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30/06/2011

Quelques nouvelles

Le phare auvergnat.jpg
Alain me demande de vous écrire.
Depuis presqu'une semaine il est en panne d'ordinateur, rien de grave, mais il est trop fatigué pour le dépanner.De plus depuis hier il est hospitalisé, à cause de sa trop grande fatigue et aux petits désagréments causés par ses traitements. Il vous remercie pour les messages d'amitié que vous lui laissez, ça le touche beaucoup et l'aide dans son combat contre cette sale maladie. Il m'a dit de vous dire qu'il a le moral, et qu'il vous fera un signe dès qu'il se sentira moins fatigué. Merci à tous.
                                                                                                                                 Laurence (l'épouse d'Alain)

20:49 Publié dans Divers | Lien permanent | Commentaires (43)

18/06/2011

Foin des cancers et de leurs traces...

... Parlons d'amour.

Pour toi.jpg

Tu es parti très loin Papa, mais c'est pour toi qu'ils voleront demain.

Ils sauront te retrouver...

***

Demain, c'est la Fête des Pères.Je ne voudrais pas gâcher ce jour sacré en faisant de la peine au mien. Imaginez qu'attiré par l'arrivée du concours de Treignac qui se déroule demain, il apprenne par le roucoulage bavard des pigeons au coin du toit que son fils est gravement malade. Je ne peux pas lui faire ça, pas ce jour-là.

Je ne peux pas, et je n'ai pas envie de parler de moi ce week-end de repos médical.

Ceux qui fréquentent Les Chroniques et prennent la peine de lire ce que j'écris depuis 2006 connaissent presque par coeur ce que je vais vous remettre en ligne encore une fois.

S'il est un seul texte que je devrais conserver sur ce blog, ce serait celui-là.

Je dis souvent que c'est quand ils sont vivants qu'il faut dire aux gens que l'on aime qu'on les aime.

Il ne faut pas que je tarde trop à le faire...

Je vous mets les liens à consulter, cliquez là-dessus :

*** Sacré Bonhomme (1)***

*** Sacré Bonhomme (2)***

C'est un beau cadeau que je vous fais aujourd'hui, prenez-en soin, il m'est précieux.

A plus tard.


17:54 Publié dans Divers | Lien permanent | Commentaires (22)

14/06/2011

O2 Mon Amour...

Il était temps que tu débarques !

Coquelicot Nouveau.jpg

Une photo offerte par mon ami Jacques de Haute-Provence...Merci Jacques.

***

Il va falloir que je lui réponde à Jacques, lui aussi est dans les problèmes de santé. Il s'est fait changer le roulement de la hanche gauche, mais les mécanos de l'hôpital de Manosque ont eu quelques difficultés à refermer correctement le couvercle. Il me dit que ça va mieux, tant mieux.

Il me faudrait répondre à plein d'autres, je promets que je le ferai peut-être. I'm very tired, Ich bin kaput, Yo seu craba ! Mais je promets, à Claire, à Céline ma gentille nièce, à Christian... Un clin d'oeil pour Christian qui dans un de ses derniers commentaires évoquait la chute de ma belle toison grise. J'avais anticipé dès la confirmation de la tumeur. Croyant naïvement être pris en charge dans les huit jours pour les traitements que je savais lourds, histoire de garder la main sur le match, je m'étais rendu chez mon Figaro local, afin qu'il procède à la Libération de mon crâne d'intellectuel campagnard, et qu'il mette presqu'à nu mon visage encore poupin malgré des ans l'irréparable outrage, et toutes les vicissitudes qui me frappent injustement. C'était il y a plus de trois semaines, le gris est revenu sur mon crâne et sur mes joues, pas seulement. Eh bien Christian, sache si tu me lis que le cocktail que m'a concocté l'équipe soignante ne fait pas tomber les cheveux !

Peu d'importance en vérité. Répondre à Héraime aussi à qui je pense presque chaque jour en parcourant du regard le profil des Hautes-Chaumes, montagnes tantôt grises, tantôt bleues selon l'humeur du ciel qui leur jette sa lumière. Il me plaît de savoir que j'ai là-bas derrière un ami qui pense à moi.

Répondre aussi à Colette, aux copains de promo Michel et Michel, de Tours et de Grenoble...A toutes celles et ceux, ils sont nombreux, qui m'ont soutenu par leur signe d'amitié, d'amour presque...A Sarah, amie lointaine dit-elle, c'est faux, amie proche de Jérusalem...Te répondre à toi aussi Hélène, qui m'envoies les musiques que j'aime, merci à toi petite soeur qui me connaît aussi bien que si tu était ma mère...A toi Betty, à toi Francoise, à toi aussi Françoise, à toi Henri, à vous André et André...A toi Laurence(el) la rousse de Montmartre qui sème à tous vents tes coups de gueule et tes coups de coeur...Vous répondre à tous plus aux autres, je ne le pourrai pas bien sûr...faîtes comme si c'était fait...A toi aussi Négus, je te répondrai, je te l'ai promis.

Seulement voilà, depuis quelques mois, prostré ratatiné, je suis en phase de procrastination intense, au-delà même. Je repousse à des surlendemains lointains ce qui aurait du être fait depuis pas mal d'avant-veilles. Je me traîne, et je laisse traîner.

Venu comme ça...

Lève-toi et marche !Lève toi et marche.jpg

***

Stop, passant arrête-toi

Un homme se meurt

Un homme se noie

De ton regard tu peux

Le sortir de l’onde

D'un peu d'amour tu peux

Le rendre à notre monde

Un peu...

***

En ayant eu il y a encore peu la mémoire, je me sens une âme d'éléphant.

Un éléphant si épuisé qu'il ne peut plus suivre le reste du troupeau. Il reste couché là, ne pouvant pas aller plus loin sur la route des points d'eau et des vastes savanes plus lointaines reverdies par les pluies, là où il faut aller pour continuer à vivre.

Il y a encore quelques temps , tout le reste de la harde était autour de lui. Tous, de la trompe ou de la patte ont essayé de le remettre debout. Puis, un à un, avec regret peut-être, ils sont repartis vers les verts pâturages. Ils ne pouvaient pas faire autrement, ils ont leur vie à vivre, c'est la loi de la nature.

Encore une tentative , et la dernière,sa compagne peut-être, qui essaie de la patte de raviver le cadavre fera comme le plus jeune, elle partira aussi.

Aujourd'hui, vous êtes tous là autour de moi. Vous aussi, de la voix et du geste, par des prières, des cierges et quelques larmes secrètes pour d'autres, vous essayez de me remettre en marche...Vous aussi, un à une vous repartirez vivre votre vie à vous. C'est normal, et je vous demande de le faire, partez dès maintenant si vous le voulez. Vous m'avez déja beaucoup apporté, beaucoup aidé,vous ne me devez rien.

Vous qui chaque matin vous réveillez avec l'éternité devant vous, profitez à fond de votre vie tant que vous êtes éternels. Profitez de la vie avant qu'elle se raccourcisse d'un coup devant un médecin tenant votre scanner en main.

Les éléphants qui tombent meurent tous. Il y a des éléphants sorciers chez les hommes. Les hommes, eux, peuvent s'en sortir et se remettre debout.

Je vivrai !

Quelques nouvelles du front...

Je commence ce billet aujourd'hui dimanche à 8 heures. Je vais essayer de le terminer pour mardi matin, car mardi après-midi, c'est à la fois la fois la première grande offensive, et l'ouverture du chantier.

Je vais essayer de vous faire ça dans l'ordre chronologique, mais me connaissant, vous ne serez pas étonnés si ça part en vrac tout azimut.

Jeudi matin 10 h15.

Laurence a pu trouver une place sur l'immensité des parkings -pleins- de la zone du CHU sur laquelle est implanté le Centre Jean Perrin. Tiens, au fait, qu'avait-il fait de mal ce Monsieur Jean Perrin pour qu'on l'affuble d' un Centre anti-cancéreux, ils auraient pu lui refiler une crêche ou une école, c'est plus gai !

Bref, ayant évalué la longueur du parcours à se taper avant d'arriver à des toilettes du Centre, je décide de partir dans l'autre sens vers le grand espace de broussailles et de verdure qui borde le haut du parking.

J'ai un peu de tristesse en m'abritant derrière le fourgon de chantier qui avec ses dossiers de plans sur le siège passager n'augure rien de bon pour cet espace non goudronné. Il y a de l'extension dans l'air.

Je prends la position qui fait que l'homme se distingue du canidé et de Frédéric Lefebvre qui eux  lèvent  la patte, et les deux pieds bien plantés au sol, je mictionne avec grand soulagement, c'est toujours cent cinquante ou deux cents grammes de moins à traîner jusque là-bas. Tout est lourd quand le moteur est poussif.

La miction accomplie, Laurence et moi, nous partons bras dessus bras dessous comme des gens qui s'aiment, nous en avons le droit, nous en avons grand besoin. En avant marche ! Prenant le pas de charge d'un escargot qui pèserait cinq tonnes, je pars vers mon destin.

Long bien long le trajet, il me faut faire une halte, je me pose  " plaqua tieu ", le cul par terre ou presque, avant de finir le parcours.

Comme à chaque fois que je rentre dans un hôpital, j'y suis allé bien trop souvent ces années passées, pour mes proches et pour moi maintenant ces dernières semaines, je me sens oppressé, mal à l'aise. Pendant que Laurence remplit les formalités, je suis assis près du bureau d'accueil, et je sens arriver cette toux qui me laisse pantelant, au bord de l'asphyxie. Elle vient, je tousse, je tousse.

Un peu remis, nous allons à la salle d'attente pour la consultation avec le docteur qui s'occupera de la chimio.

Dans cette salle trop chauffée à mon goût, plus la sensation d'enfermement que je ne supporte plus, je me sens de plus en plus mal. Je tousse à faire peur aux autres patients, je tousse tant, que je suis en état de détresse respiratoire, à un point tel qu'une gentille ambulancière va très vite alerter une infirmière qui immédiatement s'occupe de moi.

On m'allonge sur un lit d'auscultation dans une petite pièce annexe, et très vite la jeune infirmière me met sous oxygène. Je sens comme un souffle de vie qui ranime mes éponges massacrées, les deux sont massacrées, ce n'est pas comme je le dis un cancer du poumon, c'est d'un cancer des poumons dont m'a fait cadeau le génie maléfique.

J'attends là, apaisé et tranquille, toussant toujours mais pas trop. le Docteur arrive enfin. C'est une jeune femme qui pourrait être ma fille . Ce n'est pas ma fille. Elle est venue me voir ma fille, elle est repartie bien tracassée, je t'aime ma grande...

Tout comme l'infirmière qui, du regard et du geste, avec un beau sourire à su me calmer et m'apaiser, mon jeune Docteur a dans les yeux et la main qui sepose sur mon bras, ce plus qu'ont les femmes de savoir presque instantanément retrouver l'instinct maternel qui leur permet de calmer l'enfant perdu dans la nuit, à la sortie d'un cauchemar.

Moi, j'y rentre dans le cauchemar, et comme bambin, je me pose un peu là ! N'empêche, le vieil enfant cassé de soixante six berges reprend confiance.

Je vous passe les détails de l'entretien d'une bonne heure, d'ailleurs il est du domaine du secret médical. Toujours est-il que je sors de la consultation avec une date pour la première chimio, ce sera mercredi avec hospitalisation le mardi pour préparer le terrain et purger la bête de tout ce qui pourrait gêner la potion magique.XBB le Suifeux.jpg

Je sors surtout avec une ordonnance pour une réserve d'oxygène, chose que je réclame en vain, trop poliment sans doute depuis au moins trois semaines. L'oxygène, ce gaz de vie abondant et gratuit qui depuis la nuit des temps crée et maintient la vie de 99% des créatures grosses ou petites de la planète, c'est tout juste s'il ne faut pas aller faire une grêve de la faim devant le ministère de XBB, Xavier Bouboule Bertrand le suifeux, pour en obtenir une bonbonne. Je vous avais dit que j'allais m'écarter du sujet. Juste un peu pour le fun, après je me remets dans les clous.

XBB le suifeux, Ministre s'il vous plaît à la fois du Travail, de l'Emploi et de la Santé. c'est de l'assemblage haut de gamme à la Sarkozy. On pourrait y voir de l'incohérence, pas du tout. Après avoir par son incompétence esquinté les conditions de travail de ceux qui en ont un, puis désespéré ceux qui n'en ont pas d'en trouver un, il les a rendu tous malades, il est donc bien le mieux placé pour très mal les soigner. Cqfd, la boucle est bouclée. Désagréable en plus ce type toujours en train de faire la leçon.

Ordonnance également pour changer le calibre des obus de corticoïdes chargés de réduire l'inflammation de mes bronches et de ma trachée jadis altière aujourd'hui écrabouillée. On passe du 75 au 408 Marine, je vous l'avais dit, c'est du lourd !

Détail qui a son importance, le labo qui fabrique les cachets de 408 Marine a eu la délicate attention de les teinter en bleu pour remonter le moral des vieux mâles épuisés.

Il est 9h21, je reprendrai plus tard...

Il est 16h30. Je me suis reposé. Deux heures de sieste sous oxygène, je me sens prêt. Je suis toujours sous oxygène.

Car enfin, de l'oxygène, j'en ai !

Du Gaz.jpgJeudi, nous sommes sortis du Centre vers 13 heures, le temps de grignoter un pied de cochon à la gelée avec des carottes rapées et deux bonnes grosses portions de Saint-Nectaire et Gaperon avec du pain de campagne - Je n'ai rien perdu de mon appetit - Laurence est partie à la pharmacie chercher tout le fourniement.

Le jeune Pharmacien, je ne serais pas surpris qu'un jour il soit contacté par Leclerc pour prendre en charge le département Pharmacie, le dynamique apothicaire a pris personnellement les choses en main, et à trois heures et demie pétantes, Abdel de l'Air Liquide est venu m'installer la citerne de vie avec en plus la bouteille portable qui me permet de replonger dehors, autrement qu'en quasi apnée dans le monde des vivants, dans le monde que j'aime.

Merci à toi Didier, merci aussi à tes majorettes qui sont aux petits soins pour leur vieux copain bien malade...Merci à vous les filles !

Vendredi 9 heures.

Forte de l'expérience de la veille, Laurence s'est garée sur le parking payant attenant au Centre. Car nous sommes encore au Centre.

Nous avons rendez-vous avec la radiothérapeute qui doit piloter le bombardement par rayons du crustacé mortel...J'espère qu'elle aura sa peau avant qu'il ait la mienne cette infâme saloperie que si je le pouvais, j'arracherais de ma poitrine moi-même !

Je suis à la fois satisfait que le jeune docteur de la veille ait précipité la manoeuvre, la radiothérapie ne devait commencer qu'une bonne semaine plus tard. Satisfait du professionnalisme de ces dames, et inquiet, car c'est signe que mon cas est grave. Elles ne me le cachent pas d'ailleurs, il faut agir très très vite. C'est ce que je dis depuis deux mois au moins, je suis d'accord avec elles !

Une jolie infirmière brune et souriante nous conduit à la salle du scanner, là où on va faire du repèrage des cibles, des zones, et des angles d'attaque par où les atteindre.

Une grande dame brune au regard doux, jeune aussi, visage grave mais pas triste nous fait un topo sur ce qu'elle compte faire.

Je suis installé torse nu sur le chariot du Scanner avec ma bouteille d'oxygène. La position, le stress, les deux peut-être, je sens venir le gargouillis à peine perceptible d'une quinte taille moyenne, elle vient, et repart.

"Nous allons faire une première acquisition  " me dit l'opératrice en chef.

Outre le medecin au visage de madone, il y a deux infirmières, la belle brune et une plus jeune, jolie aussi, l'opératrice , et encore une autre jeune femme dans la cabine de pilotage.

C'est générateur d'emplois le cancer !

....

Mardi matin 8h45.

Je reprends le billet interrompu hier vers 18h30.

... La quinte annoncée arrive sur le tapis, c'est une quinte floche qui tant je la retiens s'effiloche en soubressauts qui foutent irrémédiablement en l'air la "Première acquisition " des gentilles amazones du commando anti-cancer Jean Perrin.

Elles me retirent du tunnel, me redressent, me réconfortent, je chiale à gros bouillons, ni de peur ni de chagrin, mais de rage de me voir dans cet état minable..."Ce n'est rien Monsieur,calmez-vous, nous allons recommencer  "

Patientes comme c'est pas possible, elles me réinstallent à l'entrée du tunnel. Elles me parlent, me touchent, me sourient. Elles sont gentilles mes jeunes éléphantes.

Elles recommencent tout, reprennent leurs repères et refont leur boulot.

Je me suis calmé pendant ce temps.

" Nous allons reprendre les acquisitions Monsieur, relaxez-vous. "

Relaxez-vous !

Est-ce mon vieux copain Valy, le vieux cerisier qui le lui a soufflé ? J'ai l'impression, portée par le vent du plateau qui il y a peu me gonflait les poumons d'un air vivifiant, d'entendre une phrase que mon ami Michel a prononcée sur le chemin de notre balade.: "J'ai pu me libérer de mes angoisses par la relaxation. " m'a-t-il dit ce jour-là.

Si la relaxation peut calmer les angoisses, pourquoi ne pourrait-elle pas calmer la toux. Ce que peut faire Michel, à part voter Sarkozy, je peux le faire. Je décide donc de me relaxer.

J'ai encore cette faculté de pouvoir me sortir du réel, je l'ai souvent fait pour ne pas m'empoisonner la vie trois ou quatre jours à l'avance en pensant à de mauvais moments dont la date et l'heure m'étaient connus à l'avance. On a toujours le temps d'apprendre les mauvaises nouvelles, surtout quand on les connaît !

Relaxe. Ce paragraphe est vrai.

...Je me projette une belle image. Si je n'était pas aussi fatigué, je vous mettrais la photo, je l'ai déjà mise sur ce blog.

Une photo du plateau justement, prise un jour d'orage. Un bel arc-en-ciel enjambe la Limagne de son demi-cercle magique, il semble abriter le château qui se prélasse contre les Monts du Forez que l'on croirait pouvoir toucher de la main tant l'air lavé par la pluie les rendent proches.

Je fixe tout ça, il me semble que l'image se transforme, les lumières deviennent à la fois plus vives, mais comme étrangement douces. Ce n'est pas suffisant, il faut rajouter quelque chose. Et c'est là qu'elle s'invite.

Elle vient d'un seul coup, ses yeux noisettes sont devenus vert fluo, comme le rayon laser qui sert au repérage, et que j'ai vu danser sur sa blouse. La jolie brune s'est installée dans mon rêve. Rien d'érotique ou de malsain, rien que de la beauté pure, une image de Paradis.

Vétue d'un voile lumineux, elle est assise devant moi, elle me sourie, elle me murmure de beaux silences qui m'apaisent. Je me sens léger léger, je me sens heureux.

Si ce n'étaient les mouvements du chariot et les ronrons du zinzin qui me découpent en tranches, je pourrais tel un fakir échapper à la pesanteur, échapper à ce qui me cloue au sol et me ratatine, me bouffe et m'assassine.

Longtemps je suis resté là, j'y serais bien resté encore.

" C'est fini Monsieur, nous avons tout ce qu'il nous faut. "

Encore une petite séance de tatouage pour valider les points de visée et les repères du scanner sur lesquels il faudra se recaler à chaque séance radio (il en est prévu au moins dix dans un premier temps), et je peux me rhabiller. J'attends peinard sur une chaise en têtant par le nez ma bonbonne de O2 premier choix réglèe à deux litres par minute. J'attends.

La grande Dame brune me raccompagne jusqu'à la salle d'attente où Laurence patiente depuis pas loin d'une heure. Tout comme le ferait Olga, elle adapte presque son allure à la mienne. Elle a fait un long memo écrit dont elle expose les grandes lignes à mon épouse. Elle connaît son métier, elle sait que ce qu'elle me dirait ne ferait pas même vibrer mon neurone en ébullition.

Tripes nouées, je suis dans mon trip, je ne percute plus.

Plan de bataille, et planning prévisionnel.

Dès mardi vers 15 heures, hospitalisation préparatoire.

Mercredi 15. Bon Anniversaire ma chérie, quel beau cadeau je te fais cette année !  Ce sera la première séance de Chimio.

Jeudi 17 et Vendredi 18, deux séances de radiothérapie.

Week-end repos.

Semaine prochaine, à nouveau cinq séances radio, plus trois ensuite, selon comment je supporte tout ça.

Reprise ensuite d'au moins cinq séances de chimio à des dates non encore programmées.

Nous repartons chez nous, nous repartons dans notre refuge.

Aujourd'hui, 13h15.

Le compte à rebours s'égrène lentement. Dans à peine deux heures, une ambulance vient me chercher. A partir de cet instant, je ne m'appartiendrai plus. Je m'en remets entièrement à mon équipe d'amazones, elles ont su gagner ma confiance, je ferai tout ce qu'elles me diront de faire, je subirai tout ce qu'il faut subir, plus le reste, je suis prêt.

Ce sera long et difficile, le champ de bataille est plein d'embûches, et les aléas de chantier seront nombreux qui à coups d'imprévu viendront bousculer le planning initial.

Il ne s'agit pas de travaux neufs, il s'agit de maintenir debout un ouvrage bancal sérieusement sinistré. Les fondations sont fragiles, et les structures bien éprouvées.

La brutalité des travaux de rénovation et la chimio lourde vont créer dans ce bâtiment fragile de nouvelles fissures, des lézardes, qui sait quelques éboulements qu'il faudra réparer et colmater avant de reprendre les travaux. Dure période en perspective, il va me falloir puiser je ne sais où pour tenir, mais je tiendrai.

Je vais vous quitter, pour quelques jours sans doute, mais je reviendrai.

Il m'arrive de dire que comme tout en ce monde, la vie a un commencement, il faut qu'elle ait une fin.

Moi j'ai faim de la vie.

Qui vivra verra.

Alain.



 

 
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