti sur les ruines d’une commanderie de templiers, il en reste des vestiges, notamment quelques tours, reconverties pour la plupart en pigeonniers…

 Nous avions un instituteur qui ne nous faisait guère travailler, mais il avait un don de conteur, il ne nous expliquait pas l’Histoire, il nous la faisait vivre. Je ne sais ce qu’il convenait de retenir des Templiers, mais Roland et moi, nous avons flashé sur leur trésor.

 Il devait y avoir quelque part un trésor…non seulement il devait, mais il y avait certainement un trésor ! Ce trésor caché, nous devions le trouver. Où pouvait-il être, dans les tours, ou dans les souterrains ?

 Car s’il y avait des tours, il y avait aussi des souterrains dans le village. Mais les souterrains n’étant pas accessibles sans rentrer chez les gens, nous avons ciblé les tours, et plus particulièrement celle qui était à notre portée, et que l'on pouvait approcher sans être vus, car elle était située en bordure du village.

 J’aurais aimé vous la montrer, mais hélas je n’ai pas pu la prendre en photo, car les arbres qui ont poussé, et les broussailles qui ont envahi le pré attenant à la tour en masquent la vue, tant pis.

 A mi-hauteur de la tour, à quatre ou cinq mètres du sol, il y avait une fenêtre, sans aucun doute, le trésor devait se trouver là, il fallait aller voir !

 Vous avez vu le film, Le Capitan, avec Jean Marais. Il escalade le donjon en se servant de deux poignards qu’il plante entre les pierres du mur, et il grimpe. Nous n’avions pas de poignards, et nous n’avions pas encore vu le film, il a donc fallu nous débrouiller nous-mêmes.

 En farfouillant dans les ferrailles qui peuplaient les ateliers de son père et de son oncle, grands bricoleurs, nous avons trouvé des vieux axes de pédales de vélo, sûr que ça ferait l’affaire. Pendant que Roland surveillait et me guidait, j’ai escaladé la tour. Je suis monté moins haut que Jean Marais, mais je suis monté.

 Parvenu à la fenêtre, j’ai aperçu le « Trésor ». Il y avait là deux sacs de blé, et des outils. Je me suis glissé par la fenêtre, et je suis redescendu de la tour par l’escalier, qui donnait dans la cour, déserte à cette heure là.

 « Il doit être dans les souterrains ! » me dit Roland. Il fallut donc poursuivre les recherches….

     

A Bientôt.

15 mai 2007

Le Dernier Voyage...

Première mise en ligne : 16 mars 2006.

Il est question ces jours-ci de "Pigeons", voyageurs ou pas.

Voici une histoire vraie...

Rediffusion...

...Enfin,bientôt la fin,après plus de onze heures d'un parcours harassant et semé d'embûches!

Que d'efforts depuis ce matin!

Mais là il touche au but.

Depuis quelques dizaines de minutes,il sait qu'il est presque chez lui.
Il a chaud,il a soif,il est à bout,épuisé,mais il maintient son allure,il tient bon,il est presqu'arrivé...
Là-bas,le clocher,son clocher,un demi-arc de cercle et il plonge...

"Nom de Dieu en voila un...C'est mon rouge,allez mon beau viens,viens..".

L'homme est heureux,il sait qu'étant donné les conditions météo il fera un bon résultat il se précipite à l'échelle..

...Un bruit de cliquetis métallique,ce sont les "cliquettes" qui se referment derrière lui,le "Rouge",un beau mâle de quatre ans est revenu au colombier ce dernier Dimanche de Juillet 82.
Quatre saisons déja qu'il est "engagé" par son soigneur dans les courses colombophiles.
La première année,à même pas six mois il a gagné sa première course.
Pour sa deuxième saison,jugé comme étant un sujet d'avenir,il fut bichonné,et seulement soumis à des vols d'entrainement,et un ou deux concours de "vitesse" n'éxcédant pas trois heures de vol.
Sa troisième année,il confirma les espoirs de son propriétaire,engagé sur huit des dix concours de la saison,se classant deux fois 3ème,et six fois dans les 10 premiers.
Il fut désigné "As-Pigeon" sur toute la saison.

Il termine aujourd'hui une course pour laquelle il a été spécialement préparé,il n'a cette saison été engagé que sur cinq courses,avec pour objectif celle-ci,le concours fédéral de la 13ème Région Colombophile.
Hier,samedi,en début d'après-midi,il a été "enlogé" à Clermont-fd avec neuf autres de ses copains de colombier et plus d'une centaines d'autres pigeons de l'Union Colombophile Clermontoise.
Ont aussi été enlogés les pigeons des sociétés de l'Allier et de la Loire,plus de six cents en tout.

Enfermés dans des paniers à claire-voies,il ont été acheminés sur le lieu du lâcher à Brest.

A six heures du matin,comme il l'avait fait le soir, au cours d'une courte halte,le convoyeur leur a donné de l'eau fraîche et quelques graines.

Il a fallu attendre deux heures que le ciel se dégage un peu,l'orage était dans l'air,on en annoncait sur toute la France.

Une rude journée qui s'annonce pour les coureurs!

Rude journée en effet.

Lâchés à huit heures,les oiseaux ont eu a affronter des orages de onze heures à trois heures de l'après-midi,puis ensuite de très fortes chaleurs.

Il est 19 heures 12 et quelques secondes quand la bague en caoutchouc portant le numéro d'engagement du "Rouge" est retirée de sa patte et glissée dans le "Constateur" plombé.

Le calcul est simple,il y a 634 kms et des poussières (l'oiseau en a sûrement parcourus près de sept cents) de Brest au colombier,cela fait une moyenne de 56,607 kmh !

Il ne sait pas qu'il l'a gagnée cette course,il s'en moque d'ailleurs,lui,il est rentré pour retrouver sa femelle,ils sont ensemble,il lui glisse le bec dans les plumes du cou,elle ferme les yeux,en remuant doucement les ailes.
Il devine sous sa compagne les deux jeunes nouveaux-nés.
Il ne sait pas non plus que plus jamais il ne sera envoyé loin de sa case.
Le champion va désormais vivre une vie de Nabab,tout le reste de sa vie,avec les belles pigeonnes qui lui seront
associées,il va fabriquer des futurs champions.

Ce voyage sera son dernier voyage...

Pour ceux que ce récit a intéressé,allez visiter le site suivant: PIGEON VOYAGEUR

(*)-Ceci est une histoire vraie.
Malheureusement,comme il arrive souvent par temps d'orage,près d'un quart des pigeons ne sont pas rentrés.
Sur les dix que j'avais engagés,deux ne sont jamais revenus,deux autres seulement sont rentrés le même jour que le Rouge,quatre le lendemain,et une femelle de six ans m'a été signaléé morte près de Dijon,sans doute tuée par un rapace, trop épuisée pour lui échapper.

Le pigeon de la photo,un écaillé noir macoté n'est pas un des miens.

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