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14/06/2011

O2 Mon Amour...

Il était temps que tu débarques !

Coquelicot Nouveau.jpg

Une photo offerte par mon ami Jacques de Haute-Provence...Merci Jacques.

***

Il va falloir que je lui réponde à Jacques, lui aussi est dans les problèmes de santé. Il s'est fait changer le roulement de la hanche gauche, mais les mécanos de l'hôpital de Manosque ont eu quelques difficultés à refermer correctement le couvercle. Il me dit que ça va mieux, tant mieux.

Il me faudrait répondre à plein d'autres, je promets que je le ferai peut-être. I'm very tired, Ich bin kaput, Yo seu craba ! Mais je promets, à Claire, à Céline ma gentille nièce, à Christian... Un clin d'oeil pour Christian qui dans un de ses derniers commentaires évoquait la chute de ma belle toison grise. J'avais anticipé dès la confirmation de la tumeur. Croyant naïvement être pris en charge dans les huit jours pour les traitements que je savais lourds, histoire de garder la main sur le match, je m'étais rendu chez mon Figaro local, afin qu'il procède à la Libération de mon crâne d'intellectuel campagnard, et qu'il mette presqu'à nu mon visage encore poupin malgré des ans l'irréparable outrage, et toutes les vicissitudes qui me frappent injustement. C'était il y a plus de trois semaines, le gris est revenu sur mon crâne et sur mes joues, pas seulement. Eh bien Christian, sache si tu me lis que le cocktail que m'a concocté l'équipe soignante ne fait pas tomber les cheveux !

Peu d'importance en vérité. Répondre à Héraime aussi à qui je pense presque chaque jour en parcourant du regard le profil des Hautes-Chaumes, montagnes tantôt grises, tantôt bleues selon l'humeur du ciel qui leur jette sa lumière. Il me plaît de savoir que j'ai là-bas derrière un ami qui pense à moi.

Répondre aussi à Colette, aux copains de promo Michel et Michel, de Tours et de Grenoble...A toutes celles et ceux, ils sont nombreux, qui m'ont soutenu par leur signe d'amitié, d'amour presque...A Sarah, amie lointaine dit-elle, c'est faux, amie proche de Jérusalem...Te répondre à toi aussi Hélène, qui m'envoies les musiques que j'aime, merci à toi petite soeur qui me connaît aussi bien que si tu était ma mère...A toi Betty, à toi Francoise, à toi aussi Françoise, à toi Henri, à vous André et André...A toi Laurence(el) la rousse de Montmartre qui sème à tous vents tes coups de gueule et tes coups de coeur...Vous répondre à tous plus aux autres, je ne le pourrai pas bien sûr...faîtes comme si c'était fait...A toi aussi Négus, je te répondrai, je te l'ai promis.

Seulement voilà, depuis quelques mois, prostré ratatiné, je suis en phase de procrastination intense, au-delà même. Je repousse à des surlendemains lointains ce qui aurait du être fait depuis pas mal d'avant-veilles. Je me traîne, et je laisse traîner.

Venu comme ça...

Lève-toi et marche !Lève toi et marche.jpg

***

Stop, passant arrête-toi

Un homme se meurt

Un homme se noie

De ton regard tu peux

Le sortir de l’onde

D'un peu d'amour tu peux

Le rendre à notre monde

Un peu...

***

En ayant eu il y a encore peu la mémoire, je me sens une âme d'éléphant.

Un éléphant si épuisé qu'il ne peut plus suivre le reste du troupeau. Il reste couché là, ne pouvant pas aller plus loin sur la route des points d'eau et des vastes savanes plus lointaines reverdies par les pluies, là où il faut aller pour continuer à vivre.

Il y a encore quelques temps , tout le reste de la harde était autour de lui. Tous, de la trompe ou de la patte ont essayé de le remettre debout. Puis, un à un, avec regret peut-être, ils sont repartis vers les verts pâturages. Ils ne pouvaient pas faire autrement, ils ont leur vie à vivre, c'est la loi de la nature.

Encore une tentative , et la dernière,sa compagne peut-être, qui essaie de la patte de raviver le cadavre fera comme le plus jeune, elle partira aussi.

Aujourd'hui, vous êtes tous là autour de moi. Vous aussi, de la voix et du geste, par des prières, des cierges et quelques larmes secrètes pour d'autres, vous essayez de me remettre en marche...Vous aussi, un à une vous repartirez vivre votre vie à vous. C'est normal, et je vous demande de le faire, partez dès maintenant si vous le voulez. Vous m'avez déja beaucoup apporté, beaucoup aidé,vous ne me devez rien.

Vous qui chaque matin vous réveillez avec l'éternité devant vous, profitez à fond de votre vie tant que vous êtes éternels. Profitez de la vie avant qu'elle se raccourcisse d'un coup devant un médecin tenant votre scanner en main.

Les éléphants qui tombent meurent tous. Il y a des éléphants sorciers chez les hommes. Les hommes, eux, peuvent s'en sortir et se remettre debout.

Je vivrai !

Quelques nouvelles du front...

Je commence ce billet aujourd'hui dimanche à 8 heures. Je vais essayer de le terminer pour mardi matin, car mardi après-midi, c'est à la fois la fois la première grande offensive, et l'ouverture du chantier.

Je vais essayer de vous faire ça dans l'ordre chronologique, mais me connaissant, vous ne serez pas étonnés si ça part en vrac tout azimut.

Jeudi matin 10 h15.

Laurence a pu trouver une place sur l'immensité des parkings -pleins- de la zone du CHU sur laquelle est implanté le Centre Jean Perrin. Tiens, au fait, qu'avait-il fait de mal ce Monsieur Jean Perrin pour qu'on l'affuble d' un Centre anti-cancéreux, ils auraient pu lui refiler une crêche ou une école, c'est plus gai !

Bref, ayant évalué la longueur du parcours à se taper avant d'arriver à des toilettes du Centre, je décide de partir dans l'autre sens vers le grand espace de broussailles et de verdure qui borde le haut du parking.

J'ai un peu de tristesse en m'abritant derrière le fourgon de chantier qui avec ses dossiers de plans sur le siège passager n'augure rien de bon pour cet espace non goudronné. Il y a de l'extension dans l'air.

Je prends la position qui fait que l'homme se distingue du canidé et de Frédéric Lefebvre qui eux  lèvent  la patte, et les deux pieds bien plantés au sol, je mictionne avec grand soulagement, c'est toujours cent cinquante ou deux cents grammes de moins à traîner jusque là-bas. Tout est lourd quand le moteur est poussif.

La miction accomplie, Laurence et moi, nous partons bras dessus bras dessous comme des gens qui s'aiment, nous en avons le droit, nous en avons grand besoin. En avant marche ! Prenant le pas de charge d'un escargot qui pèserait cinq tonnes, je pars vers mon destin.

Long bien long le trajet, il me faut faire une halte, je me pose  " plaqua tieu ", le cul par terre ou presque, avant de finir le parcours.

Comme à chaque fois que je rentre dans un hôpital, j'y suis allé bien trop souvent ces années passées, pour mes proches et pour moi maintenant ces dernières semaines, je me sens oppressé, mal à l'aise. Pendant que Laurence remplit les formalités, je suis assis près du bureau d'accueil, et je sens arriver cette toux qui me laisse pantelant, au bord de l'asphyxie. Elle vient, je tousse, je tousse.

Un peu remis, nous allons à la salle d'attente pour la consultation avec le docteur qui s'occupera de la chimio.

Dans cette salle trop chauffée à mon goût, plus la sensation d'enfermement que je ne supporte plus, je me sens de plus en plus mal. Je tousse à faire peur aux autres patients, je tousse tant, que je suis en état de détresse respiratoire, à un point tel qu'une gentille ambulancière va très vite alerter une infirmière qui immédiatement s'occupe de moi.

On m'allonge sur un lit d'auscultation dans une petite pièce annexe, et très vite la jeune infirmière me met sous oxygène. Je sens comme un souffle de vie qui ranime mes éponges massacrées, les deux sont massacrées, ce n'est pas comme je le dis un cancer du poumon, c'est d'un cancer des poumons dont m'a fait cadeau le génie maléfique.

J'attends là, apaisé et tranquille, toussant toujours mais pas trop. le Docteur arrive enfin. C'est une jeune femme qui pourrait être ma fille . Ce n'est pas ma fille. Elle est venue me voir ma fille, elle est repartie bien tracassée, je t'aime ma grande...

Tout comme l'infirmière qui, du regard et du geste, avec un beau sourire à su me calmer et m'apaiser, mon jeune Docteur a dans les yeux et la main qui sepose sur mon bras, ce plus qu'ont les femmes de savoir presque instantanément retrouver l'instinct maternel qui leur permet de calmer l'enfant perdu dans la nuit, à la sortie d'un cauchemar.

Moi, j'y rentre dans le cauchemar, et comme bambin, je me pose un peu là ! N'empêche, le vieil enfant cassé de soixante six berges reprend confiance.

Je vous passe les détails de l'entretien d'une bonne heure, d'ailleurs il est du domaine du secret médical. Toujours est-il que je sors de la consultation avec une date pour la première chimio, ce sera mercredi avec hospitalisation le mardi pour préparer le terrain et purger la bête de tout ce qui pourrait gêner la potion magique.XBB le Suifeux.jpg

Je sors surtout avec une ordonnance pour une réserve d'oxygène, chose que je réclame en vain, trop poliment sans doute depuis au moins trois semaines. L'oxygène, ce gaz de vie abondant et gratuit qui depuis la nuit des temps crée et maintient la vie de 99% des créatures grosses ou petites de la planète, c'est tout juste s'il ne faut pas aller faire une grêve de la faim devant le ministère de XBB, Xavier Bouboule Bertrand le suifeux, pour en obtenir une bonbonne. Je vous avais dit que j'allais m'écarter du sujet. Juste un peu pour le fun, après je me remets dans les clous.

XBB le suifeux, Ministre s'il vous plaît à la fois du Travail, de l'Emploi et de la Santé. c'est de l'assemblage haut de gamme à la Sarkozy. On pourrait y voir de l'incohérence, pas du tout. Après avoir par son incompétence esquinté les conditions de travail de ceux qui en ont un, puis désespéré ceux qui n'en ont pas d'en trouver un, il les a rendu tous malades, il est donc bien le mieux placé pour très mal les soigner. Cqfd, la boucle est bouclée. Désagréable en plus ce type toujours en train de faire la leçon.

Ordonnance également pour changer le calibre des obus de corticoïdes chargés de réduire l'inflammation de mes bronches et de ma trachée jadis altière aujourd'hui écrabouillée. On passe du 75 au 408 Marine, je vous l'avais dit, c'est du lourd !

Détail qui a son importance, le labo qui fabrique les cachets de 408 Marine a eu la délicate attention de les teinter en bleu pour remonter le moral des vieux mâles épuisés.

Il est 9h21, je reprendrai plus tard...

Il est 16h30. Je me suis reposé. Deux heures de sieste sous oxygène, je me sens prêt. Je suis toujours sous oxygène.

Car enfin, de l'oxygène, j'en ai !

Du Gaz.jpgJeudi, nous sommes sortis du Centre vers 13 heures, le temps de grignoter un pied de cochon à la gelée avec des carottes rapées et deux bonnes grosses portions de Saint-Nectaire et Gaperon avec du pain de campagne - Je n'ai rien perdu de mon appetit - Laurence est partie à la pharmacie chercher tout le fourniement.

Le jeune Pharmacien, je ne serais pas surpris qu'un jour il soit contacté par Leclerc pour prendre en charge le département Pharmacie, le dynamique apothicaire a pris personnellement les choses en main, et à trois heures et demie pétantes, Abdel de l'Air Liquide est venu m'installer la citerne de vie avec en plus la bouteille portable qui me permet de replonger dehors, autrement qu'en quasi apnée dans le monde des vivants, dans le monde que j'aime.

Merci à toi Didier, merci aussi à tes majorettes qui sont aux petits soins pour leur vieux copain bien malade...Merci à vous les filles !

Vendredi 9 heures.

Forte de l'expérience de la veille, Laurence s'est garée sur le parking payant attenant au Centre. Car nous sommes encore au Centre.

Nous avons rendez-vous avec la radiothérapeute qui doit piloter le bombardement par rayons du crustacé mortel...J'espère qu'elle aura sa peau avant qu'il ait la mienne cette infâme saloperie que si je le pouvais, j'arracherais de ma poitrine moi-même !

Je suis à la fois satisfait que le jeune docteur de la veille ait précipité la manoeuvre, la radiothérapie ne devait commencer qu'une bonne semaine plus tard. Satisfait du professionnalisme de ces dames, et inquiet, car c'est signe que mon cas est grave. Elles ne me le cachent pas d'ailleurs, il faut agir très très vite. C'est ce que je dis depuis deux mois au moins, je suis d'accord avec elles !

Une jolie infirmière brune et souriante nous conduit à la salle du scanner, là où on va faire du repèrage des cibles, des zones, et des angles d'attaque par où les atteindre.

Une grande dame brune au regard doux, jeune aussi, visage grave mais pas triste nous fait un topo sur ce qu'elle compte faire.

Je suis installé torse nu sur le chariot du Scanner avec ma bouteille d'oxygène. La position, le stress, les deux peut-être, je sens venir le gargouillis à peine perceptible d'une quinte taille moyenne, elle vient, et repart.

"Nous allons faire une première acquisition  " me dit l'opératrice en chef.

Outre le medecin au visage de madone, il y a deux infirmières, la belle brune et une plus jeune, jolie aussi, l'opératrice , et encore une autre jeune femme dans la cabine de pilotage.

C'est générateur d'emplois le cancer !

....

Mardi matin 8h45.

Je reprends le billet interrompu hier vers 18h30.

... La quinte annoncée arrive sur le tapis, c'est une quinte floche qui tant je la retiens s'effiloche en soubressauts qui foutent irrémédiablement en l'air la "Première acquisition " des gentilles amazones du commando anti-cancer Jean Perrin.

Elles me retirent du tunnel, me redressent, me réconfortent, je chiale à gros bouillons, ni de peur ni de chagrin, mais de rage de me voir dans cet état minable..."Ce n'est rien Monsieur,calmez-vous, nous allons recommencer  "

Patientes comme c'est pas possible, elles me réinstallent à l'entrée du tunnel. Elles me parlent, me touchent, me sourient. Elles sont gentilles mes jeunes éléphantes.

Elles recommencent tout, reprennent leurs repères et refont leur boulot.

Je me suis calmé pendant ce temps.

" Nous allons reprendre les acquisitions Monsieur, relaxez-vous. "

Relaxez-vous !

Est-ce mon vieux copain Valy, le vieux cerisier qui le lui a soufflé ? J'ai l'impression, portée par le vent du plateau qui il y a peu me gonflait les poumons d'un air vivifiant, d'entendre une phrase que mon ami Michel a prononcée sur le chemin de notre balade.: "J'ai pu me libérer de mes angoisses par la relaxation. " m'a-t-il dit ce jour-là.

Si la relaxation peut calmer les angoisses, pourquoi ne pourrait-elle pas calmer la toux. Ce que peut faire Michel, à part voter Sarkozy, je peux le faire. Je décide donc de me relaxer.

J'ai encore cette faculté de pouvoir me sortir du réel, je l'ai souvent fait pour ne pas m'empoisonner la vie trois ou quatre jours à l'avance en pensant à de mauvais moments dont la date et l'heure m'étaient connus à l'avance. On a toujours le temps d'apprendre les mauvaises nouvelles, surtout quand on les connaît !

Relaxe. Ce paragraphe est vrai.

...Je me projette une belle image. Si je n'était pas aussi fatigué, je vous mettrais la photo, je l'ai déjà mise sur ce blog.

Une photo du plateau justement, prise un jour d'orage. Un bel arc-en-ciel enjambe la Limagne de son demi-cercle magique, il semble abriter le château qui se prélasse contre les Monts du Forez que l'on croirait pouvoir toucher de la main tant l'air lavé par la pluie les rendent proches.

Je fixe tout ça, il me semble que l'image se transforme, les lumières deviennent à la fois plus vives, mais comme étrangement douces. Ce n'est pas suffisant, il faut rajouter quelque chose. Et c'est là qu'elle s'invite.

Elle vient d'un seul coup, ses yeux noisettes sont devenus vert fluo, comme le rayon laser qui sert au repérage, et que j'ai vu danser sur sa blouse. La jolie brune s'est installée dans mon rêve. Rien d'érotique ou de malsain, rien que de la beauté pure, une image de Paradis.

Vétue d'un voile lumineux, elle est assise devant moi, elle me sourie, elle me murmure de beaux silences qui m'apaisent. Je me sens léger léger, je me sens heureux.

Si ce n'étaient les mouvements du chariot et les ronrons du zinzin qui me découpent en tranches, je pourrais tel un fakir échapper à la pesanteur, échapper à ce qui me cloue au sol et me ratatine, me bouffe et m'assassine.

Longtemps je suis resté là, j'y serais bien resté encore.

" C'est fini Monsieur, nous avons tout ce qu'il nous faut. "

Encore une petite séance de tatouage pour valider les points de visée et les repères du scanner sur lesquels il faudra se recaler à chaque séance radio (il en est prévu au moins dix dans un premier temps), et je peux me rhabiller. J'attends peinard sur une chaise en têtant par le nez ma bonbonne de O2 premier choix réglèe à deux litres par minute. J'attends.

La grande Dame brune me raccompagne jusqu'à la salle d'attente où Laurence patiente depuis pas loin d'une heure. Tout comme le ferait Olga, elle adapte presque son allure à la mienne. Elle a fait un long memo écrit dont elle expose les grandes lignes à mon épouse. Elle connaît son métier, elle sait que ce qu'elle me dirait ne ferait pas même vibrer mon neurone en ébullition.

Tripes nouées, je suis dans mon trip, je ne percute plus.

Plan de bataille, et planning prévisionnel.

Dès mardi vers 15 heures, hospitalisation préparatoire.

Mercredi 15. Bon Anniversaire ma chérie, quel beau cadeau je te fais cette année !  Ce sera la première séance de Chimio.

Jeudi 17 et Vendredi 18, deux séances de radiothérapie.

Week-end repos.

Semaine prochaine, à nouveau cinq séances radio, plus trois ensuite, selon comment je supporte tout ça.

Reprise ensuite d'au moins cinq séances de chimio à des dates non encore programmées.

Nous repartons chez nous, nous repartons dans notre refuge.

Aujourd'hui, 13h15.

Le compte à rebours s'égrène lentement. Dans à peine deux heures, une ambulance vient me chercher. A partir de cet instant, je ne m'appartiendrai plus. Je m'en remets entièrement à mon équipe d'amazones, elles ont su gagner ma confiance, je ferai tout ce qu'elles me diront de faire, je subirai tout ce qu'il faut subir, plus le reste, je suis prêt.

Ce sera long et difficile, le champ de bataille est plein d'embûches, et les aléas de chantier seront nombreux qui à coups d'imprévu viendront bousculer le planning initial.

Il ne s'agit pas de travaux neufs, il s'agit de maintenir debout un ouvrage bancal sérieusement sinistré. Les fondations sont fragiles, et les structures bien éprouvées.

La brutalité des travaux de rénovation et la chimio lourde vont créer dans ce bâtiment fragile de nouvelles fissures, des lézardes, qui sait quelques éboulements qu'il faudra réparer et colmater avant de reprendre les travaux. Dure période en perspective, il va me falloir puiser je ne sais où pour tenir, mais je tiendrai.

Je vais vous quitter, pour quelques jours sans doute, mais je reviendrai.

Il m'arrive de dire que comme tout en ce monde, la vie a un commencement, il faut qu'elle ait une fin.

Moi j'ai faim de la vie.

Qui vivra verra.

Alain.



 

07/06/2011

Patience et longueur de temps...

... D'accord les gars, mais magnez-vous un peu !

Arc de Vie.jpg

Le noir lui va bien à la Reine de la nuit...Photo offerte par Michel.

Mon ami Michel est venu me voir dimanche. Nous avons fait ensemble une longue promenade, et nous avons parlé, parlé, parlé. Je lui ai présenté Valy mon vieil ami le cerisier. Je suis rentré épuisé de la balade, épuisé mais heureux. C'est vrai que l'amitié est un excellent remède.

***

Voici le quatrième des billets que je consacre en partie à ma confrontation avec le cancer qui s'est installé dans ma poitrine. J'ai en quelque sorte transformé Les chroniques du Crabillou en Blog Opératoire. L'année 2011 sera médicale, ou bien ne sera pas !

"Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme. "

Vous vérifierez, il me semble que c'est Lavoisier qui nous a expliqué ça. On le dit père de la chimie moderne.

Je ne crée plus grand chose en ce moment, je perds pas mal de trucs, dont pas loin de dix kilos en moins de six mois ; le conseil de l'été mesdames, chopez un bon cancer, et vous pourrez sans peine rechausser votre joli deux pièces de l'année dernière !

Moi aussi je me transforme !

Balladurisation.jpgJ'ai toujours eu un cou de taureau, c'est plus souvent ma cravate que le dernier bouton du col qui fermait tant mal que bien mes chemises. Mais aujourd'hui, grâce aux corticoïdes, je me pare d'un double menton que bien des notaires prospères m'envieraient.

Je me pompidolise un max, et le temps n'est pas loin où je vais pouvoir racheter un lot de vieilles liquettes à Balladur.

Pour le reste, ça va. Physiquement, je m'affaiblis de jour en jour un peu plus, mais parallèlement, le moral va mieux.

Comme je l'avais prévu, c'est avec soulagement que  "Comment vas-tu ? ", la phrase qui il y a encore peu me faisait faire mentalement le trajet Châteaugay-Crématorium de Crouël à tombeau ouvert, sans m'arrêter aux feux ce qui est un comble, et qui plus est n'est pas prudent, maintenant ne suscite chez moi cette phrase, selon mon humeur et l'interlocuteur, qu'une réponse polie, ou une pirouette courtoise si j'ai l'humeur maussade.

Mon esprit est plus libre, je peux donc le consacrer à autre chose que l'assommer sur le mur des lamentations.

J'ai eu vent par exemple de traitements innovants (Au 20 heures de France 2) moins traumatisants que la chimio, et qui peuvent être administrés à domicile. J'en parlerai à l'équipe Jean Perrin quand elle sera décidée à s'occuper de moi. Je m'impatiente, mais il me faut prendre en compte que de jeudi à dimanche, c'était le pont de l'Ascension, et que les médecins ont aussi une famille, et qu'ils ont parfaitement le droit  à du repos.

Intéressant aussi le formidable progrès que pourrait représenter une détection très très précoce des cancers, bien avant qu'ils aient croché dans la barbaque de leurs victimes. Car ne nous leurrons pas, la seule vraie chance de guérison, c'est de débusquer le bestiau avant qu'il soit bien installé et qu'il ait commencé à faire des petits.

Pour moi, la détection précoce, c'est cuit. Mais je me réjouis de savair que dans quelques années, grâce à une simple prise de sang, un brave gus en danger de mort et qui ne se doutait de rien se verra débarrassé d'une minuscule tumeur qui ne lui causera plus de souci.

J'ai vu aussi à la télé, c'était à la clinique, que par relaxation et en sublimant de belles images, on pouvait redonner un peu de bonheur à des malades en fin de vie et les prolonger sans souffrances de quelques semaines, quelques mois. Sur le moment, ça m'a fait mal, aujourd'hui encore, je me révulse à l'idée de prendre comme un cadeau quelques semaines de plus d'une vie de grabataire végétatif. Mais qui sait ce que je serai demain. Pourquoi ne pas prendre avec joie ces petits suppléments, comme le ferait un gamin qui trouve une bille en plus au fond du pot, ou une dernière praline coincée dans le coin du sac alors qu'il pensait avoir croqué la dernière. Je sais ce que je suis à l'instant, j'ignore quelles pensées agiteront mon esprit demain.

Je le dis sans forfanterie, je n'ai pas peur de la mort, je n'y suis pour rien, c'est ainsi. De même, ne croyant pas en Dieu, je n'ai pas peur de l'Enfer. Aujourd'hui, c'est comme ça. Qui sait si demain je ne me lancerai pas sur E-Bay à la recherche d'un chapelet pas trop cher en état de marche, qui sait si à l'idée de la grande faucheuse qui s'approche, je ne me réfugierai pas sous mes draps tremblant comme une feuille en suppliant qu'on me laisse vivre encore un peu. Qui sait ? Un homme qui se noie est capable de s'accrocher à un reflet sur le lac tant il veut mettre la tête hors de l'eau.

Bien qu'étant dans une période de chance, je n'ai pas gagné au loto. Mais il ne faut pas désespérer pour autant. Profitant de ma période si j'ose dire veineuse, artérielle aussi, et lymphatique pas mal, j'ai osé ce matin un Astro à deux euros, signe du Cancer bien évidemment. J'ai été remboursé, c'est un signe encourageant qui pourrait vouloir dire que le dossier de prise en charge à 100% que m'a rempli Fernand est sans doute accepté par la Sécurité Sociale.

Est-ce de la soupe ou du rata ?

Pour l'heure, peut-être le saurai-je tout à l'heure, je ne sais rien encore du traitement qui doit me redonner la vitalité de mes vingt-cinq ans.

L'équipe a du affiner les réglages du micro-ondes modèle Joliot Curie qui grâce à ses rayons X extras et ses Gammas anti-redéposition me laissera lessivé, mais qui couperont je l'espère l'appetit de la grosse saloperie qui me fout les éponges en dentelle. Ils doivent préparer la sauce d'assaisonnement du potage chimiothérapique qui va lui aussi me laisser flagada pour un bon moment.

Je vais en baver des ronds de chapeau, mais j'attends ça avec impatience.

Magnez-vous Messieurs !

Dernière minute, ça y est ! Le staff médical Jean Perrin organise sa réunion de chantier cet après-midi. Je serai fixé sur mon sort dès demain. Ouf !

Et maintenant, rions un peu.

Oh Luc, quelle mouche t'a piqué ? Le Vidangeur.jpg

On l'appelait le vidangeur,

Pas très rusé vu sa bobine etc. etc.

Qu'est-ce qui lui prend au philosophe médiatique ex-ministre de l'Education un peu terne de Chirac, et un chouïa étouffé à l'époque par son collègue ministre d'un peu tout le reste, sale petite bête qui déja, montait, montait, montait. Montait sur tout le monde s'entend.

Le voilà le Luc, qui en mal de notoriété sans doute, nous entonne le grand air de la calomnie.

Il nous la joue l'homme qui a vu l'homme qui a vu le voisin de l'homme qui croit bien avoir vu l'ours.

Et de lâcher le pavé dans la mare en ressortant une vieille rumeur de cabinets (ministériels, ce ne sont pas les mieux tenus), jetant en pâture un ex-ministre qui se serait laissé aller, sans que la moindre preuve vienne étayer le propos, à de bien vilaines choses au Maroc, avec des petits garçons bien moins pubères que ne l'étaient les champions de boxe thaï si fort prisés par notre actuel ministre de la Culture.

" Je n'ai été témoin de rien, je n'ai rien vu, mais c'est un ancien premier ministre qui me l'a dit, donc c'est vrai, Na ! "

Droit dans ses bottes d'égoutier le Luc,  pauvre type !

Le pire, c'est que tous les médias s'alignent avec délectation derrière la pompe à merde. Quelle tristesse pour Jules son grand-père. Voir son petit fils promis à un bel avenir et briller au sommet avec les élites, puis le voir barboter dans la fosse à purin, quelle pitié !

Restons dans les vraies fausses rumeurs.

Ne dit-on pas que le Luc fit en son temps partie des quarante amants de la Belle à la voix endormante, amants labelisés par elle-même, du temps où femme libre et riche, elle faisait de sa vie ce qu'elle voulait, et entretenait son Parc aux Cerfs personnel, avant que de se transformer en Blanche-Neige à Disneyland.

Luc en brouta la délicate pelouse de ce parc, entre Laurent Fabius et Mike Jagger. Je n'ai rien vu, je n'ai pas tenu la chandelle, mais je l'ai lu donc c'est vrai, et je ne vois pas pourquoi je serais le seul à ne pas salir tout le monde.

La transition est faite, parlons-en de la belle Carla. Au moyen-âge, on l'aurait sans doute brûlée comme sorcière, avouez que c'eût été dommage. Aux époques cul-serré elle aurait été traitée comme une courtisane. Non protégée par son rang et sa fortune, elle aurait très bien pu passer pour une pute. Mais de par le miracle Disneyland et auréolée d'un faux titre de first lady, voilà qu'on nous la montre enceinte !

A nous Deauville, le monde entier nous regarde !

Pouliche gravide.JPGVous l'avez su, il y avait un sommet du G8 à Deauville. Je vous mets la une de Paris-Match pour l'illustrer, c'est tout ce qu'il en restera de ce sommet.

Deauville étant au chevaux de race ce que Rome est aux mules du Pape, une Capitale, il était tout à fait normal que ce sommet fut entièrement consacré à la pouliche du prince invitant.

Chacun y alla de son hommage appuyé au couple gestant.

Délicieusement gravide, Carla se prêta volontiers au petit jeu des mines et des effets de paupières. Elle fait ça avec talent, on croirait une professionnelle !

Bien sûr, on peut s'attendrir devant le joli tableau. On peut en rire aussi.

Moi ça me fait gerber. Se servir d'un foetus de quatre ou cinq mois pour en faire du matériel de propagande électorale, c'est une insulte envers l'enfant à naître.

Il est possible que sur le nuage qui le coupe de la réalité, le couple Alpha ne se rende pas compte de l'énormité de la chose. Mais comment se fait-il que dans son entourage, il n'y ait personne pour lui dire qu'il leur faut très vite virer cette équipe de conseillers en com' style Jacob-Delafon.

Tu as beau javelliser la cuvette, après leur passage, ça sent toujours le caca.

A plus tard.

***

Dernière minute encore : Je suis convoqué jeudi matin à Jean Perrin pour la première entrevue avec le Général en Chef, c'est parti !







 

02/06/2011

Monsieur le Bourreau...

... Encore une petite minute s'il vous plaît...

Efant Plage.jpg

Photo grappillée sur Internet...

Profite de tous les instants de ta vie mon enfant, la vie est un cadeau qu'on ne déballe qu'une seule fois...

***

J'ai suivi vos conseils...Je positive.

J'étais décidé à mitonner une fable que n'eut pas reniée Monsieur de La Fontaine...Pour l'instant, j'y ai renoncé.

Certes, mon humour noir m'aide à chasser le diable comme je dis, mais il peut aussi blesser mon entourage, tout le monde n'est pas obligé d'aimer Pierre Desproges. Il me faut donc dans mes notes user du bémol.

crabe beret basque 2 43.jpgVous n'aurez pas droit à la fable : "Le crabe et les éponges. ", du moins pas aujourd'hui.

Cependant, dans mes recherches pour l'illustrer, je suis tombé sur quelque chose d'intéressant...

Décidément, notre belle nature est pleine de ressources, il suffit de chercher, voyez plutôt :

*** Merci Bob, tu me sauves la vie ! ***

Bien qu'évitant le ton geignard et les plaintes inutiles, il est fort probable que mes misères intimes commencent à vous lasser...Sachez que si c'est le cas, je vous comprends. Mais tant qu'écrire une seule ligne ou un seul mot sur le mal qui me ronge me donnera l'impression d'un soulagement, fût-il minime et perceptible de moins seul, je continuerai...Qui m'aime me suive !

Chronique du fond du puits...

Depuis mercredi dernier, une semaine déjà, je suis sorti de la clinique et n'ai aucune nouvelle des examens en cours qui doivent décider de l'importance du traitement qu'il faudra m'appliquer...

Sans autre médicament que trois petites pastilles de Cortencyl, je me sens comme abandonné au fond d'un puits, un puits profond dont je suis incapable de sortir seul...Notez qu' au sentiment d'être abandonné, se mêle le lâche soulagement d'une courte trève médicale avant que ne s'engage la grande bataille, une bataille terrible, un corps à corps en mon corps qu'il ne me faut pas perdre...Une guerre de trachée à laquelle une seule issue est possible, la vie ou la mort.

C'est ma première bataille contre la mort, et à dire vrai, jusqu'à ces jours-ci je ne m'y étais guère préparé.

Mon ennemi est coriace, ce n'est pas le genre à relâcher les rats qu'il prend dans sa nasse, il est sans pitié. Lui, il est programmé pour, il a déjà terrassé des millions de braves bougres dont beaucoup sans doute étaient plus forts que moi...Qu'importe, ce n'est pas toujours le plus fort qui l'emporte...

N'est-ce pas Goliath qui resta au tapis lorsque lui et David se mesurèrent...David et Goliath.jpg

Scrutant le petit rond de lumière tout là-haut, et ne voyant personne qui me lance une corde, j'ai pris contact avec mon medecin référent comme ils disent...J'ai rendez-vous à onze heures, il est presque temps que je me prépare.

Je reprendrai plus tard...

Tiré du puits, mais pas encore sorti du trou...

A peine avais-je abandonné mon clavier que le pneumologue m'a appelé...Ils ont identifié le type du monstre qui me pompe l'air...J'ai beaucoup de chance, il s'agirait du moins gourmand des deux, celui à grosses cellules... Quand la chance est là, il faut la saisir, j'ai pris un billet de loto !

J'ai vu ensuite mon medecin, et j'ai compris de quoi nous seront privés quand tous les technocrates qui nous mènent en bateau seront arrivés à leurs fins, et qu'ils auront foutu en l'air la vraie médecine, la médecine qui se préoccupe plus des trous que font les crabes dans les éponges des braves gens que des trous qui rongeraient la sécu...Une médecine faite par des hommes pour les hommes, et non par des diafoirus à calculette préoccupés d'abord des stats du ministère de la santé.

Sans se soucier de sa salle d'attente pleine, mon toubib m'a réchauffé le coeur pendant plus d'une heure...Merci Fernand !

A l'instant, vers seize heures, la secrétaire du pneumologue m'a rappelé...Les troupes montent au front, on commencera probablement par l'artillerie lourde, ce sera dans la première quinzaine de Juin.

Le bourreau n'a pas été sourd à mon appel, il me laisse au moins jusqu'à lundi avant de fixer la première réunion d'Etat-Major au Centre anticancéreux Jean-Perrin....

En attendant, je vais aller à la pharmacie chercher le ventilateur à aérosols...C'est avec un petit regret que je vais raccorder cette machine sur le réseau EDF-AREVA...Mais je n'ai plus la force d'installer une éolienne, bien plus indiquée pourtant pour me donner de l'air...

De l'hygiène oui, mais pas trop....

Je n'avais que l'embarras du choix pour le deuxième volet de ce billet...Entre les enfants torturés en Syrie, la fameuse libération de la Libye où il semblerait que les méthodes de Kadhafi aient fait des émules chez les libérateurs...Pas étonnant quand on sait que pas mal d'entre eux furent longtemps à la fois ses alliés et ses collaborateurs...Plein de sujets encore...

C'est un mail d'encouragements vitaminés d'un de mes très vieux amis qui m'a soufflé le sujet du jour...Entre autres choses qui ne vous regardent pas, ce vieux copain l'accompagnant d'une photo récente où j'ai pu constater qu'il n'a pas du tout vieilli  termine son mail par :

Présumé innocent.jpg"Salut Crabillou, tu as vu, je suis innocent !  "

Signé : Juanito, le Concombre Masqué.

***

Innocent en effet.

Après avoir été accusé d'être mal débarbouillé, puis traîné dans la boue par des médias et d'autres forces occultes, le marché du légume est une jungle, Juanito le concombre est blanchi de toute faute.

Nul besoin d'une floppée d'avocats payés à prix d'or, quelques prèlèvements et des analyses effectuées par des laborantins-rantines à deux mille euros par mois, et voilà Juanito libre à nouveau de batifoler sur les étals...Pas sûr qu'il ait beaucoup de succès dans les prochaines semaines, mais il est à nouveau libre de marché.

Je ne vais pas vous faire un exposé sur les bactéries tueuses qui de temps en temps provoquent des mini-vagues mortelles qui disparaîtront aussi vite qu'elles sont apparues...Mortelles et inquiétantes certes, mais qui n'inquiètent pas les milieux scientifiques...Les scientifiques connaissent les sautes d'humeur mutante de ces mini-organismes monocellullaires que sont les microbes, bactéries et autres virus...Portés d'un hôte à l'autre, ces petites bébêtes peuvent très vite changer de nature et devenir d'un coup très dangereuses voire mortelles pour l'hôte inhabituel qu'elles ne fréquentaient jamais.

Pour relativiser.

Dix-sept morts en moins d'une semaine, c'est beaucoup trop. Les autorités sanitaires ont raison de prendre des mesures. A votre avis, et seulement en France, combien de personnes seront tuées par le tabac aujourd'hui ? Je vous le dis : 164 exactement. Autant qu'hier, demain et après-demain, il y en aura encore autant.

Soixante mille ports par an, quinze fois plus que de tués sur les routes. Il serait temps de mettre des panneaux pédagogiques devant les champs de tabac subventionnés par l'Europe et devant les bureaux de tabac bien soignés aussi par nos gouvernants. Des panneaux genre :

Surtout ne vous arrêtez pas, ne ralentissez pas, risque mortel !

Un peu effrayé par ce qui se dresse devant moi, puisqu'il me reste un peu de temps avant de revêtir mon armure, je fais quelques retours en arrière...De plus, c'est l'heure des bilans pour moi, pas seulement des bilans sanguins du reste. J'en ai fait un bilan, c'est celui du nombre de maladies microbiennes ou virales qui en soixante-six ans d'existence ont réussi à me mettre sur le flanc.

Croyez-moi ou pas, mais le bilan est maigre. En dehors des maladies genre gros rhume et des petites angines que nous nous refilions entre gamins à l'école, comme nous nous refilions les chewing-gums demi-mâchés, en même temps peut-être. Les petits campagnards de ma génération savent très bien qu'une petite angine ou un rhume n'est pas un prétexte valable pour manquer l'école...Nous avions appris très tôt à ne jamais nous plaindre... Ces maladies-là se soignaient à la maison avec les merveillzeux suppositoires du bon Monsieur Lebrun, avec du sirop, des ventouses, du badigeon pour la gorge, et si nécessaire, dans les cas les plus graves, avec un grand bol de lait bouillant sucré au miel, désinfecté et renforcé par une bonne rasade de gnôle.

Des vraies maladies, je n'en ai trouvé que trois. Je ne compte pas la rougeole contractée quand j'avais trois mois puisque je n'en ai gardé aucun souvenir.

Des vraies maladies, je n'en ai trouvées que trois.

La varicelle, dont je garde encore quelques stigmates de boutons grattés au sang. J'avais huit ans.

Plus tard, j'en avais seize, j'ai eu une forte fièvre (grippe ?) intestinale, le thermomètre a dépassé les 40°C. Heureusement que le toubib de l'infirmerie Michelin avait enlevé la planche, sinon il prenait feu ! C'était lors de ma première année à La Mission, l'Ecole d'Enseignement Technique Michelin.

C'est mon moniteur qui m'a ramené chez moi dans sa Dauphine beige, nous n'avions pas de profs, à part pour les maths et l'anglais. C'était un jeudi, il a bien précisé que je pouvais rester à la maison, de toute façon il me fallait voir un docteur.

Le lendemain matin, comme je n'avais plus que 38°C sous abri, je suis parti à pied, j'ai récupéré mon vélo à l'abribus de Saint-Bonnet, là où l'hiver surtout, je ratais souvent le car pour la gare de Riom, et suis allé chez le Docteur Albrecht, médecin  considéré comme le medecin de famille, car il voyait l'un d'entre  nous au moins une fois tous les quinze ans. C'est la première fois de ma vie que je me suis rendu chez un médecin.

Cet homme déjà bien vieux mais à l'oeil vif me questionna, m'examina et son diagnostic tomba : " Tu as le ver solitaire petit. Passe à la pharmacie et prends ça. " Il me délivra une ordonnance à une seule ligne et me raccompagna à la porte.

Au deuxième jour de traitement, les pastilles magiques chassèrent le vilain ténia de mes entrailles la fièvre disparut avec lui.

Bien bien plus tard, je devais bien avoir la cinquantaine, je fus terrassé par la vraie grippe, elle me cloua au lit fébrile et tremblant pendant au moins trois jours.

Hors ces trois maladies, tous mes séjours en hôpital ou en clinique furent causés par des accidents divers et variés, et des casses ou incidents mécaniques telles mes deux hernies discales...

Comment ai-je pu échapper aux affections et infections diverses qui je le vois chaque fois que je vais à la pharmacie - j'y vais souvent - accablent mes contemporains, surtout les moins de quarante ans...

Tout ce qui ne nous tue pas rend plus fort...

Depuis la nuit des temps, les descendants de Marcel ont su profiter, développer, puis cultiver et améliorer les richesses de la terre nourricière. Aujourd'hui, ils salopent tout, mais ce n'est pas le débat du jour. Depuis toujours, ils ont su aussi découvrir et se méfier des pièges qui foisonnent dans la nature bienfaitrice certes, mais dangereuse...A peine échappé du sein de sa mère, le petit d'homme se heurte à un monde hostile...Il se pique il se brûle, il bouffe des trucs amers, mais tout ça, il ne le fait qu'une fois... Il apprend très vite à se défendre des ennemis qu'ils croise sur son chemin. Il forge ses défenses.

Ce qu'il fait avec ses mains ses yeux et sa tête, son corps le fait avec un système immunitaire d'abord faible et fragile, mais qui se renforce et se forge des grilles et des barrières au fur et à mesure qu'il sort vainqueur d'un combat avec chaque ennemi rencontré...

Dès l'âge de deux ans, j'ai pris contact avec la terre. Mon terrain de jeux, c'était elle, mon jouet c'était elle. Non pas une terre morte aseptisée débarrassée de ses germes, non, une terre riche de toutes les cochonneries que vous pouvez imaginer...Mon terrain de jeux, c'était la cour où se croisaient les volailles et les pigeons, et parfois les vaches de Gilbert qui prenaient un raccourci pour regagner l'étable, il était bien rare qu'elle n'y laissassent point un cadeau pour prix de leur passage.

Tout ça mélangé aux fientes des pigeons produisait par temps sec une fine poussière que je laissais filer entre mes doigts avec ravissement...Plus tard, j'élargissais mon champ d'action jusque vers le potager fumé au fumier de mouton, paillé au fumier de lapin qui ne vaut pas grand'chose, et enrichi avec précaution des fientes de volailles et à la colombine qui sont à manier avec précaution...

Plus tard encore, dans les travaux des champs, c'est encore à mains nues qu'on se colletait avec la terre. Pour les gros travaux, foins moissons et vendages, le repas était pris sur place. J'ai bonne mémoire, et je ne me souviens pas avoir vu de lavabos où se laver les mains sous les gros noyers qui servaient de tonnelles. Chacun empoignait tour à tour la miche ou la couronne, et avec l'opinel ou le laguiole qui peut-être avait servi cinq minutes avant à se curer les ongles, il se taillait une bonne tranche de ce gros pain qui me fait saliver rien que d'en parler, puis pareil avec le saucisson, la tranche de lard froid et toutes les charcutailles fort roboratives qui composaient le repas. Des nourritures libres, aucune d'elle n'avaient été entravée par la chaîne du froid.

Tout ça, y compris le fromage final qui s'il était servi aujourd'hui t'enverrait n'importe quel citadin américain à l'hôpital pour au moins quinze jours, tout ça était tripoté en boucle par tous les convives. Pour faire glisser le casse-croûte, un ou deux canons, du bon du frais, servi à la cantonnade et bu dans le même verre...Je ne romance pas, j'ai vécu ça, d'autres parmi vous l'ont vécu aussi, c'était ainsi dans ma campagne des années cinquante.

Combien de ces bactéries qui font peur à tout le monde ai-je rencontré et appris à combattre au cours de mes jeux d'enfants et des repas pris aux champs... Je ne sais pas, ce que je sais , c'est que je n'en fus jamais victime.

... Mais trop se protéger rend faible...

Ne me faites pas dire ce que je n'écris pas. Loin de moi l'idée de vous suggérer à vous parents de laisser vos enfants se vautrer dans la terre souillée des cours de ferme...Le danger est ailleurs dans les fermes pour les enfants. Là, au fond du hangar où sont stockés les fameux produits phyto-sanitaires. Il n'y a pas de défense possible contre ces poisons mortels, nul être vivant n'apprendra jamais à les combattre.

Non, de l'hygiène il en faut, et il n'est pas mauvais d'envelopper les concombres et les fruits et légumes de plastique, ça peut vous éviter, si vous êtes habitués à toucher ce que vous voulez acheter, de ramener sur vos mains un cocktais de produits chimiques qui pourrait s'avérer bien plus dangereux pour vous que n'importe quelle bactérie de passage.

De l'hygiène il en faut, oui, mais il faut aussi laisser la possibilité à vos enfants de se forger leurs propres défenses. Vous qui surveillez le carnet de vaccination de vos chers petits avec une scrupuleuse attention, laissez-les se vacciner tous seuls contre les germes qu'ils rencontrent, dites-vous qu'une petite fièvre, c'est peut-être une primo-infection salutaire qui va l'immuniser contre une vilaine maladie qu'il n'attrapera plus jamais...Attendez demain pour voir le médecin.

Laisez grelotter le petit cinq minutes étend la plage d'action de son thermostat intérieur, l'emmitoufler des yeux aux pieds en fait une proie rêvée pour le moindre courant d'air...

Voilà pour aujourd'hui, je me sens rassuré de savoir que si je meurs, ce n'est pas parce que j'ai très souvent oublié de me laver les mains avant de passer à table...

A plus tard.

...

PS : Avez-vous constaté que depuis quelques jours, bien plus qu'auparavant, je termine beaucoup de mes phrases par des points de suspension...Qu'en pensent les nombreux psys qui parcourent mes billets ?

 
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