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21/11/2007

Triste Fable...

La Renarde et les Corbeaux

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Tous les jours dans la nature, se joue le drame de la vie et de la mort, c’est ainsi depuis toujours, il faut que meurent des créatures pour que d’autres naissent, vivent, et meurent à leur tour.

 Manger et être mangé, telle est la loi !

 Un équilibre fragile s’est ainsi institué dans le monde vivant, entre animaux fourrage qui se multiplient aussi vite qu’ils sont dévorés, et les prédateurs, qui sont au sommet de la chaîne, et seront aussi dévorés par d’autres bestioles après leur mort.

 Tout allait bien jusqu’au jour où…

 L’homme est venu qui bouleversa ce bel équilibre. Ce ne fut pas Marcel le premier homme qui fut l’initiateur du désastre, lui se contentait de se nourrir des pommes tombées du grand chêne où vivait le serpent, et où il faisait de longues siestes coquines avec Gisèle, le deuxième homme, sa femme.

 Ce sont quelques uns de ses fils qui eurent envie de viande, et qui commencèrent à chasser, ils se prirent d’abord pour des lions, mais très vite ils devinrent des chacals, des corbeaux…

 La mort d’un être vivant est toujours tragique, quand elle survient avant la fin programmée d’une vie bien remplie. Mais la mort d’un être, fut-il un animal, a quelque chose d’obscène quand elle est inutile !

 La mort inutile de madame Goupil, qui, sur son arbre perché, de ses yeux morts regarde Olga lui rendre hommage, est de celles-là, une mort qui n’est utile à personne.medium_Adieu_Goupil.jpg

 Ce cadavre qui très vite va devenir charogne fut pourtant plein de vie. Olga ne comprend pas, que fait la belle renarde accrochée, pantelante, dans ce buisson d’aubépine ?

 Plusieurs fois elle a croisé sa route, quand parfois, au lever du jour nous passions par là, madame Goupil rentrait de ses expéditions nocturnes, et regagnait son refuge, au milieu des broussailles. Surprise par notre présence, elle s’arrêtait net, puis filait à toute allure. Jamais Olga n’a pu rattraper cet éclair roux dont l’odeur l’affolait pendant plusieurs minutes.

 Ces matins-là, j’étais un peu plus heureux que les autres jours, heureux de vivre dans une nature pleine de trésors vivants.

 L’homme est venu...

 Ce jour-là, la renarde aurait du rester au fond de son trou, ce n’est pas un paisible promeneur et sa chienne qui arpentaient le sentier, la mort était au rendez-vous. Les chasseurs se livraient à leur « sport », madame Goupil le paya de sa vie.

 Tragique et inutile sa mort ! En d’autre temps, on lui aurait pris sa peau, pour orner le col et les manches d’un manteau moche et mal coupé. Pas très glorieux, mais du moins cela aurait fourni un mobile au meurtre.

 Même pas, elle est morte pour le seul plaisir d’un assassin du dimanche, une vie stoppée pour un instant d’émotion, pour rien.

 Il n’est même pas sûr que le valeureux Nemrod ait éjaculé en tirant son coup !

    

 A Bientôt…

31/08/2007

Bientôt l'heure,

Il va falloir y aller !

Que dire encore de cette première année d’école ?

 Ce fut pour moi un bouleversement total dans mes habitudes.

 Il me fallut soudain vivre au rythme de cette inactivité nouvelle.

 J’ai bien dit inactivité, car comme je vous l’ai expliqué, ce fut pour moi une année scolairement blanche, puisque l’instituteur avait décidé de me faire rattraper mon avance.

 Se lever, renifler un peu, pas trop quand même, le gant de toilette mouillé qui sentait le savon de Marseille, boire le grand bol de lait déjà sucré par la maman, après y avoir rajouté un sucre ou deux,on n’est jamais trop prudent,s’habiller, prendre le cartable dans lequel s’était glissé un solide casse-croûte à la mesure des privations qu’avaient connues nos parents quelques années auparavant, mais pour important qu’il soit le casse-croûte, il n’était pas toujours à la mesure de mon appétit !

 Lorsque je repense parfois à ma gloutonnerie, à peine calmée aujourd’hui d’ailleurs, je remercie la providence de m’avoir fait naître juste à la fin de la guerre, et non pas au début, je n'aurais pas survécu !

 Mon frère était déjà au milieu de la cour quand j’enfilais mes galoches.

 Neuf heures moins le quart, c’était largement suffisant pour faire les cinq minutes de trajet jusqu’à neuf heures.

 Je savais lire, je vous l’ai dit, je connaissais l’heure aussi.medium_Jaz.jpg

 Ma mère m’avait expliqué tout ça devant le gros réveil Jaz qui trônait sur le buffet bancal.

 En route donc pour l’école.

 C’était un peu pour moi « Adieu veaux, vaches, poules et cochon », qui, avant cette servitude nouvelle étaient souvent mes compagnons de jeu.

 Il y avait peu d’enfants à l’époque, et j’étais séparé de mon unique conscrite par un village entier et tellement grand pour mon âge, que je ne la connaissais même pas, ou à peine.

 Elle habitait à « La Barrière », et moi «Au Quartier », c’est vous dire !

 Pour la petite histoire, nous habitions dans une maison qui appartenait à la Jeanne, sa grand’mère  à la petite Claire.

 Alors, avant que mes cinq ans ne me condamnent à l’école forcée, n’ayant pas ou peu de compagnons de jeu de mon âge, je m’arrangeais avec ceux qui étaient à ma disposition, et il n’en manquait pas !

 Juste à coté de la maison, il y avait les vaches de Gilbert, belles et grasses à pleine peau. Dans le pré un peu plus loin, mais j’y allais quand même, il y avait celles de Banane, elles étaient, elles, maigres comme des clous, tellement habituées à crever de faim tout l’hiver, qu’elles n’osaient pas grossir, même lâchées dans un pré où l’herbe tendre leur montait jusqu’au ventre !

 Les vaches avaient des veaux, c’était dans leur nature à ces bêtes. Les veaux, c’est un peu des gosses, en plus gentil.

 J’allais souvent tenir compagnie à celui qui était attaché au fond de l’écurie, et qui pleurait son désespoir toute la journée, pendant que sa mère était partie au pré pour se gonfler la panse et les mamelles.

 J’allais aussi voir les lapins de « Porchinou » ,contrairement aux notres, qui vivaient dans des petites cages grillagées où ils faisaient du lard, ceux-là vivaient en bande dans une écurie sombre. Je les devinais dans la pénombre, dès que j’arrivais, ils se précipitaient au fond, comme l’aurait fait un troupeau de bisons sauvages.

 Les seuls bisons que je connaissais, ils étaient dans les pages de « L’intrépide », que je feuilletais quelque fois quand il ne faisait pas beau.

 Et les poules, que je vous parle un peu des poules !

 Les poules en ce temps-là étaient comme les chats, les chiens et les pigeons, des êtres libres et indépendants. Certes, il leur fallait faire des sacrifices. Moyennant quelques nourritures et un abri pour la nuit, elles devaient offrir leurs œufs et leurs coqs en paiement du service. Sauf celles de Banane, qui ne recevant pratiquement pas de nourriture n'offraient pas grand chose en échange.

 Mais elles se débrouillaient pour échapper à leurs obligations les poules !medium_Dissidente.jpg

 Pas mal d’entre elles se trouvaient un coin isolé pour pondre, et il n’était pas rare de voir débarquer un jour la dissidente toute fière d’avoir pu mener à bien la ponte d’une quinzaine d’œufs, et la couvaison réglementaire de vingt et un jours nécessaire à la maternité chez ces volatiles !

 Elle arrivait en cot-cotant, suivi d’une douzaine ou plus de poussins aussi beaux que sur les images, que ne verrait jamais leur père, parce qu’il était passé à la cocotte le Dimanche précédent.

 Quand, dans mes explorations, je tombais par hasard sur un de ces nids clandestins, il m’arrivait de prélever ma dîme, pour prix de mon silence.

 Les œufs crus sont pleins de bonnes choses pour les enfants en bas âge !

 Mais il est plus que l’heure de partir, j’ai école aujourd’hui, il faut y aller…

    

À Bientôt…

30/08/2007

Derrière mon pupitre.

 ...Je vais découvrir le Monde !

 A lire les commentaires que vous avez laissés sur mon billet d'hier, il me semble que si je retourne à l’école aujourd’hui, ça ne déplaira à personne.

 Pour tout dire, ça ne me déplaira pas non plus.

 La rentrée des classes, c’était l’automne, avec ses couleurs et ses odeurs.

 Les platanes de la place se coloraient de roux, quelques feuilles tombaient.

 On sentait cette odeur si particulière de la terre mouillée, et les bouses que les vaches laissaient dans les rues empierrées séchaient moins vite que pendant les vacances.

 Les couleurs du ciel, plus lumineuses, mais plus douces aussi, nous disaient octobre et annonçaient les prochains frimas.

 Le soleil était encore chaud, mais il ne brûlait plus.

 Bientôt nos mamans auront froid, elles vont nous obliger à mettre le tricot de l’année dernière, le cache-nez, les grosses chaussettes tricotés par les grands mères. Et le bérêt aussi, qui nous donne cet air si intelligent !

  Et elles vont commencer à en tricoter d'autres, elles n'arrêtent pas de tricoter d'ailleurs, c'est à se demander si elles n'ont pas autre chose à faire !

 Plus tard, quand ils seront faits à la machine, les tricots s’appelleront des pulls, nous vivons une époque où tout bouge à grande allure !

 Il faut profiter des derniers beaux jours et des derniers fruits, c'est le temps des vendanges.

 Nous arrivons sur la place, les copains y sont déjà, on rit, on se chamaille, on se bouscule, les garçons surtout. Les filles restent un peu à part, les filles sont toujours à part, c’est comme ça, on n’y peut rien, nos jeux ne les intéressent pas. On s’en fiche, on a l’habitude !

 Le Père la Pipe a ouvert la porte, il a frappé dans ses mains, c’est l’heure.

 Chacun récupère son cartable, sur la croix ronde, ou sur les deux grosses pierres qui servent de banc devant l’école.medium_Crapaud.jpg C'est sous ces grosses pierres que j'avais capturé les crapauds de mon élevage. Elevage odieusement ravagé d'un grand coup de pied par ma mère, suite à la dénonciation de ma grand mère qui m'avait surpris en train de donner le bain à mes sept pensionnaires plus une grenouille rousse, dans la grande flaque de gadoue, devant chez la Mariette Coco !

 Mais ne mélangeons pas tout, nous sommes à l'école, nous ne sommes pas là pour bavarder de tout et de n'importe quoi...

medium_pupitre.2.gif On s’installe au pupitre, à la place que le maître nous a donnée au début de l’année.

 Comme tous les autres gamins, je vide mon cartable que je pose à mes pieds.

 La classe est silencieuse, à part le bruit des galoches sur le parquet disjoint.

 Moi, et d’autres le font aussi, je les quitte les galoches, comme ça je peux gigoter à mon aise sans provoquer le froncement de sourcils de l’instit.

 Peut-être en dirai-je un mot de cet homme, d’une grande culture, humaniste,qui aurait pu nous apprendre beaucoup, et qui ne l’a pas fait !

 Les plumiers sont ouverts et rangés sous le pupitre une fois vidés de leurs trésors.

 Le porte plume, la gomme, les crayons, le noir, et les douze de couleur qui ont perdu leur boite en carton depuis longtemps, le taille crayon en métal avec ses deux orifices, le grand et le petit. Pratique le taille crayon, mais avec ses inconvénients aussi.

 Certes c’était très amusant d’essayer de faire un copeau le plus long possible, mais qu’en faire après…Encore un risque de voir la tête de l’instituteur se relever, et les sourcils, au-dessus de ce regard terrifiant, quand vous portiez les copeaux à la poubelle, au pied de son bureau.medium_trousse.gif

 Les plus veinards avaient déjà une trousse, qui très vite relèguera le plumier au oubliettes, privant sans doute quelques paysans du Jura d’un complément de ressources. C'est ainsi, je vous l'ai dit, tout bouge !

 Une fois installés, le matériel déballé, nous sommes prêts, nous allons pouvoir nous instruire.

 Sur le tableau noir, qu'un grand a essuyé la veille, en soulevant un nuage de craie qui lui a blanchi visage et tablier, le maître a inscrit la date du jour, et sous cette date, d'une magnifique écriture, comme on n'en voit que sur les vieux documents, il a écrit la morale.

 Car en ce temps-là mes amis, il y avait la morale !

 Chaque matin l'écolier, du moins celui qui savait lire, pouvait graver en sa mémoire un précepte lui rappelant qu'il n'était pas seul au monde, et qu'il devait respecter certains principes de base sous peine, s'il ne les respectait pas, de se faire sérieusement botter le cul ! C'était ça la morale !

 Je vous raconterais bien une journée d' écolier, ça nous permettrait de réviser un peu, pour notre plus grand bien. Mais curieusement, durant les cinq années que j'ai passées sur mon banc en bois, je n'ai pas souvenir de beaucoup de choses.

 N'aurais-je rien appris ? Ce serait mentir que de le dire, mais le sentiment que j'ai, c'est, si j'ose dire, que je suis resté sur ma faim dans la soif d'apprendre que j'avais à cette époque ! Je ne voudrais pas avoir l'air de cracher sur un homme que malgré tout j'estime, mais notre instituteur n'a pas fait son boulot.

 Je lui en veux un peu, car il avait largement la capacité de le faire, et de le faire bien !

 Il ne faut pas que je sois injuste, s'il est vrai qu'il ne nous a pas communiqué son savoir, je dois reconnaître qu'il nous a appris à vivre ensemble, ce qui n'est déjà pas si mal.

 Je lui dois aussi ma première leçon d'écologie, une leçon que je n'ai pas oubliée. L'Amazonie est en danger nous a-t-il dit un jour, et c'est notre poumon. C'était en 52 ou 53, et on ne respire pas mieux depuis !

 Je le regardais parfois ce poumon sur la carte du monde, cet immense platras vert qui s'appelle toujours le Brésil, même s'il est de moins en moins vert...C'est grâce à lui l'instit,que j'ai su que la Terre était ronde et qu'elle appartenait à tous ceux qui marchaient dessus, hommes et bêtes.

Peut-être, après tout, n'ai-je pas perdu tout mon temps, même s'il ne nous a pas consacré suffisamment du sien !

    

 A Bientôt...

  

Avertissement :

 Toutes les images que j'ai mises sur ce billet,medium_plumier.gif  comme ce plumier, ne  proviennent pas de mes archives personnelles, je les ai glanées et copiées  sur Internet.

 Il n'empêche, j'ai usé mes culottes sur le même banc, et eu en main le même plumier ou son frère.

J'ai encore, la patine et la douceur de l'un et l'autre, gravées à jamais dans ma mémoire.

 
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