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15/04/2007

Je ne sais pas son prénom...

Moi Compris Bien...!

Beaucoup de gens en parlent aujourd’hui, c’est devenu un des sujets « chauds » du moment, l’immigration.

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 J’ai vu arriver le premier au village.

 Un grand gaillard, un peu voûté, il s’est installé en face de chez nous, chez l’Anaïs, la fille de la Mariette Coco.

 Il travaillait à Châtel, chez Mallet, comme beaucoup de ses compatriotes, venus là pour faire face à la demande des entrepreneurs en bâtiment.

 A un moment, dans cette entreprise, il n’y avait qu’à peine une dizaine de français.

 Le patron, son fils, deux secrétaires, le comptable, le chauffeur, et deux ou trois chefs de chantier.

 Le reste de l’effectif, de soixante-dix à quatre-vingts personnes, était constitué par les portugais, et quelques italiens. Mon nouveau voisin était portugais.

 Nous étions à la fin des années cinquante.

 Très vite, le contact fut établi.

 Mon père fit le premier pas, habitué qu'il était,depuis son enfance à côtoyer les italiens, les polonais, les espagnols et nos compatriotes d’ Algérie, pas ceux qui s’étaient établis là-bas depuis des décennies, mais ceux d’origine, qui avaient du en partir pour ne pas y crever de faim.

 Le contact fut donc facile, et nous vîmes  de temps en temps un grand portugais assis sur le banc près de la fenêtre, les yeux écarquillés devant le poste Schneider, émerveillé par les images en noir et blanc, et riant quelques fois à des dialogues auxquels il ne comprenait que pouic !

Il était heureux, il n'était pas seul.

 Heureux aussi de se tenir à la tête de Samba, la jument pour passer la fouilleuse dans les vignes.

 Je me souviens du jour, ou tout fier, il nous montra ses trésors.

 Il ouvrit un sac de cuir, et en extirpa des fourchettes et des cuillers, elles étaient forgées à la main.

 Puis, presque religieusement, avec gravité, il sortit de son portefeuille quelques photos.

 Il y avait là une femme en noir, avec trois enfants, le tout échelonné comme les Dalton.

 Les yeux mouillés, il murmura : « C’est la Madame de moi, et lou petits… »

 Avec force gestes, et quelques bribes de phrases, « Toi tu dis quoi quelque chose, et moi compris bien… », le dialogue était possible.

 Le dialogue est toujours possible entre personnes qui qu’elles soient, et  d’où qu’elles viennent, si elles le souhaitent !

 Au bout de quelques mois, le reste de la famille est arrivé.

 Une femme toute de noir vêtue, le regard farouche, comme se méfiant de tout, et trois enfants, d’à peu près notre âge, eux aussi en noir, et aussi sauvages qu’une portée de chats nés en cachette au fond d’une grange.

 Ils furent très vite apprivoisés, et devinrent nos copains de jeux.

 Je me souviens de leur premier match de foot en notre compagnie, dans le pré à Maurice, entre le Champ d’Epitat et les Varennes, où il y avait un pylône.

 Peut-être Jacky, Michou, Daniel, Roland et d’autres s’en souviennent-ils aussi.

 Puis vint un quatrième gosse dans la famille, il porte le prénom de son parrain, Roger.

 Aucune trace de racisme ou de rejet dans mes souvenirs, je peux me tromper, mais je crois que ces gens furent bien accueillis, bien acceptés.

 Ce n’est que plus tard, alors que le village abritait plusieurs familles de ces portugais presque tous venus de la Cappina, un village du nord qu’on entendit quelques remarques sur ces portos et caraïs, qui venaient perturber l’ordre des choses, et prendre le boulot des bons français.

 « Il n’y en a que pour eux… », « Ils ne sont pas feignants, mais quand même ! ».

 Non, ils n'étaient pas feignants !

 Les vieilles baraques à demi en ruines qui leur étaient louées, plus tard vendues furent réhabilitées. Les femmes allaient travailler aux champs, pour l'arrachage des betteraves, relever les vignes, les vendanges, planter le tabac... L'intégration "économique" allait de soi, l'intégration sociale, c'est une autre affaire.

 Et c’est à partir de là aussi que je pus constater les bienfaits de cette intégration.

 Antonio devint Antoine, son frère Carlos se transforma en Charles, et Alipio me rejoignit dans la joyeuse sarabande des Alain.

 Roger resta Roger !

Les parents se forçaient à parler à leurs enfants dans un français très approximatif :

 "Rouji, rentre lou cordihon, y plout"  et Roger rentra, avec l'accordéon tout neuf que lui avait offert son parrain !

 Ils privèrent ainsi  les plus jeunes de la chance d’être facilement bilingues.

 Quel gâchis, pourquoi ne pourrait-on pas conserver sa propre culture lorsqu’on vit dans un autre pays ?

 Sous la pression d’une xénophobie naissante, ces nouveaux arrivants firent en quelque sorte le sacrifice de détacher des enfants de leurs propres racines pour qu’ils se noient dans la masse, pour qu’ils soient « intégrés », et invisibles.

 Dommage.

Un jour, le père Almeida disparut, nul ne sut vraiment ce qu'il est devenu.

 Cet homme simple était bon et courageux.

On le dit reparti au Portugal, quelque part dans la région parisienne, ou mort...

Je n'ai jamais osé le demander à mon copain Antoine, Antonio...Tonio quoi ! Le frère de Roger.

 A Bientôt…

 

11/02/2007

La Vie en Noir et Blanc...

Y'en a toi fait la Guerre ?

 C’est à cause des chamailleries entre les Gaulois et leurs cousins Germains qu’il quitta son Sénégal natal !

 Il vint en Champagne défendre la France, sa patrie.

 Beaucoup de ses frères d’Afrique n’eurent pas sa chance, lui il survécut.

 C’était ce qu’on appelle un « nettoyeur de tranchées »...medium_Yabon.jpg

 Avec ce sens de l’humour qui habitait nos grands stratèges, cet esprit mutin sévit encore de nos jours dans les casernes, les généraux de 14-18 envoyaient les tirailleurs sénégalais « nettoyer » les tranchées à l’arme blanche !

 Gros boulot, car on le sait, le Prussien est assez coriace en temps de guerre !

 Il s’acquitta honnêtement de sa tâche jusqu’au jour où c’est lui qui faillit être « nettoyé ».

 Fort heureusement, la baïonnette « made in germany » ne lui transperça pas les entrailles, mais seulement la cuisse…

 C’est ainsi que le Sénégalais se retrouva à Châtel-Guyon, en plein Pays Brayaud dans un magnifique hôtel, transformé en hôpital militaire.

 Après avoir abrité un Centre Régional d’Education Physique et Sportive, ce bâtiment abrite aujourd’hui une école de police.

 La guerre était finie pour lui.

 Sa blessure à la cuisse guérit assez vite, mais les gaz de combat avaient sérieusement abîmé ses poumons.

 Souvent dans la vraie vie, les destins s’entrecroisent, c’est pain béni pour les écrivains qui en font des romans !

 Le grand gaillard de Casamance se refaisait une santé en terre Brayaude, sur les rives du Sardon qui, pour important qu’il soit, n’a pas la majesté du fleuve Sénégal.

 Il se jouait, à coté de lui, et sans qu’il le sache, un drame de la vie et de l’amour. Et il était dit qu’il devrait jouer un rôle dans cette pièce du théâtre de la vie.

 Elle était dit-on très jolie, et elle aimait la vie.

 Le Capitaine volage n’eut guère de peine à la séduire.

 N’ayant pas la patience d’attendre les lois de Monsieur Neuwirth sur la contraception, elle tomba enceinte, ce qui donna un peu de courage au capitaine pour repartir ailleurs, un peu plus vite !

 La solidarité et la débrouillardise n’étaient pas de vains mots à cette époque, dans une bourgade bourgeoise à la morale stricte.

 Il fallait marier la demoiselle au plus vite !

 On arrangea donc les rencontres d’abord, le reste fut facile, car le jeune homme avait retrouvé toute sa vigueur !

 Les fiançailles furent rapides, et le mariage eut lieu, en noir et blanc.

 Vint au monde une petite fille qui, quoique prématurée selon les dates officielles, était un fort beau bébé.

 Elle avait un défaut cependant, elle était blanche !

 Michel, le soldat noir s’appelait Michel maintenant, s’entendit dire que c’était normal, car la mère était blanche ! La petite allait foncer en grandissant !

 Il affecta de le croire, puis n’en parla plus jamais.

 La petite fille blanche fut aimée autant que les trois sœurs et le frère qui suivirent, par un père noir, qui fut un père exemplaire.

 Michel, le tirailleur blessé à la guerre n’avait pas de pension comme ses camarades de métropole.

 Les « indigènes » des colonies avaient eu l’honneur de défendre leur patrie, on n’allait pas en plus les engraisser à ne rien faire, d’autant que , et tout le monde vous le dira, l’Africain est indolent, il devient volontiers paresseux si l’on y prend garde !

 Il eut droit à un prénom, Michel, et à une place d’employé à la ville.

 Il troqua la baïonnette et le coutelas pour le balai et la pelle, il les maniait tout aussi bien !

 J’avais cinq ou six ans, lorsque je le vis pour la première fois…

 J’ai eu peur, et j’ai serré plus fort la grosse pogne de mon père…

 Nous allions chez Emile, le coiffeur. Là, pendant que mon père se faisait couper les cheveux, je feuilletais  le " Miroir du Sport », en admirant les géants de la petite reine qui te grimpaient les cols avec seulement de la caféine dans le bidon, des cracks, des vrais !

 Il était là Blanchette, assis sur la pierre d'angle, en face de la petite épicerie.

 Non seulement il n’avait plus son vrai nom, mais il avait presque perdu le prénom qu’il avait gagné à la guerre !

 Blanchette, évidemment, Blanchette, ça va de soi pour un Sénégalais !

 La blessure à la cuisse, je l’ai vue, était cicatrisée depuis longtemps, mais à chaque fois qu’il s’entendait appeler Blanchette, une autre blessure, secrète celle-là devait saigner, et ne jamais se refermer...

 J’ai eu peur. Pas du noir, les enfants se foutent pas mal de la couleur de la peau, ils regardent les gens avec leurs yeux et leur cœur, directement, sans le filtre des préjugés, non, j’ai eu peur de son visage !

 Il portait les cicatrices rituelles.

 Troisième fils de la fratrie, sa mère lui avait marqué à la naissance, le visage de trois traits,  avec un tison incandescent…

 Sacrément balafré Blanchette !

 Il y a comme ça des gens qui portent des blessures toute leur vie…

   

A suivre…

13/11/2006

Le Dernier des Quatre...

Putain d' Adèle...!

  

Quelles images me reviennent de lui ?

 A la batteuse bien sûr !

 C’était le plus petit des costauds, mais c’était un vrai costaud !

 Un torse, des épaules et des bras musculeux impressionnants !

 C’est le seul que j’ai vu rivaliser avec mon père pour se charger tout seul sur l’épaule une « bauge » de cent vingt kilos de blé…

Le matin seulement, car en fin d’après-midi, la fatigue, et les nombreux canons de bon, du frais, émoussaient sérieusement ses forces au Marcel !

 Il s’appelait Marcel, mais tout le monde l’appelait Banane.

 Il y avait le pré à Banane, la maison de Banane, le jardin de Banane, et plus encore, la cave à Banane.

Il fut une référence dans le village.

 Un plus aussi, car comme il existe des plus grands, des plus gros, des plus petits et des plus riches, Banane fut sans conteste le plus feignant des habitants du village !

 Du moins après la mort de ses parents.

 Parents que j’ai connus, et enterrés tous les deux, le père d’abord, parti « du cœur », et la mère, décédée un an après, de chagrin dit-on, sans doute aggravé par une méchante tumeur, de ces tumeurs que les femmes cachaient à tout le monde à cette époque.

 Assez peu courageux du temps de ses parents, Marcel changea totalement de rythme, quand il se retrouva seul.

 Il devint de plus en plus dur de lui demander quoi que ce soit, et comme c’est à cette époque que disparut la batteuse, remplacée par la moissonneuse-batteuse, Banane put ménager ses forces…

 Il continua quelques temps à faire marcher la ferme. Mais c’est souvent que la voisine allait soigner les vaches qui le soir beuglaient la faim !

 Banane était parti en goguette, à Clermont ou ailleurs.

 Avec son pardessus trois-quarts en cuir, je n’en ai jamais vu d’aussi beau, bien habillé, il partait le samedi, et ne revenait souvent que le lundi.

 Tout jeune, déjà, il fut l’enfant gâté de ses parents, mi-fermiers, mi-cabaretiers, dont on disait qu’ils étaient riches comme Crésus.

 Riches, j’ignore, mais radins, là, oui ! J’atteste !

 C’est avec amusement que je leur tendais le plateau de la quête, le dimanche à la messe.

 Le père avait une technique particulière, il plongeait les doigts joints au milieu des piécettes, laissant croire, au bruit, qu’il donnait quelque chose.

 La mère, elle, elle donnait quelque chose, soit un bouton, soit de ces pièces percées dont on se servait pour faire des rondelles.

 Banane, hormis pour Pâques ou Noël, n’embarrassait guère les bancs de l’église.

 Il participait cependant à la tournée des caves de l’après messe, traditionnel rendez-vous des hommes du village.

 A la sortie de l’office, vers dix heures et demie, les femmes rentraient chez elles pour préparer le repas, et les hommes, par petits groupes, montaient aux caves pour boire du vin blanc, du bon, du frais !

 Banane accrochait un des wagons qui passaient obligatoirement devant chez lui, le chemin des caves passait devant « chez Banane », et participait activement à la cérémonie.

 Très vite, les vignes coururent dans la forêt, et l’ivraie n’eut guère de peine à se mêler au bon grain, dans les champs de Banane.

 Les vaches partirent chez le boucher, et les terres furent pour une part louées à d’autres paysans plus « gros », puis tout fut vendu, sauf la maison, et partagé entre lui et sa sœur, la Nénette, mariée à Aubusson.

 Il vécut ainsi longtemps, sur le pécule amassé par les parents d’abord, puis sur la vente des biens.

 Un bout de jardin aussi, mais même là, c’était trop lui en demander.

 A un point tel, que les pommes de terres de semence données par la voisine terminèrent dans la marmite, ce qui leur évita de se salir en terre !

 Quelques poules qui allaient grappiller leur pitance chez les voisins, et le seul cochon maigre de toute l’Auvergne !

 Alors qu’achetés en juin, les gorets étaient tués en Décembre à plus de cent vingt kilos, le cochon de Banane avait bien du mal à atteindre les quatre vingt kilos en mars Avril !

 Il réparait les vélos et les mobylettes, plus tard.

Puis vint la retraite.

 Ce fut sa fin !

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 Il resta claquemuré chez lui, vivant de pain et de sardines, le tout arrosé au rouge à étoiles et au Martini. Il s’installa au milieu de la pièce qui fut jadis la salle de café de ses parents.

Les voisins charitables lui amenaient de la soupe, un plat chaud...

 Il alimentait son fourneau avec des branches d’arbre entières, qu’il faisait reposer sur une chaise, devant le foyer de sa cuisinière.

 La cave, en dessous, lui servit de dépotoir et de fosse d’aisance.

 Il s’enfonça dans une déchéance qui le conduisit à la mort, à demi aveugle.

 Il fut découvert un matin dans l’amas de chiffons qui lui servait de lit.

 Mordu par les rats dirent les pompiers!

 Peut-être ces rats que j’ai vu, qui couraient dans la pièce, quand je lui amenais une bouteille de gaz quelquefois.

 Banane, un des premiers à avoir une voiture au pays, Banane, danseur de tango et de valse, Banane qui jouait très mal de l’accordéon, et qui chantait « Le Maître à bord » d’une voix de stentor, Banane, le costaud au langage imagé, qui émaillait  sa conversation de « fourbi », de « Putain d’adèle ! », de « Bordel du Diable et son train.. », Banane est mort comme un clochard…

 

Putain d’Adèle, quelle tristesse…!

 
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