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18/06/2008

Petit, il voulait vivre...

... Il  survécut, il vit... Le voilà grand !



*** Je l'ai vu naître, et il me voit vieillir...***

 Je me suis levé très tôt ce matin. Comme beaucoup de matins, j’ai vu poindre le jour.

 Etrangement, l’eau ne faisait pas de bruit en s’écoulant dans les gouttières, les oiseaux me semblaient plus joyeux, à part  les coqs bien sûr, murés dans un silence de deuil.

 Me risquant hardiment au dehors, courbant d’avance l’échine pour affronter le mauvais temps, j’ouvris grand mes yeux. Des lueurs orangées éclairaient les nuages, bienveillants les nuages, et lointains, d’apparence inoffensive.

 Je savourai avec délices ce précieux instant de bonheur, il me faut peu de chose à mon âge pour être heureux. Il ne pleuvait plus !

 Ce matin du 18 Juin 2008, le soleil répondrait à l’appel, nous redonnant espoir et confiance dans la vie, comme il y a soixante-huit ans, un appel venu de Londres, mit du soleil dans le cœur de ceux qui refusaient la nuit, et leur redonna de l’espoir. Monsieur Charles de Gaulle, je vous remercie pour ce jour-là, qui me fera plus tard vous en pardonner d'autres...

 Je n’en dirai pas plus sur cet appel du 18 Juin, ma gratitude envers ceux qui se sont battus pour leur liberté et la nôtre, n’a pas besoin, pour se manifester, de la geste mémorielle bruyante, ni de mise en scène tapageuse, plus destinées à conforter le prestige de ceux qui défilent et commémorent, qu’à maintenir vivante la flamme du souvenir chez un peuple qui, de mémoire, n’en a guère !

 Cet hommage rendu, que me restait-il à faire ? J’aurais pu me lancer tête baissée dans une de mes diatribes au vitriol contre l’unique objet de mon ressentiment. A quoi bon, il ne m’intéresse de moins en moins, et lorsque je l’égratigne encore, cet exercice tourne plus à la corvée qu’au défoulement jubilatoire, cette revanche des petits sur les princes qui les gouvernent.

 J’ai bien laissé un billet en suspens, laissant croire qu’il y aurait une suite, des histoires de Bourbon et de palais, au Palais Bourbon…Il n’y en aura pas de suite. Nicolas et Jean-Louis ne doivent plus compter sur moi pour les sortir de la buvette de l’Assemblée Nationale, là où je les ai laissés en 2011.

 Tout comme l’amour ou la haine, la lassitude aidant, l’hostilité tourne à l’indifférence, très vite parfois…. S’ils s’y trouvent bien à la buvette, qu’ils y restent nos deux lascars, qu’ils boivent frais et à vos  nos frais pendant que nous trinquerons .

 Il me faudra  finir un jour mon chemin de croix, dans cette église d’Yssac, où finalement il s’est passé pas mal de choses pour l’enfant de chœur que je fus.

 Il me reste encore suffisamment de souvenirs pour arriver à la Station 14. Guère envie de reparler des Romains aujourd'hui, nous verrons ça un autre jour.

 J’aurais pu ce matin, revenir sur la polémique ouverte par le Responsable EDF, celui  qui défend sa boutique en disant tout le bien qu’il pense des éoliennes et des panneaux solaires.

 Ce sujet est sérieux, j’y reviendrai aussi, bien que je sache, y consacrant pas mal d’énergie depuis près de quarante ans, que ce combat du durable  catalogué comme ringard contre le technologique futuriste et vorace qui se bouffe les entrailles, hautement scientifique lui…Plus tard, Don quichotte n’est pas mort, il est là, mais las.

 Alors, quoi faire ?

 Un peu de ménage, virer quelques fichiers inutiles, un coup de CCleaner, défragmenter, baladeweber un chouïa, le journal, les infos...Hervé Novelli chez Barbier... Ouh lala, stop il fait beau !

medium_Olga.4.jpg" Viens Olga, allons chercher le pain et les journaux."

 Certains prennent le bus, le train, le métro, le scooter –Non, pas aujourd’hui, son Altesse le Prince Jean ne sera pas inquiété, il fait beau !- d’autres leur bagnole, ou volent un vélo, s’ils ne trouvent pas de Vélib' en bas de chez eux.

 Il n’y  a pas de Vélib'en bas de chez moi, pas de vélo non plus- Saurais-je encore en faire ?- alors je pars à pied, en suivant Olga. Elle renifle par terre, et j’ai la tête en l’air, c'est à ça qu'on nous reconnaît...

 Je l’ai vu naître celui-la. Naître, mais aussi presque mourir, plusieurs fois.

 Je parle de l'arbre qui pousse le long du mur, là-haut, sur le chemin.

 La première fois qu'il a vu le ciel, il n’avait qu’une tête, la hissant péniblement au-dessus d'une mer de  gazon qui poussait dru, et comme elle dépassait sa tête au bébé noyer, la tondeuse à gazon l’a ratiboisé sans pitié.

 Son premier printemps le laissa pour mort, et l’été faillit l’achever. Mais un noyer de bonne souche ne meurt pas si facilement. Ce qui ne tue pas rend plus fort, il devint plus fort !

 L’automne le vit s’enraciner et se fortifier. Et c’est bien décidé à survivre qu’il passa son premier hiver. Un an, deux ans de plus peut-être, que la tondeuse s’acharna à sa perte. Quelle pitié de voir cette chair blanche meurtrie, et la charpie des branches s'obstinant, à peine coupées, à renaître, renaître, et ne pas mourir...

 Cette année-là, la tondeuse fit le tour de l'étêté multiricidiviste et entété. Il  ne ressemblait plus à grand chose Juglans regia, dont les ancêtres venus de Perse passés en Grèce, furent comme nous introduits par les Romains, 2 à 0 !!!???...Je reprends... S’avoua-t-elle vaincue la tondeuse, eut-elle pitié ? Allez donc savoir ce qui se passe dans le cerveau d'une tondeuse. Peut-être avait-elle une lame bien née qui respecta ce jour la vie d'un jeune noyer...

 medium_Pied_du_Noyer.jpgLe noyer, tel l’hydre redressa ses têtes, trois, quatre ou cinq qui s’élevèrent en branches biscornues, aujourd’hui de belle taille, comme vous pouvez le voir, sur la photo en bandeau, et ci-contre.

 Les noix qu’il offre au promeneur sont délicieuses, je m'en régale chaque année, en croquant trois ou quatre en allant au pain, ou en revenant.

 Cette année, il n’y en aura pas. Plus cruel que les tondeuses de noble essence, le gel n’épargne rien quand il passe, pas même les arbres d'essence noble...Il est passé le gel.

 Il est fort probable qu'il perdra encore les têtes, s'il s'avise de trop s'approcher de la ligne moyenne tension sous laquelle il s'est installé. On n'aime guère les têtes qui dépasse chez le Maître des Mégawatts !

 Et si on terminait sur un clin d'oeil ?

 Les trois câbles là haut, qui alimentent en 20 Kv le transfo situé un peu plus loin, savez-vous en quoi ils sont faits ?

 C'est de l'almelec, un alliage d'aluminium et de...Je vous le donne en mille ! Oui, un alliage d'aluminium, et de Silicium(*), ce même Silicium des panneaux solaires, dont le Responsable EDF nous a dit tant de mal.

 Son entreprise en a pourtant accroché des milliers et de milliers de kilomètres de ces câbles, dans ce ciel si clair ce matin...Je le sais, car j'ai contribué pendant des années à la fabrication de  torons almélec. Qui sait si je n'ai pas vu défiler ceux-là sur la câbleuse Stolberger qui continue peut-être d'en fabriquer à Montereau (77), là où elle est installée depuis la fermeture de la Câblerie de Riom en 1996.

   

 A Bientôt...

(*)- En faible quantité, il faut le dire, l'almelec, alliage d'aluminium, de magnésium et de silicium contient environ 0,5 % de chacun de ces deux derniers éléments, mais il en contient !

 

 

 

30/05/2008

En vérité je vous le dis...

... La porte est étroite sur les chemins du Ciel...


*** J'ai connu ceux qui s'asseyaient là...***

 Et si c’était celle de Sainte Anne, la statue qui est partie avec Saint Verny, pour que cessent les courants d’air dans l’Eglise du village ?

 Si je vois Jean, quand il aura fini la grosse miche de campagne qu’il a achetée, anciennement chez Pauly, je l'ai vu sur la Montagne de ce matin, je lui demanderai, il doit savoir.

 Il n’y avait pas de dépôt de pain à cette époque, ni chez Pauly ni ailleurs. Le boulanger passait au moins trois fois par semaine, et si nous n’étions pas là, il laissait une couronne bien cuite et un pain derrière le volet.

 Il marquait le poids sur le carnet, laissé là bien en évidence. Tu pouvais vérifier, c’était juste, le chiffre du carnet correspondait pile poil au chiffre marqué à la craie au dos de la couronne ; pas la peine pour la miche, la miche c’est toujours le même poids. Ce n’était pas le dos d’ailleurs, puisque c’est de ce coté-là qu’elle était posée la couronne, sur la sole du four, pas grave, il était bon ce gros pain à la mie plus grise que blanche.

 Pas besoin de monnaie ni de Monéo pour payer le pain. Il suffisait de charger dans le tombereau les sacs de blé soigneusement pesés sur la bascule, puis de les amener chez Jeannot au moulin de Fontête en général, on buvait un canon avant de repartir. Et ça marchait tout seul, tu avais ton pain pour l'année, et du son pour mettre sur la betterave des lapins, elle était pas belle la vie !

 Le meunier faisait de la farine avec le blé, une part de cette farine servait pour le pain du paysan. Le reste servait à payer le boulanger et le meunier pour leur travail. Il est bien évident qu’un pareil système, seulement capable de faire vivre ceux qui cultivaient le blé, et ceux qui le transformaient en pain, qui ne faisait gagner d’argent ni aux banquiers ni a l’Etat n’a pas survécu longtemps quand sont venus les temps modernes.

 Il devint rapidement impossible de traduire en couronnes et en miches les quintaux de froment. Le blé, la farine et le pain s’achetèrent et se vendirent en francs, et tous, du paysan au boulanger découvrirent les charmes de la TVA, des emprunts, et des agios qu’ils payaient, quand le banquier découvraient qu’ils n’avaient plus de blé  sur leur compte, et qu’ils étaient à découvert !

 Ils commençaient à pointer le bout de leur nez les temps modernes, quand l’humidité et le froid me pénétraient jusqu’aux os le soir du Chemin de Croix.

 Il faut vous dire que j’étais un peu fiévreux, et pas mal enrhumé. Mais un bon rhume ne justifiait pas un arrêt maladie à l’époque, ni pour les ouvriers et les paysans, pas plus que pour leurs fils, enfants de chœurs compris.

 Le passage chagrin à la station I se passa à peu près bien. Ce n’est que vers la deuxième station, celle située au passage de la photo bandeau, que le chatouillement caractéristique qui précède la toux se manifesta.

 Je parvins à le réprimer jusqu’à la fin de la dizaine de « Je vous salue Marie… ».

 Je toussais donc sur les trois mètres séparant la station II de la station III.

 medium_Croix_des_Lepreux.2.jpgJe vous ai volontairement mis la photo du passage latéral entre les bancs et les piliers, pour que vous imaginiez le cortège.

 Le prêtre d'abord, un homme massif, quand on le voyait, et si on en jugeait à sa mine, pour lui le Carême, je doute qu'il le suivît jamais, devait être un vrai calvaire, puis quatre ou cinq mamies, pas tout à fait, car il y avait une vieille fille, et un petit enfant de cœur binoclard et enrhumé portant sa croix, et réprimant plus mal que bien son envie de tousser.

 Un Chemin de Croix je vous dis, un vrai !

 Cette croix, ci-contre, c'est La Croix des Lépreux...Elle marque l'emplacement de l'ancien cimetière, qui comme partout jouxtait l'église.

 A la troisième station, je n’en pouvais plus. Banane eut pu je pense accélérer dans la descente des canons, mais je crois que nous étions au maxi pour le chapelet. Une quinte incoercible me gonfla les côtes, et je toussai, toussai !

 Cloué sur place que je fus par le regard que me jeta le Curé. Cela me fit sur l’instant plus d’effet qu’une cuillérée d’eucalyptine Lebrun, le suppositoire  de la même marque eut été plus indiqué, eu égard à la gravité de mon état, mais totalement hors de question en ces lieux.

 Un regard donc, à l'effet immédiat, mais de courte durée.

 Ai-je tenu le coup jusqu’à la Station IV, celle sous laquelle s’asseyait Gilbert, le voisin de mon enfance au Quartier, peut-être, peut-être pas.

 A la suivante, ce fut encore la quinte et le regard quasi meurtrier, c’est ainsi que je me le rappelle. Il y a fort à parier que le Curé m’a seulement jeté des regards agacés, quoi de plus agaçant en effet que quelqu’un qui tousse pendant un discours, ou une prière. Mais pour qui se souvient, en ce temps-là, le prêtre, ou l’instituteur, représentait une autorité et une force capables de faire rentrer dix pieds sous terre un gamin ordinaire. J’étais un gamin ordinaire.

 Pour qui se souvient du prêtre que j’assistais ce soir là, son autorité dépassait largement le monde des enfants.

 J’ai souvenir d’un prêche où je revois l’assistance, c'est-à-dire une église pleine, courber la tête dans un bel ensemble. Cet homme était un véritable tribun. Il avait une voix forte et claire, et sa parole remplissait la nef, le chœur, et les deux chapelles.

 Pas de montée en chaire, car il n’y avait, et il n’y a toujours pas de chaire dans cette église ; y en eut-il jamais une dans le passé ? Pas besoin de chaire. Du haut des deux marches séparant la nef du Chœur, il prêchait, et c’était comme si sa voix tombait du Ciel, qu’il représentait en ce lieu.

 Comme mes trois  copains de messe, nous étions assis deux par deux de part et d’autre de l’autel, je l’écoutai...

 Etait-ce un jour d’élections, sans doute. Ces jours-là, hors les « rouges » qui votaient de bonne heure, il y en avait neuf, la plupart des Touretaires votaient après la messe. Etait-ce une habitude, où espéraient-ils du Ciel quelques lumières ?

 Je dis ça de cette manière, pour imager, il n’y a jamais eu de guerre entre ceux qui croyaient au ciel et ceux qui n’y croyaient pas à Yssac, n’empêche, les opinions étaient beaucoup plus tranchées qu’aujourd’hui, et le clivage droite- gauche était bien un peu tracé au goupillon.

 Je n’ai retenu que cette phrase, et je le revois, presque rouge, écartant les bras et paraissant immense dans l’ampleur de ses vêtements et de ses gestes :

 « Mes frères, souvenons-nous aujourd’hui que Jésus-Christ, notre Seigneur fut le premier communiste ! »

 Un silence glacé pesa sur l'assistance, un instant immense s'écoula, avant que quelqu’un ose respirer à nouveau.

 Je ne jurerais pas, mais probablement que jamais avant lui le mot communiste n'avait été prononcé dans cette église, l’a-t-il été à nouveau ? Probablement pas.

 La voûte ne s’est pas fendue ce jour-là, mais c’était juste !

 A Bientôt...

 Il nous reste pas mal de stations à faire…

28/05/2008

Son Chemin de Croix...

... Fut un peu le mien ce jour-là.



*** Quatre stations du Chemin de Croix... Eglise d'Yssac-la-Tourette ***

 C’était hier, en 1955 ou 1956, je ne saurais le dire exactement.

 Qu'il était  froid et brumeux, ce soir de Mars, ou d’Avril peut-être bien.

 Comme vous pourriez le constater sur la feuille de service des enfants de chœur d’Yssac-la-Tourette, si vous consultiez les archives de la paroisse, c'est à moi qu'échut la lourde charge d’accompagner ce soir-là, le Prêtre officiant dans une des nombreuses activités de son ministère, à savoir le Chemin de Croix.

 Je n’ai aucune information me permettant de penser que les curés gagnaient plus à cette époque qu’aujourd’hui, mais c’est sûr qu’ils avaient du boulot !

 Entre les messes, petites la semaine, un seul enfant de chœur suffisait pour les quatre à cinq dames du village, plus un homme aussi parfois qui venaient à sept heures à l’appel de la cloche, et les grandes le Dimanche, où là il fallait du renfort pour les cloches qui sonnaient toutes, et quatre enfants de choeur, car le Dimanche, l'église était pleine, les vêpres les jours de Fête, avec les bénédictions et les processions, quelques mariages, des baptêmes et des enterrements, c'était le plein emploi pour le clergé campagnard ! 

 La cloche, c’était bien le seul petit plaisir offert gratos à l’enfant de chœur volontaire d’office pour servir à l’office. Les autres petits plaisirs, comme croquer les hosties non consacrées, et de façon rarissime, deux ou trois fois dans une carrière, se taper un petit coup de vin de paille, le vin de messe des jours de grandes fêtes, ce n'était pas des plaisirs inhérents à la fonction , nous nous les offrions nous-mêmes... Je tremble rétrospectivement, en songeant que ces horribles forfaits ne furent jamais confessés. Bof, il y a prescription depuis le temps.

 Juste derrière l’autel la cloche, enfin la corde qui l’actionnait. Bien manœuvrée, tu pouvais te faire décoller du sol quand la corde remontait ! Il nous arrivait d'aller la faire sonner juste pour le fun, n'importe quand dans la journée. Ceux qui l'entendaient relevaient la tête dans leur vigne ou leur champ, il souriaient, se souvenant qu'ils l'avaient faite sonner bien avant nous ...

 Il faisait froid et humide, je vous l’ai dit. Drachait-il ? Je ne me souviens pas.

 medium_Eglise_de_la_Tourette.jpgCe dont je me souviens, c’est que l’église n’était pas chauffée, pas plus que n’existait le sas que vous voyez sur la photo.

 Avant ce  sas en contreplaqué, il n'y avait que la porte pour empêcher de geler l'eau bénite.

 Je l'ai vu construire ce sas. Celui qui l’a  fabriqué de ses mains est mort contre un poteau électrique, il était un des premiers à conduire une DS19. C'était un jour de fête au village, je me souviens encore du choc de la nouvelle, en plein bal.

 Personne ne lui en a voulu, mais il a gâché la fête. C’est lui aussi, qui avait fait le cercueil de ma grand’mère Philo. Ce cercueil qui a gravé l'horreur de la mort dans ma mémoire.

 Je revois encore mon père, l’air triste, ce qui était rare,  ramenant le cercueil de Cellule, à l'intérieur du char bâché  de Fernand, monté sur pneus s’il vous plaît le char, Samba dans les brancards.

 Curieux signe du destin, c’est avec ce même char, une sorte de roulotte, que mon père était allé à Riom récupérer sa Dédée qui venait de nous donner un petit frère.

 Je la revois ma mère, assise à l’avant, avec un gros tas de chiffons blancs dans les bras, fière comme si elle portait le Saint-Sacrement. C’est Polka, la douce jument noire de Fernand qui était à l'attelage...

 Mais il faut que j’abrège, j'écris un billet, pas un livre !

 Revenons à ce soir d’avant Pâques.

 L’air froid se faufilait à travers la porte, la même que vous voyez, et qui était déjà bien vieille quand elle faisait rebondir notre ballon, lorsque nous imitions Kopa sur la place.

 Le courant d'air maintenait éveillées les âmes vieillissantes qui se pressaient autour du Curé pour aider, comme il le fait chaque année - Rien que pour ça il faut reconnaître qu’il ne fut pas un homme ordinaire - aider Jésus-Christ à mourir sur la croix.

 J’avais manœuvré la cloche, je ne me souviens pas si j'avais réussi à décoller les pieds du sol, mais ce devait être suffisant pour  rameuter les paroissiens. Pourquoi la cloche ? Tout le monde savait à quelle heure commençait la prière et le Chemin de Croix... C'est que les montres étaient rares en 55/56.... Tiens, une petite parenthèse, faites-moi penser à la fermer, en général  j’ai du mal...

 A Yssac, et je crois que c’est encore le cas aujourd’hui, tu aurais bien pu distribuer gratuitement des horloges, des pendules ou même des Rolex, rien n'aurait pu, et ne peut faire bouger cette règle non écrite mais immuable :

 Le Touretaire arrive en retard à la messe !

 Inutile de se presser donc pour enfiler pourpoint et chasuble pour l'officiant, une aube toute simple pour son petit adjoint. Nous avions le temps, avant que n'arrivent les  fidèles.

Le Curé et moi-même, revêtions les vêtements réglementaires dans la sacristie. Encore plus froide que l’église la sacristie, et humide en plus...

 C’est parti.

 Portant la croix, la petite, pas la grosse, tellement lourde qu’il faut un baudrier pour la porter dans les enterrements de première classe, ceux pour les défunts plus chrétiens que ceux dont la famille n’avait pas les moyens de payer, et pour les processions. Il n’y avait pas besoin de payer pour les processions, il y avait donc pas mal de monde…

 Dès la sortie de la sacristie, je voyais pratiquement la photo que j’ai mise un peu plus haut. Sauf le sas bien sûr. Pour installer le sas, il a fallu mettre une, peut-être bien deux, statues de Saints en retraite anticipée.

 Deux probablement, mais Saint Verny, avec ses raisins dans la main, je suis certain…L'autre, j'ai un doute, mais il y avait un rapport avec les moissons, il me semble voir un Saint ou une Sainte avec des épis de blé...ça me reviendra.

 Il y a là les mêmes personnes que pour la messe du matin, à la même place ou presque, à croire qu’elles n’ont pas bougé. C’est loin d’être la foule, quatre ou cinq, pas plus. Vous n’êtes pas obligés de me croire, mais en écrivant ces mots, je les vois. Ces visages et ces regards éteints depuis longtemps sont bien vivants dans ma mémoire, je pourrais vous donner leurs noms...

 Le prêtre fait face à ses ouailles, et on commence la cérémonie.

 Tout d’abord, mais je ne l’affirmerai pas, on s’échauffe, sans se réchauffer avec un  «  Notre père », et une première dizaine de « Je vous salue Marie », pas trop vite au début, puis on atteint rapidement un rythme soutenu. A partir du quatrième ou cinquième, on débite les « Je vous salue… » à la même cadence que Banane descendait les canons de vin blanc, de rouge aussi du reste.

 Nous voici devant la première station, celle que vous voyez à gauche sur l’en-tête. Plus à gauche encore, il y a la statue de Sainte Philomène, ma grand’mère morte l’année dernière ou un peu plus. Il me faut me mordre les lèvres jusqu’au sang pour ne pas pleurer…

Et ce n’est pas fini, il reste treize stations…

   

A Bientôt…

 
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