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10/11/2006

Le Compte à Rebours...

Vous êtes notre Fierté Messieurs....

  

On nous dit que ce sont des héros, et moins il en reste, plus on en parle.

 Quelle fête médiatique ce sera, lorsque le dernier des cinq qui sont encore vivants aujourd’hui va mourir!

 Est-ce que les héritiers des familles Krupp et Schneider seront présents à la cérémonie au Panthéon ?

 Sans doute pas, et pourtant, ils leurs doivent tant à ces poilus de la grande boucherie !

 L’un des cinq fait la une de mon quotidien régional.

 « La Montagne » titre à la une : « Le dernier Survivant du Chemin des Dames », et affiche la photo de Monsieur Louis Cazenave, 109 ans, rescapé de cet enfer, et Auvergnat, ce qui n’a aucune importance, mais ça me rend bêtement fier.

 Est-ce que tous les survivants de la Grande Guerre, comment peut-on dire d’une guerre qu’elle est grande, sont, comme tous les survivants, tous les résistants, sont-ils des héros, comme on le clame et le proclame ?

 Eux seuls le savent, eux seuls portent ce secret au profond de leur chair, de leur être...Eux seuls sont dépositaires de leurs peurs, de leur dégoût, de leurs colères, et bien souvent, ils n'en parlent pas.

Mais je crois que Louis Cazenave fut, et reste un héros.

 La preuve ! Il a longtemps refusé la Légion d’Honneur, la médaille que Chirac a salie, en décorant Poutine, car a-t-il dit le Louis : « Pourquoi me donner une médaille à moi, alors que mes camarades morts là-bas n’ont même pas une croix de bois sur leur tombe… »

 Longue vie à vous Louis, soyez encore longtemps heureux chez vous, à Brioude, il y fait meilleur qu’au Panthéon…

L’aurait-il accepté Jules, mon arrière grand père, si on lui avait proposée cette médaille…

Je ne sais pas, il est mort trop tôt pour me le dire, mais je crois que comme Louis, il aurait eu  une pensée pour ses deux jeunes frères hachés comme du pâté, l’un dans la Somme, l’autre à Verdun.

 Pas même une croix de bois pour eux non plus,!

Si vous voulez leur rendre hommage, il faudra affronter les embouteillages parisiens, pour aller voir la flamme du soldat inconnu, avant qu’elle ne s’éteigne…

Il leur devait peut-être la vie, Jules, finalement à ses deux jeunes frères, eux, qui n’auront pas de tombe pendant toute leur mort.

 C’est grâce à eux qu’il a été retiré des tranchées, en première ligne.

 Bon, il n’a pas été renvoyé comme magasinier dans un arsenal à Toulon ou à Biarritz, mais en première ligne, il n’y allait qu’une fois par jour!

Pour amener la soupe à ses copains.

 Je ne sais pas si c’est inscrit dans les archives de l’armée, mais il y a eu au moins trois jours où des poilus de Verdun n’ont pas eu leur potage du soir…

 Jules a eu ces jours-là un empêchement indépendant de sa volonté, et n'a pas pu assurer le service.

 Ses mulets, avec chacun deux bidons de soupe, par trois fois ont été fauchés par les mitrailleuses allemandes…

Ach, gross malheur la guerre, même les animaux en ont souffert. !


Il en est revenu le Jules en 18, quand les cloches à toutes volées lui ont dit que sa femme et ses trois filles avaient besoin de lui.

 Il est resté dans la cour, mon arrière grand-mère lui a rempli un grand baquet d’eau, comme il le lui avait demandé.

 Il y a jeté tous ses vêtements, infestés de poux, et lui, nu comme un ver, il est allé à la pompe pour se laver.

 Il revenait dans le monde des vivants, la moindre des politesses, c'était d'y entrer propre…

Je vous en parlerai peut-être plus longuement de Jules, il le mérite, non ?

  

Joyeux 11 Novembre à tous...!

06/11/2006

Le Fossoyeur mal Enterré...

Fumer peut être Mortel...!

Lui aussi, il meuble en partie mes souvenirs d’enfant et d’ado.

 Peut-être retrouverais-je des photos, je sais qu’i l en existe au village.

 René, en haut de la batteuse, pour jeter les gerbes de blé dans le trou noir du monstre bruyant et poussiéreux, et au fond de la fosse qu’il venait de creuser, qui allait plus tard en recevoir aussi des gerbes…

 Il était fossoyeur le René, mais on ne mourrait pas assez au village, pour qu’il puisse en vivre.medium_cep_de_vigne.jpg

 Alors il faisait des tas d’autres petits boulots, plâtrier, maçon, électricien, il rendait de multiples services qui lui assuraient de quoi manger et boire, il buvait pas mal !

 Il avait jadis travaillé à la Manu, mais il avait été « remercié », on le soupçonnait de vol.

 Il touchait quand même une petite pension d’invalidité, il avait laissé deux doigts et la moitié d'un pouce, dans une machine qui ne s’était pas rendue compte qu’il était saoul !

 Et c’est vrai qu’il était un peu kleptomane, le René!

 Il n’était pas rare qu’après avoir trop bu, il « emprunte » un peu tout et n’importe quoi.

 Que vienne à disparaître un vélo, une échelle..

 Pas grave, on allait se plaindre au Maire, des moustaches magnifiques, et  hop, un petit tour chez René avant d’aller aux gendarmes…

 En général, on retrouvait l’objet.

 Même de la dynamite une fois, il l’avait prise chez Aimé et Paul, les deux frères carriers, et l’avait posée, ou oubliée, sur sa cheminée…

 Je le voyais à chaque enterrement le René, quand j'étais enfant de choeur.

 Il se tenait à coté du trou qu’il venait de creuser.

 Parfois, on devinait la bouteille de vin blanc dans la grande poche de son trois-quarts en cuir marron.

 Le noir est la couleur du deuil, mais René, lui, il creusait au blanc, du frais, du bon !

 En semaine, il était coiffé d’une casquette en cuir, luisante de crasse, mais pour l’enterrement, il portait un grand béret, qu’il ôtait à l’arrivée du cortège.

 Quand je vois aujourd’hui les employés des Pompes Funèbres, impeccables dans leurs beaux costumes, j’ai un petit sourire intérieur, en imaginant quelle tête feraient les gens, si soudain apparaissait René.

 Plus qu’à demi saoul, avec son manteau, son béret, et ses bottes pleines de glaise…

 Et pourtant, pas un mort qui ai protesté à l’époque !

 Il n’était pas de ces garçons de ferme, enfants de l’assistance jetés très tôt dans les fins fonds de la campagne.

 Non, il fut ouvrier et père de famille, un homme normal en quelque sorte.

 Il avait deux enfants, un fils et une fille.

 Très tôt, je n’étais pas né, la mère quitta le foyer en abandonnant mari et enfants.

 C’était une « ancienne » des maisons de Clermont, que René avait sortie du bordel, et épousée.

 Elle avait déjà deux enfants, avant ceux qu’elle eut avec René.

 La contraception n’existait pas à l’époque, même pour les professionnelles !

  Mais sans doute le calme d’un village du Pays Brayaud ne pouvait pas lui faire oublier les lumières de la ville, un matin, elle partit...

 Qui sommes-nous, pour juger ?

 Les enfants furent confiés à une institution, et René se retrouva seul.

  -« René… »

 -« Quoi Nom de Dieu…Fous-moi la paix ! »

  Plusieurs fois, j’ai assisté à cette scène, le Dimanche soir.

  Le film est fini, depuis un moment déjà mon père est parti se coucher, demain, lever à  trois heures pour aller chez Bib.

 Comme souvent, René est venu voir la Télé, il est surtout venu chercher un peu de chaleur humaine, il y en a chez nous, de la soupe aussi...

 Il s’est endormi, et ma mère le réveille, « Rentres chez toi René… » Il habite à cinquante mètres.

 Puis vint le jour où on ne lui demanda plus de creuser les tombes, il est vrai qu’il creusait de moins en moins profond !

A tel point que pour l’enterrement de « Pastanier », l'ancien boulanger, des moustaches encore plus longues que celles du Maire, c’est un de ses fils qui dut finir de creuser la tombe.

 René ivre mort dormait dans le trou à demi creusé.

 Ce fut la fin de sa carrière de fossoyeur. Il fut remplacé par un des fils Rabache, plus jeune.

 Son train de vie n’en fut guère changé, car entre temps, ayant atteint les soixante cinq ans, il bénéficiait d’une retraite !

 Petits revenus certes, mais revenus réguliers…

 La retraite était aux traînes misère de nos campagnes, ce que les golden parachutes sont à nos besogneux patrons du CAC 40, l’assurance d’une vieillesse sereine.

 Avec sa retraite, René ralentit fortement ses activités, il rendait toujours service, mais sans obligation aucune.

 Il passa comme d’autres, du tabac à rouler au gauloises, et du vin de pays, 8° maxi, au 10° 5 à étoiles…


« Tu sais, que René est mort brûlé… »

 Non, je l’apprends.


Ce matin de Novembre 1962, je suis parti en vélo, à six heures vingt, comme tous les matins, pour aller prendre le car et le train, pour aller à "La Mission", l'école professionnele Michelin.

 Et c’est vrai qu’en plus du brouillard, il y avait une odeur de cramé ce matin-là.

 Mais je n’aurais rien pu faire, René était mort asphyxié depuis longtemps, quand je suis passé devant chez lui.

 Il s’était endormi ivre mort, et sa cigarette avait mis le feu à son matelas qui s’était consumé, lentement.

 Au petit jour, la Marie-Louise, intriguée par la fumée qui sortait des fenêtres avait donné l’alerte.

 Trop tard, il était mort le René.

 Les cloches du village ne sonnèrent pas pour lui, son corps fut emmené à la morgue, pour enquête, et il fut enterré dans la fosse commune, au cimetière de Riom.

 Il y a là autant de braves gens que n'importe où, mais quand même, le fossoyeur du village qui est enterré ailleurs…


Puisse cette note corriger un peu cette injustice…


Salut René, je t’aimais bien tu sais…

24/10/2006

LE PHILOSOPHE en SABOTS...

Il est Trois Heures, Il pleut...

  

Il allait tranquille Louis.

Non, ce n'est pas lui sur la photo!

 Il avait des sabots, les vaches étaient blanches, et la charrette n'avait pas de pneus...

Mais à part ces petits détails, ce n'est pas lui quand même!

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Je le revois, à deux mètres devant l’attelage des deux vaches blanches de sa « Patronne », la marie Milande.

 Milande, c’était un sobriquet bien sûr, elle parlait lentement, d’une voix douce et « mielleuse », milande en patois, mais il n’y avait là rien de péjoratif.

 C’était d’ailleurs une très gentille femme, appréciée et respectée.

 Elle m’avait ramené à la maison une fois, j’avais à peine trois ans, et comme souvent, j’avais échappé à la vigilance de ma mère, et j’étais parti, suivant les « vaveaux », des vaches, et je m’étais retrouvé « largué » sur la route, à un bon kilomètre de la maison.

 Cette dame m’a récupéré, et se renseignant, elle a ramené le « petit de la Bernadette » à sa mère, la mienne !

 Ma mère, avec un optimisme qui la caractérise, était déjà en train de faire la tournée de tous les puits du village, et il y en avait pas mal, pour me rechercher!

 Mais c’est de Louis dont je veux vous parler, alors parlons de Louis.

 Il aurait plus de cent ans le Louis aujourd’hui.

 Il était né au village, je vous ai mis la photo de sa maison natale, dans une note précédente.

 Ses parents morts alors qu’il avait une douzaine d’années, il avait été « placé » chez la Marie Milande, dont le mari était à cette époque du coté de Verdun.

 Il a son nom sur le monument au morts du village cet homme, comme treize autres, "Morts pour la France".

 Louis restera au service de la veuve jusqu’à la mort de celle-ci, à la fin des années cinquante.

 Pendant quelques années, il continuera de faire marcher la petite exploitation, pour le compte de Mistigri, le frère de la veuve, qui travaillait à la Manu à Riom.

 Mais le temps des vaches et des Louis était révolu, incapable de conduire un tracteur, ou de s’adapter au « modernisme agricole », Louis redevint « Journalier ».

 La Marie Milande, outre le fait qu’elle avait cotisé pour Louis à la « Caisse Agricole », avait pris des dispositions pour que Louis ait l’usufruit d’une masure, où il finit tranquillement sa vie.

 Tranquillement, c’est l’adverbe qui le décrit le mieux, à croire que ce mot a été inventé pour lui.

 Lui, Gribiche, tout le monde le connaissait sous le nom de Gribiche, ou Grinoubiche !

 Le Gribiche, qui envoyait les gerbes de blé « tête première », sur le tapis qui les montaient à René sur la batteuse.

 Tranquille Gribiche, un vrai philosophe, c’est je crois le seul homme que personne au village n’ait jamais vu courir!  Un homme qui ne court pas est un sage, c’est à pas lents que se déguste la vie.

 On l’oublie trop souvent, pire, aujourd’hui, on l’ignore !

 Il allait donc tranquille, les pieds nus dans ses sabots, garnis de paille en hiver.

 Tout comme vous ou moi avons une sacoche, Gribiche se déplaçait à pied, je ne le jurerais pas, mais je crois bien qu’il n’avait même pas un vélo, avec sa berthe sur le dos, comme le Père Noël !

 Bien des « vieux » à l’époque partaient aux champs ou à la vigne avec leur berthe, rien à voir avec celle de Bérurier, elle était beaucoup plus légère cette berthe là, une hotte en osier tressé.

 Ils y mettaient leur casse-croûte, et le « barlet », le bousset , emmailloté dans un sac de jute mouillé, qui tenait au frais les deux litres de piquette, 6 à 7° facile, qui permettait de boire un canon, tout seul, ou avec un autre paysan qui passait par là.

 En plus, sa berthe représentait pour lui une unité de mesure !

 Par exemple, pour faire le mortier, il fallait d’après lui quatre berthées de sable, ce qui correspond à soixante pelletéés, pour un sac de ciment !

 Essaies un peu de te coltiner une berthe remplie de sable, tu m’en diras des nouvelles !

 Outre la berthe et les sabots, il avait un autre accessoire Gribiche . Il avait un œil de verre !

 C’est suite à un banal accident, une écharde  s'est  fichée dans l’œil, en fendant son bois.

 Soigné immédiatement, ce n’eut sans doute pas été très grave, mais le Louis, il s’est contenté d’aller voir la Suzanne, une institutrice qui savait faire les piqûres, c’est elle qui dans le village ressemblait le plus à l’idée que l’on pouvait se faire d’une infirmière à l’époque.

 C’est la Suzanne qui m’avait fait un bandage autour du torse quand je m’étais fait casser deux côtes par notre jument Samba.

 « Je te fais un pansement en attendant, Louis,tu demanderas le médecin , hein ! »  Et il est reparti avec son pansement sur l’œil le Gribiche, mais de médecin, point !

 Et c’est ainsi, que l’infection aidant, il devint borgne.

 C’est fascinant un œil de verre, nous lui demandions quelquefois, nous, les gamins de nous le montrer.

 Il le faisait tomber dans sa main, et …" l’œil était dans la paume, qui  fixait les gamins !"

 Mais le plus impressionnant, c’était cette orbite vide, qui elle ne regardait rien !

 Il faut l’entretenir un œil de verre, c’est pourquoi, de temps en temps, il le mettait à tremper dans un bol, avec de la gnôle…

 Non non, il ne la jetait pas la gnôle !

 Quand faute de pouvoir assurer les travaux de la petite ferme, et livré à lui-même, jusqu’à ses soixante-cinq ans, âge où grâce aux cotisations de la Marie Milande, il bénéficia d’une chiche retraite, il vécut de petits travaux.

 Tailler, attacher, échalasser la vigne, arracher les betteraves, et quelques menus travaux de jardin chez les uns et les autres, qui lui valaient de bons repas, un peu de vin et son tabac.

 Personne ne manquait de lui porter de temps en temps de la soupe, une platée de pot au feu, ou une bonne ration de civet.

 Papillon non plus, son chien noir, sorte de griffon hirsute qui le suivait partout ne crevait pas de faim.

 Il ne dut pas avoir beaucoup de caresses le Papillon, mais il n’eut jamais de coups de pieds non plus.

 Peu de chiens de sa génération auraient pu en dire autant!

 Je le débarrassais régulièrement de ses tiques le brave cabot, dix ou quinze à chaque fois.

 Par un beau soir d’été, nous étions dans la rue, à bavarder, en profitant de la fraîcheur du soir.

 Vint à passer Louis, qui rentrait chez lui, légèrement titubant, il avait du avoir droit à quelques canons de bon, du frais.

- « Bonsoir Louis,il fait beau en ce moment »

 -« Hunn…Te n’en né vaire quêta neu, à la trée, quo voué pleuvre ! » 

 Effectivement, cette nuit-là, venu soudainement, un bon orage éclata vers trois heures du matin !

Avait-il un don Gribiche ?

 Il était né au village, quatre-vingt-deux ans avant d’y mourir, tranquille, sans l’avoir beaucoup quitté.

 Sauf pour effectuer son service militaire, dans l’Est.

 Il y connut peut-être l’amour, tarifé sans doute, mais l’amour quand même.

  

 A Bientôt…

 
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