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07/06/2011

Patience et longueur de temps...

... D'accord les gars, mais magnez-vous un peu !

Arc de Vie.jpg

Le noir lui va bien à la Reine de la nuit...Photo offerte par Michel.

Mon ami Michel est venu me voir dimanche. Nous avons fait ensemble une longue promenade, et nous avons parlé, parlé, parlé. Je lui ai présenté Valy mon vieil ami le cerisier. Je suis rentré épuisé de la balade, épuisé mais heureux. C'est vrai que l'amitié est un excellent remède.

***

Voici le quatrième des billets que je consacre en partie à ma confrontation avec le cancer qui s'est installé dans ma poitrine. J'ai en quelque sorte transformé Les chroniques du Crabillou en Blog Opératoire. L'année 2011 sera médicale, ou bien ne sera pas !

"Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme. "

Vous vérifierez, il me semble que c'est Lavoisier qui nous a expliqué ça. On le dit père de la chimie moderne.

Je ne crée plus grand chose en ce moment, je perds pas mal de trucs, dont pas loin de dix kilos en moins de six mois ; le conseil de l'été mesdames, chopez un bon cancer, et vous pourrez sans peine rechausser votre joli deux pièces de l'année dernière !

Moi aussi je me transforme !

Balladurisation.jpgJ'ai toujours eu un cou de taureau, c'est plus souvent ma cravate que le dernier bouton du col qui fermait tant mal que bien mes chemises. Mais aujourd'hui, grâce aux corticoïdes, je me pare d'un double menton que bien des notaires prospères m'envieraient.

Je me pompidolise un max, et le temps n'est pas loin où je vais pouvoir racheter un lot de vieilles liquettes à Balladur.

Pour le reste, ça va. Physiquement, je m'affaiblis de jour en jour un peu plus, mais parallèlement, le moral va mieux.

Comme je l'avais prévu, c'est avec soulagement que  "Comment vas-tu ? ", la phrase qui il y a encore peu me faisait faire mentalement le trajet Châteaugay-Crématorium de Crouël à tombeau ouvert, sans m'arrêter aux feux ce qui est un comble, et qui plus est n'est pas prudent, maintenant ne suscite chez moi cette phrase, selon mon humeur et l'interlocuteur, qu'une réponse polie, ou une pirouette courtoise si j'ai l'humeur maussade.

Mon esprit est plus libre, je peux donc le consacrer à autre chose que l'assommer sur le mur des lamentations.

J'ai eu vent par exemple de traitements innovants (Au 20 heures de France 2) moins traumatisants que la chimio, et qui peuvent être administrés à domicile. J'en parlerai à l'équipe Jean Perrin quand elle sera décidée à s'occuper de moi. Je m'impatiente, mais il me faut prendre en compte que de jeudi à dimanche, c'était le pont de l'Ascension, et que les médecins ont aussi une famille, et qu'ils ont parfaitement le droit  à du repos.

Intéressant aussi le formidable progrès que pourrait représenter une détection très très précoce des cancers, bien avant qu'ils aient croché dans la barbaque de leurs victimes. Car ne nous leurrons pas, la seule vraie chance de guérison, c'est de débusquer le bestiau avant qu'il soit bien installé et qu'il ait commencé à faire des petits.

Pour moi, la détection précoce, c'est cuit. Mais je me réjouis de savair que dans quelques années, grâce à une simple prise de sang, un brave gus en danger de mort et qui ne se doutait de rien se verra débarrassé d'une minuscule tumeur qui ne lui causera plus de souci.

J'ai vu aussi à la télé, c'était à la clinique, que par relaxation et en sublimant de belles images, on pouvait redonner un peu de bonheur à des malades en fin de vie et les prolonger sans souffrances de quelques semaines, quelques mois. Sur le moment, ça m'a fait mal, aujourd'hui encore, je me révulse à l'idée de prendre comme un cadeau quelques semaines de plus d'une vie de grabataire végétatif. Mais qui sait ce que je serai demain. Pourquoi ne pas prendre avec joie ces petits suppléments, comme le ferait un gamin qui trouve une bille en plus au fond du pot, ou une dernière praline coincée dans le coin du sac alors qu'il pensait avoir croqué la dernière. Je sais ce que je suis à l'instant, j'ignore quelles pensées agiteront mon esprit demain.

Je le dis sans forfanterie, je n'ai pas peur de la mort, je n'y suis pour rien, c'est ainsi. De même, ne croyant pas en Dieu, je n'ai pas peur de l'Enfer. Aujourd'hui, c'est comme ça. Qui sait si demain je ne me lancerai pas sur E-Bay à la recherche d'un chapelet pas trop cher en état de marche, qui sait si à l'idée de la grande faucheuse qui s'approche, je ne me réfugierai pas sous mes draps tremblant comme une feuille en suppliant qu'on me laisse vivre encore un peu. Qui sait ? Un homme qui se noie est capable de s'accrocher à un reflet sur le lac tant il veut mettre la tête hors de l'eau.

Bien qu'étant dans une période de chance, je n'ai pas gagné au loto. Mais il ne faut pas désespérer pour autant. Profitant de ma période si j'ose dire veineuse, artérielle aussi, et lymphatique pas mal, j'ai osé ce matin un Astro à deux euros, signe du Cancer bien évidemment. J'ai été remboursé, c'est un signe encourageant qui pourrait vouloir dire que le dossier de prise en charge à 100% que m'a rempli Fernand est sans doute accepté par la Sécurité Sociale.

Est-ce de la soupe ou du rata ?

Pour l'heure, peut-être le saurai-je tout à l'heure, je ne sais rien encore du traitement qui doit me redonner la vitalité de mes vingt-cinq ans.

L'équipe a du affiner les réglages du micro-ondes modèle Joliot Curie qui grâce à ses rayons X extras et ses Gammas anti-redéposition me laissera lessivé, mais qui couperont je l'espère l'appetit de la grosse saloperie qui me fout les éponges en dentelle. Ils doivent préparer la sauce d'assaisonnement du potage chimiothérapique qui va lui aussi me laisser flagada pour un bon moment.

Je vais en baver des ronds de chapeau, mais j'attends ça avec impatience.

Magnez-vous Messieurs !

Dernière minute, ça y est ! Le staff médical Jean Perrin organise sa réunion de chantier cet après-midi. Je serai fixé sur mon sort dès demain. Ouf !

Et maintenant, rions un peu.

Oh Luc, quelle mouche t'a piqué ? Le Vidangeur.jpg

On l'appelait le vidangeur,

Pas très rusé vu sa bobine etc. etc.

Qu'est-ce qui lui prend au philosophe médiatique ex-ministre de l'Education un peu terne de Chirac, et un chouïa étouffé à l'époque par son collègue ministre d'un peu tout le reste, sale petite bête qui déja, montait, montait, montait. Montait sur tout le monde s'entend.

Le voilà le Luc, qui en mal de notoriété sans doute, nous entonne le grand air de la calomnie.

Il nous la joue l'homme qui a vu l'homme qui a vu le voisin de l'homme qui croit bien avoir vu l'ours.

Et de lâcher le pavé dans la mare en ressortant une vieille rumeur de cabinets (ministériels, ce ne sont pas les mieux tenus), jetant en pâture un ex-ministre qui se serait laissé aller, sans que la moindre preuve vienne étayer le propos, à de bien vilaines choses au Maroc, avec des petits garçons bien moins pubères que ne l'étaient les champions de boxe thaï si fort prisés par notre actuel ministre de la Culture.

" Je n'ai été témoin de rien, je n'ai rien vu, mais c'est un ancien premier ministre qui me l'a dit, donc c'est vrai, Na ! "

Droit dans ses bottes d'égoutier le Luc,  pauvre type !

Le pire, c'est que tous les médias s'alignent avec délectation derrière la pompe à merde. Quelle tristesse pour Jules son grand-père. Voir son petit fils promis à un bel avenir et briller au sommet avec les élites, puis le voir barboter dans la fosse à purin, quelle pitié !

Restons dans les vraies fausses rumeurs.

Ne dit-on pas que le Luc fit en son temps partie des quarante amants de la Belle à la voix endormante, amants labelisés par elle-même, du temps où femme libre et riche, elle faisait de sa vie ce qu'elle voulait, et entretenait son Parc aux Cerfs personnel, avant que de se transformer en Blanche-Neige à Disneyland.

Luc en brouta la délicate pelouse de ce parc, entre Laurent Fabius et Mike Jagger. Je n'ai rien vu, je n'ai pas tenu la chandelle, mais je l'ai lu donc c'est vrai, et je ne vois pas pourquoi je serais le seul à ne pas salir tout le monde.

La transition est faite, parlons-en de la belle Carla. Au moyen-âge, on l'aurait sans doute brûlée comme sorcière, avouez que c'eût été dommage. Aux époques cul-serré elle aurait été traitée comme une courtisane. Non protégée par son rang et sa fortune, elle aurait très bien pu passer pour une pute. Mais de par le miracle Disneyland et auréolée d'un faux titre de first lady, voilà qu'on nous la montre enceinte !

A nous Deauville, le monde entier nous regarde !

Pouliche gravide.JPGVous l'avez su, il y avait un sommet du G8 à Deauville. Je vous mets la une de Paris-Match pour l'illustrer, c'est tout ce qu'il en restera de ce sommet.

Deauville étant au chevaux de race ce que Rome est aux mules du Pape, une Capitale, il était tout à fait normal que ce sommet fut entièrement consacré à la pouliche du prince invitant.

Chacun y alla de son hommage appuyé au couple gestant.

Délicieusement gravide, Carla se prêta volontiers au petit jeu des mines et des effets de paupières. Elle fait ça avec talent, on croirait une professionnelle !

Bien sûr, on peut s'attendrir devant le joli tableau. On peut en rire aussi.

Moi ça me fait gerber. Se servir d'un foetus de quatre ou cinq mois pour en faire du matériel de propagande électorale, c'est une insulte envers l'enfant à naître.

Il est possible que sur le nuage qui le coupe de la réalité, le couple Alpha ne se rende pas compte de l'énormité de la chose. Mais comment se fait-il que dans son entourage, il n'y ait personne pour lui dire qu'il leur faut très vite virer cette équipe de conseillers en com' style Jacob-Delafon.

Tu as beau javelliser la cuvette, après leur passage, ça sent toujours le caca.

A plus tard.

***

Dernière minute encore : Je suis convoqué jeudi matin à Jean Perrin pour la première entrevue avec le Général en Chef, c'est parti !







 

02/06/2011

Monsieur le Bourreau...

... Encore une petite minute s'il vous plaît...

Efant Plage.jpg

Photo grappillée sur Internet...

Profite de tous les instants de ta vie mon enfant, la vie est un cadeau qu'on ne déballe qu'une seule fois...

***

J'ai suivi vos conseils...Je positive.

J'étais décidé à mitonner une fable que n'eut pas reniée Monsieur de La Fontaine...Pour l'instant, j'y ai renoncé.

Certes, mon humour noir m'aide à chasser le diable comme je dis, mais il peut aussi blesser mon entourage, tout le monde n'est pas obligé d'aimer Pierre Desproges. Il me faut donc dans mes notes user du bémol.

crabe beret basque 2 43.jpgVous n'aurez pas droit à la fable : "Le crabe et les éponges. ", du moins pas aujourd'hui.

Cependant, dans mes recherches pour l'illustrer, je suis tombé sur quelque chose d'intéressant...

Décidément, notre belle nature est pleine de ressources, il suffit de chercher, voyez plutôt :

*** Merci Bob, tu me sauves la vie ! ***

Bien qu'évitant le ton geignard et les plaintes inutiles, il est fort probable que mes misères intimes commencent à vous lasser...Sachez que si c'est le cas, je vous comprends. Mais tant qu'écrire une seule ligne ou un seul mot sur le mal qui me ronge me donnera l'impression d'un soulagement, fût-il minime et perceptible de moins seul, je continuerai...Qui m'aime me suive !

Chronique du fond du puits...

Depuis mercredi dernier, une semaine déjà, je suis sorti de la clinique et n'ai aucune nouvelle des examens en cours qui doivent décider de l'importance du traitement qu'il faudra m'appliquer...

Sans autre médicament que trois petites pastilles de Cortencyl, je me sens comme abandonné au fond d'un puits, un puits profond dont je suis incapable de sortir seul...Notez qu' au sentiment d'être abandonné, se mêle le lâche soulagement d'une courte trève médicale avant que ne s'engage la grande bataille, une bataille terrible, un corps à corps en mon corps qu'il ne me faut pas perdre...Une guerre de trachée à laquelle une seule issue est possible, la vie ou la mort.

C'est ma première bataille contre la mort, et à dire vrai, jusqu'à ces jours-ci je ne m'y étais guère préparé.

Mon ennemi est coriace, ce n'est pas le genre à relâcher les rats qu'il prend dans sa nasse, il est sans pitié. Lui, il est programmé pour, il a déjà terrassé des millions de braves bougres dont beaucoup sans doute étaient plus forts que moi...Qu'importe, ce n'est pas toujours le plus fort qui l'emporte...

N'est-ce pas Goliath qui resta au tapis lorsque lui et David se mesurèrent...David et Goliath.jpg

Scrutant le petit rond de lumière tout là-haut, et ne voyant personne qui me lance une corde, j'ai pris contact avec mon medecin référent comme ils disent...J'ai rendez-vous à onze heures, il est presque temps que je me prépare.

Je reprendrai plus tard...

Tiré du puits, mais pas encore sorti du trou...

A peine avais-je abandonné mon clavier que le pneumologue m'a appelé...Ils ont identifié le type du monstre qui me pompe l'air...J'ai beaucoup de chance, il s'agirait du moins gourmand des deux, celui à grosses cellules... Quand la chance est là, il faut la saisir, j'ai pris un billet de loto !

J'ai vu ensuite mon medecin, et j'ai compris de quoi nous seront privés quand tous les technocrates qui nous mènent en bateau seront arrivés à leurs fins, et qu'ils auront foutu en l'air la vraie médecine, la médecine qui se préoccupe plus des trous que font les crabes dans les éponges des braves gens que des trous qui rongeraient la sécu...Une médecine faite par des hommes pour les hommes, et non par des diafoirus à calculette préoccupés d'abord des stats du ministère de la santé.

Sans se soucier de sa salle d'attente pleine, mon toubib m'a réchauffé le coeur pendant plus d'une heure...Merci Fernand !

A l'instant, vers seize heures, la secrétaire du pneumologue m'a rappelé...Les troupes montent au front, on commencera probablement par l'artillerie lourde, ce sera dans la première quinzaine de Juin.

Le bourreau n'a pas été sourd à mon appel, il me laisse au moins jusqu'à lundi avant de fixer la première réunion d'Etat-Major au Centre anticancéreux Jean-Perrin....

En attendant, je vais aller à la pharmacie chercher le ventilateur à aérosols...C'est avec un petit regret que je vais raccorder cette machine sur le réseau EDF-AREVA...Mais je n'ai plus la force d'installer une éolienne, bien plus indiquée pourtant pour me donner de l'air...

De l'hygiène oui, mais pas trop....

Je n'avais que l'embarras du choix pour le deuxième volet de ce billet...Entre les enfants torturés en Syrie, la fameuse libération de la Libye où il semblerait que les méthodes de Kadhafi aient fait des émules chez les libérateurs...Pas étonnant quand on sait que pas mal d'entre eux furent longtemps à la fois ses alliés et ses collaborateurs...Plein de sujets encore...

C'est un mail d'encouragements vitaminés d'un de mes très vieux amis qui m'a soufflé le sujet du jour...Entre autres choses qui ne vous regardent pas, ce vieux copain l'accompagnant d'une photo récente où j'ai pu constater qu'il n'a pas du tout vieilli  termine son mail par :

Présumé innocent.jpg"Salut Crabillou, tu as vu, je suis innocent !  "

Signé : Juanito, le Concombre Masqué.

***

Innocent en effet.

Après avoir été accusé d'être mal débarbouillé, puis traîné dans la boue par des médias et d'autres forces occultes, le marché du légume est une jungle, Juanito le concombre est blanchi de toute faute.

Nul besoin d'une floppée d'avocats payés à prix d'or, quelques prèlèvements et des analyses effectuées par des laborantins-rantines à deux mille euros par mois, et voilà Juanito libre à nouveau de batifoler sur les étals...Pas sûr qu'il ait beaucoup de succès dans les prochaines semaines, mais il est à nouveau libre de marché.

Je ne vais pas vous faire un exposé sur les bactéries tueuses qui de temps en temps provoquent des mini-vagues mortelles qui disparaîtront aussi vite qu'elles sont apparues...Mortelles et inquiétantes certes, mais qui n'inquiètent pas les milieux scientifiques...Les scientifiques connaissent les sautes d'humeur mutante de ces mini-organismes monocellullaires que sont les microbes, bactéries et autres virus...Portés d'un hôte à l'autre, ces petites bébêtes peuvent très vite changer de nature et devenir d'un coup très dangereuses voire mortelles pour l'hôte inhabituel qu'elles ne fréquentaient jamais.

Pour relativiser.

Dix-sept morts en moins d'une semaine, c'est beaucoup trop. Les autorités sanitaires ont raison de prendre des mesures. A votre avis, et seulement en France, combien de personnes seront tuées par le tabac aujourd'hui ? Je vous le dis : 164 exactement. Autant qu'hier, demain et après-demain, il y en aura encore autant.

Soixante mille ports par an, quinze fois plus que de tués sur les routes. Il serait temps de mettre des panneaux pédagogiques devant les champs de tabac subventionnés par l'Europe et devant les bureaux de tabac bien soignés aussi par nos gouvernants. Des panneaux genre :

Surtout ne vous arrêtez pas, ne ralentissez pas, risque mortel !

Un peu effrayé par ce qui se dresse devant moi, puisqu'il me reste un peu de temps avant de revêtir mon armure, je fais quelques retours en arrière...De plus, c'est l'heure des bilans pour moi, pas seulement des bilans sanguins du reste. J'en ai fait un bilan, c'est celui du nombre de maladies microbiennes ou virales qui en soixante-six ans d'existence ont réussi à me mettre sur le flanc.

Croyez-moi ou pas, mais le bilan est maigre. En dehors des maladies genre gros rhume et des petites angines que nous nous refilions entre gamins à l'école, comme nous nous refilions les chewing-gums demi-mâchés, en même temps peut-être. Les petits campagnards de ma génération savent très bien qu'une petite angine ou un rhume n'est pas un prétexte valable pour manquer l'école...Nous avions appris très tôt à ne jamais nous plaindre... Ces maladies-là se soignaient à la maison avec les merveillzeux suppositoires du bon Monsieur Lebrun, avec du sirop, des ventouses, du badigeon pour la gorge, et si nécessaire, dans les cas les plus graves, avec un grand bol de lait bouillant sucré au miel, désinfecté et renforcé par une bonne rasade de gnôle.

Des vraies maladies, je n'en ai trouvé que trois. Je ne compte pas la rougeole contractée quand j'avais trois mois puisque je n'en ai gardé aucun souvenir.

Des vraies maladies, je n'en ai trouvées que trois.

La varicelle, dont je garde encore quelques stigmates de boutons grattés au sang. J'avais huit ans.

Plus tard, j'en avais seize, j'ai eu une forte fièvre (grippe ?) intestinale, le thermomètre a dépassé les 40°C. Heureusement que le toubib de l'infirmerie Michelin avait enlevé la planche, sinon il prenait feu ! C'était lors de ma première année à La Mission, l'Ecole d'Enseignement Technique Michelin.

C'est mon moniteur qui m'a ramené chez moi dans sa Dauphine beige, nous n'avions pas de profs, à part pour les maths et l'anglais. C'était un jeudi, il a bien précisé que je pouvais rester à la maison, de toute façon il me fallait voir un docteur.

Le lendemain matin, comme je n'avais plus que 38°C sous abri, je suis parti à pied, j'ai récupéré mon vélo à l'abribus de Saint-Bonnet, là où l'hiver surtout, je ratais souvent le car pour la gare de Riom, et suis allé chez le Docteur Albrecht, médecin  considéré comme le medecin de famille, car il voyait l'un d'entre  nous au moins une fois tous les quinze ans. C'est la première fois de ma vie que je me suis rendu chez un médecin.

Cet homme déjà bien vieux mais à l'oeil vif me questionna, m'examina et son diagnostic tomba : " Tu as le ver solitaire petit. Passe à la pharmacie et prends ça. " Il me délivra une ordonnance à une seule ligne et me raccompagna à la porte.

Au deuxième jour de traitement, les pastilles magiques chassèrent le vilain ténia de mes entrailles la fièvre disparut avec lui.

Bien bien plus tard, je devais bien avoir la cinquantaine, je fus terrassé par la vraie grippe, elle me cloua au lit fébrile et tremblant pendant au moins trois jours.

Hors ces trois maladies, tous mes séjours en hôpital ou en clinique furent causés par des accidents divers et variés, et des casses ou incidents mécaniques telles mes deux hernies discales...

Comment ai-je pu échapper aux affections et infections diverses qui je le vois chaque fois que je vais à la pharmacie - j'y vais souvent - accablent mes contemporains, surtout les moins de quarante ans...

Tout ce qui ne nous tue pas rend plus fort...

Depuis la nuit des temps, les descendants de Marcel ont su profiter, développer, puis cultiver et améliorer les richesses de la terre nourricière. Aujourd'hui, ils salopent tout, mais ce n'est pas le débat du jour. Depuis toujours, ils ont su aussi découvrir et se méfier des pièges qui foisonnent dans la nature bienfaitrice certes, mais dangereuse...A peine échappé du sein de sa mère, le petit d'homme se heurte à un monde hostile...Il se pique il se brûle, il bouffe des trucs amers, mais tout ça, il ne le fait qu'une fois... Il apprend très vite à se défendre des ennemis qu'ils croise sur son chemin. Il forge ses défenses.

Ce qu'il fait avec ses mains ses yeux et sa tête, son corps le fait avec un système immunitaire d'abord faible et fragile, mais qui se renforce et se forge des grilles et des barrières au fur et à mesure qu'il sort vainqueur d'un combat avec chaque ennemi rencontré...

Dès l'âge de deux ans, j'ai pris contact avec la terre. Mon terrain de jeux, c'était elle, mon jouet c'était elle. Non pas une terre morte aseptisée débarrassée de ses germes, non, une terre riche de toutes les cochonneries que vous pouvez imaginer...Mon terrain de jeux, c'était la cour où se croisaient les volailles et les pigeons, et parfois les vaches de Gilbert qui prenaient un raccourci pour regagner l'étable, il était bien rare qu'elle n'y laissassent point un cadeau pour prix de leur passage.

Tout ça mélangé aux fientes des pigeons produisait par temps sec une fine poussière que je laissais filer entre mes doigts avec ravissement...Plus tard, j'élargissais mon champ d'action jusque vers le potager fumé au fumier de mouton, paillé au fumier de lapin qui ne vaut pas grand'chose, et enrichi avec précaution des fientes de volailles et à la colombine qui sont à manier avec précaution...

Plus tard encore, dans les travaux des champs, c'est encore à mains nues qu'on se colletait avec la terre. Pour les gros travaux, foins moissons et vendages, le repas était pris sur place. J'ai bonne mémoire, et je ne me souviens pas avoir vu de lavabos où se laver les mains sous les gros noyers qui servaient de tonnelles. Chacun empoignait tour à tour la miche ou la couronne, et avec l'opinel ou le laguiole qui peut-être avait servi cinq minutes avant à se curer les ongles, il se taillait une bonne tranche de ce gros pain qui me fait saliver rien que d'en parler, puis pareil avec le saucisson, la tranche de lard froid et toutes les charcutailles fort roboratives qui composaient le repas. Des nourritures libres, aucune d'elle n'avaient été entravée par la chaîne du froid.

Tout ça, y compris le fromage final qui s'il était servi aujourd'hui t'enverrait n'importe quel citadin américain à l'hôpital pour au moins quinze jours, tout ça était tripoté en boucle par tous les convives. Pour faire glisser le casse-croûte, un ou deux canons, du bon du frais, servi à la cantonnade et bu dans le même verre...Je ne romance pas, j'ai vécu ça, d'autres parmi vous l'ont vécu aussi, c'était ainsi dans ma campagne des années cinquante.

Combien de ces bactéries qui font peur à tout le monde ai-je rencontré et appris à combattre au cours de mes jeux d'enfants et des repas pris aux champs... Je ne sais pas, ce que je sais , c'est que je n'en fus jamais victime.

... Mais trop se protéger rend faible...

Ne me faites pas dire ce que je n'écris pas. Loin de moi l'idée de vous suggérer à vous parents de laisser vos enfants se vautrer dans la terre souillée des cours de ferme...Le danger est ailleurs dans les fermes pour les enfants. Là, au fond du hangar où sont stockés les fameux produits phyto-sanitaires. Il n'y a pas de défense possible contre ces poisons mortels, nul être vivant n'apprendra jamais à les combattre.

Non, de l'hygiène il en faut, et il n'est pas mauvais d'envelopper les concombres et les fruits et légumes de plastique, ça peut vous éviter, si vous êtes habitués à toucher ce que vous voulez acheter, de ramener sur vos mains un cocktais de produits chimiques qui pourrait s'avérer bien plus dangereux pour vous que n'importe quelle bactérie de passage.

De l'hygiène il en faut, oui, mais il faut aussi laisser la possibilité à vos enfants de se forger leurs propres défenses. Vous qui surveillez le carnet de vaccination de vos chers petits avec une scrupuleuse attention, laissez-les se vacciner tous seuls contre les germes qu'ils rencontrent, dites-vous qu'une petite fièvre, c'est peut-être une primo-infection salutaire qui va l'immuniser contre une vilaine maladie qu'il n'attrapera plus jamais...Attendez demain pour voir le médecin.

Laisez grelotter le petit cinq minutes étend la plage d'action de son thermostat intérieur, l'emmitoufler des yeux aux pieds en fait une proie rêvée pour le moindre courant d'air...

Voilà pour aujourd'hui, je me sens rassuré de savoir que si je meurs, ce n'est pas parce que j'ai très souvent oublié de me laver les mains avant de passer à table...

A plus tard.

...

PS : Avez-vous constaté que depuis quelques jours, bien plus qu'auparavant, je termine beaucoup de mes phrases par des points de suspension...Qu'en pensent les nombreux psys qui parcourent mes billets ?

31/05/2011

La vie continue...

... Continuons avec elle...

La Paloma.jpg
Une photo musicale...La Paloma dans les petits pois de Carmen...

***

J'ai pris cette photo dimanche, au retour de ma visite à Valy...La palombe qui a étbli son nid dans le vieux noyer noyé ( ben oui ) dans le lierre au bord du raidillon que même la mouche du coche aurait bien du mal à me faire grimper au pas de charge, la palombe casse la croûte dans les petits pois de Carmen...Carmen est une de mes presque voisines du quartier avec qui je fais volontiers la causette...Elle arrivait d'ailleurs. Non encore rompu aux reflexes Strauss-Khanien, à sa venue, je rengainais mon appareil au lieu de faire l'inverse...Quand je vous dis que je suis très malade.

- Salut, comment vas-tu...

Putain, la phrase qui tue !

Depuis l'annonce faite au marri, cette simple phrase me remplit la tête d'une fumée âcre, et je me retrouve illico au crématorium du Puy de Crouël.

Jusqu'à peu, je n'y pouvais rien, et comme pour ne pas cramer tout de suite, je lâchais les vannes lacrymales afin d'éteindre l'incendie...

Comment vas-tu...Dix fois par jour ou plus il m'a fallu mourir, c'est épuisant de mourir dix fois par jour, surtout quand comme moi on se découvre très faible et très malade...

Bien sûr, à la question anodine et banale de Carmen qui ne savait rien de mon état, j'ai préféré me déguiser en tortue faisant l'autruche, et m'apprêtais à bredouiller je ne sais quoi en poursuivant mon chemin...

Elle m'a rattrapé par une épaule, et m'a obligé à faire face...

- Il faut parler Alain, tu ne peux pas garder ça pour toi.

...J'ai parlé, parlé à elle, et à d'autres aussi, pas beaucoup parlé, mais suffisamment pour les informer de mon état...

A travers les miennes, j'ai vu perler les larmes de ma boulangère, j'ai vu s'attrister le regard de ma marchande de journaux...Pauline, la jeune maraîchère du petit marché du dimanche m'a gratifié d'un joli sourire et d'une grosse bise sur la joue...Son beau regard gris-bleu est devenu soudain beaucoup plus gris que bleu...

La veille déjà à l'enlogement des pigeons pour le concours du Mans, pour me tester inconsciemment peut-être, j'ai pris le crabe par les pinces, et j'ai annoncé tout de go à mes amis colombophiles que j'étais atteint de cette grosse saloperie de putain de cancer de merde..."Je ne veux pas en parler ai-je dit. "...

Leur silence digne et respectueux m'en a beaucoup plus dit sur l'amitié qu'ils me portent que n'importe quel discours... Je les remercie.

Grâce à eux, et à vous tous aussi qui m'avez fait part de votre affection à travers vos mails qui m'ont profondément touché, touché et purgé du surplus des larmes amères en les lavant de bonnes grosses larmes apaisantes d'homme moins malheureux depuis qu'il sait qu'il est moins seul, grâce à vous tous, grâce à mon ange gardien - j'ai failli dire mon ange au foyer, je suis incorrigible ! - qui veille sur moi comme une poule veillerait sur son dernier poussin, grâce à vous tous, je vais mieux.

Comment ça va...Bon je repars vers Crouël, mais la fumée est moins épaisse et moins âcre dans ma tête, et comme elle se dissipe lorsque j'arrive vers le carrefour de Ladoux, je fais demi-tour, et je reviens à la maison.

Demain ou après-demain, je ne demarrerai même plus la voiture.

D'ailleurs, pourquoi vouloir absolument aller là-bas avant l'heure...Surtout dans mon état, je paye pour le savoir, c'est très mauvais pour les poumons la fumée, elle pourrait me faire tousser !

Et à part ça, what's new dans le monde des vivants ?

Je passe pas mal de temps le cul sur mon fauteuil à regarder la télé et à feuilleter les gazettes...J'ai certes pris pas mal de distance face aux événements du monde, mais je n'ai pas perdu l'intérêt sur ce qui se passe autour de moi...Je suis encore vivant.

Je fus d'abord sidéré par l'affaire DSK...Non pas sidéré qu'un homme que l'on dit , et ce n'est un scoop récent, fort porté sur la chose, que cet homme fut pris d'une présumée envie pas du tout innocente de se faire éponger à la sortie de la douche. Non, ce qui me sidère, c'est qu'on en fasse de cette affaire de douche une affaire politique qui par ricochet devrait éclabousser le PS, et le museler dans ses critiques à l'égard de Mister Fouquet's Bolloré and Co...

Tout aussi sidéré d'ailleurs par la réplique tellurique venue de Tron qui semble-t-il apprécierait lui aussi qu'on s'occupât de sa brindille...

Je suis assez écoeuré de voir s'engouffrer les médias dans ce débat qui n'a pas à déborder hors la sphère privée de ces messieurs tant qu'un procès n'en a pas fait des coupables, et qui s'ils ont réellement franchi la ligne de la décence et de la loi, ne doit pas être traité hors l'enceinte d'un tribunal ou d'une cour d'assises ...Si coupables ils sont, ils devront être punis et se devront de payer l'impardonnable offense faite à leur victimes...

Sauf erreur de ma part, ce n'est ni le patron du FMI candidat non encore déclaré aux primaires socialistes qui aurait perdu son self-contrôle dans la suite 2806 du Sofitel...Et ce n'est pas sa carte du PS qu'il a mis sous le nez de la femme de chambre...Il ne l'avait pas sur lui puisqu'il était à poil !

Et l'autre, Georges, le bel argenté hautain pâle, ce n'est pas sa carte de l'umpe qu'il aurait glissée dans le string de ses jeunes assistantes...Paon Prétentieux.jpg

L'un comme l'autre, si lje le répète les faits sont avérés, se sont conduits en ces circonstances comme des mâles en rut totalement prisonniers de leurs bas instincts. Que vient donc faire la politique là-dedans ?

Gauche-Droite un à un peut-on deviner dans les éditoriaux de grands journaux qui s'honoreraient en purgeant très vite leurs écrits des aventures caleçonnières de ces messieurs...Non, il n'y a pas un à un, il y a zéro partout pour tout le monde !

A quelque chose malheur est bon a-t-on coutume de dire. Il se pourrait que ces deux affaires lamentables si elles sont avérées, outre qu'elles mettent les projecteurs sur un fait souvent dénoncé, mais somme toute accepté par l'immense majorité de nos concitoyens, ici et ailleurs dans le monde comme un phénomène normal, à savoir le machisme quasi naturel qui règne en maître du foyer, dans les ateliers  et les bureaux et bien entendu dans les ministères se voit enfin sinon fracassé, mais du moins sérieusement secoué...

Le temps n'est plus ou le bourgeois qui de force ou presque avait engrossé la bonne, si ce n'était lui c'était son fils, pouvait et devait presque selon l'usage en vigueur, congédier fissa la malheureuse, afin que sa taille s'épaississant ne fasse pas rejaillir le déshonneur sur sa maison.

Vu avec l'oeil d'aujourd'hui, ce bourgeois et son fils ne sont que deux infâmes gros salopards !

Je me réjouis de voir qu'aujourd'hui celles qu'hier les petits coqs piteux de basse-cour considéraient comme de la volaille disponible  et uniquement consacrée à calmer leurs élans virils se rebiffent...Il me semble que le temps est venu ou les poulettes en relevant la crête vont enfin rabattre le caquet et la queue de ces paons suffisants et prétentieux...

A plus tard...




 
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