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28/01/2011

Le monde va son chemin...

...Et la vie continue...

Croix des Roses.jpg

Les croix à ma manière...La Croix des Roses (Yssac-la -Tourette. 63)

***

Cette croix est recouverte de lichens. Je n'ai pas voulu la déranger, je n'ai donc pas cherché à faire apparaître une date en brossant la mousse qui l'habille et lui va à ravir. Il y en a une pourtant, une date moussue illisible, en chiffres romains....

C'est sans doute l'une des plus anciennes croix des alentours du village. Son socle est gravé sur les quatre faces d'inscriptions en latin, grossièrement gravées...Elle a subi du temps les irréparables outrages malgré tout réparés...Elle fut taillée d'une pièce dans la pierre de volvic, mais elle fut brisée, et rafistolée. Un collier de ciment masque assez mal les dix ou quinze centimètres qui lui manquent, et qu'il fallut sacrifier pour recoller les morceaux...

Malgré son grand âge et son iinfirmité, la Croix des Roses semble supporter le clocher du village que déjà vieille, elle vit sans doute construire...

Comme à chaque fois que je m'arrête un instant aux endroits qui abritèrent les secrets de mon enfance, j'ai un serrement de coeur. Dis-moi Seigneur, toi en qui je ne crois pas, qu'ont-ils fait du paradis de mon enfance ? Puniras-tu un jour ceux qui l'ont massacré ?

Aux temps heureux, cette croix qui marque une frontière de la paroisse d'Yssac avec celle  de Saint-Bonnet, cette croix protégeait le jardin de la Mère Martin. Il y avait là un puits, des pruniers de Reine Claude. Oui, je le confesse, j'en ai mangé de ces prunes gorgées de sucre au point d'en éclater, et que la Mère Martin ne ramassait pas...

Il y avait des rosiers aussi anciens que sauvages autour de cette croix...J'ai vu à son pied ou presque une perdrix y couver ses oeufs jusqu'à ce qu'une bonne douzaine de perdreaux vifs et pleins de vie profitent d'une campagne bien plus accueillante que ce que vous voyez là...A la place de l'horrible cabane à droite, il y avait un bosquet de pruniers sauvages, et tout autour, à droite comme à gauche, il y avait un camaieu de vignes, de champs de luzerne, de vergers,...Plein de choses vivantes qui pour moi étaient un véritable paradis...

Là aussi...

Croix de Magne.jpg

J'ai un serrement de coeur...La Croix de Magne...

...La Croix des Roses dont je viens de vous parler est située tout au bout du chemin, au bout du désert., un désert où seule  la croix offre un refuge à l'oiseau fatigué...Ces deux croix, elles ne sont pas trop de deux, protègeaient la paroisse d'Yssac de celle de Saint-bonnet, la soeur ennemie héréditaire en Pays Brayaud...J'ai connu dans mon enfance et ma jeunesse des anciens combattants qui participèrent à de furieuses intifadas sur cette frontière. Ne me demandez pas l'objet de ces affrontements épisodiques à coups de cailloux, je l'ignore, comme devaient l'ignorer les belligérants d'alors...Il se pourrait bien que dans quatre-vingts ou cent ans, Jacob Abdallah et Mohammed Liebowietz se marrent doucement en parlant des batailles de leurs ancêtres...

Le coeur gros...

Fermez les yeux...Vous voyez, juste à gauche de la croix, il y avait deux gros noyers. Hulotte Chat-Huant.jpg

Chaque année, ils abritaient au moins un nid de pies ou de corbeaux, et surtout, juste à la fourche, dans le trou qui ne se voyait pas du chemin, la hulotte, le chat-huant, abritait là sa petite famille. La nourriture ne manquait pas. La Plaine des Roses, territoire de Saint-Bonnet mais propriété dans sa quasi-totalité de paysans d'Yssac est sans doute un des terroirs les plus fertiles du pays brayaud...Mulots et campagnols y étaient abondants, les chats-huant n'étaient pas en peine pour nourrir leur famille.

Les noyers ont disparu, les chats-huant aussi, j'ai presque oublié leur cri...On oublie vite son cri quand l'animal a disparu... On oublie trop vite trop de choses...

Fermez les yeux toujours...A cent mêtres à peine devant vous, de part et d'autre du chemin, nous possédions deux parcelles...Le blé, les pommes de terres, de la luzerne deux années sur cinq et les betteraves pour les lapins et le cheval y étaient cultivés en alternance...J'ai presque honte de vous le dire tant ça parait ringard aujourd'hui, mais à cette époque, l'agriculture se faisait sur le principe de la rotation des cultures, on appelle ça l'assolement...Ce sont des techniques qui feraient rire aujourd'hui...Imaginer que l'on puisse faire pousser quelque chose en Limagne sans engrais chimiques, sans pesticides et sans désherbants. Impensable !...Pourquoi pas garder des semences d'une année sur l'autre pendant qu'on y est...

...Vous êtes encore dans la parcelle ? Celle de droite...Fermez les yeux toujours...Samba est attachée longe longue à la roue du tombereau, elle broute tranquillement sur la bande herbeuse qui sépare notre champ de celui d'Eugène. Oui, c'est bien de lui dont il s'agit, Eugène, mort quelques jours avant ma mère, dans le même hôpital, l'étage en dessous...

...Cette année-là, le champ était planté en pommes de terres... Samba relève la tête, on entend des cris...Elle arrive, elle passe juste devant cette croix. N'ouvrez surtout pas les yeux, regardez bien, c'est elle !

*** La Vache à Maurice, et autres souvenirs...***

Ainsi était ma campagne, il y a bien longtemps...


A plus tard...

***

PS: Pour ceux qui ont pris la peine d'activer le lien ci-dessus, voire d'activer le lien dans le lien qui leur fera découvrir l'histoire de la vache à Maurice, je dois leur faire part d'une mauvaise nouvelle.

Sur la note, vous voyez une photo de Mââme Chiffon qui couve...Dernièrement, je vous ai mis la même photo ou presque,  puisque le nid cette année a été construit pile poil au même endroit que l'année dernière, photo prise bien plus tôt, le cerisier à fleurs n'a en janvier ni fleurs ni feuilles...Trop à la vue des prédateurs en maraude, le nid a été visité...Les Chiffons l'ont abandonné...La bonne nouvelle, c'est qu'ils vont bien tous les deux...Ils reconduiront une couvée à la belle saison, la vie continue...

15:09 Publié dans Divers | Lien permanent | Commentaires (6)

Commentaires

J'aime bien tes photos avec ses vieilles croix que l'on trouvent au bord des chemins.....
Bonne soirée
Anita.

Écrit par : anita | 28/01/2011

Bonsoir frangin,

J'ai bien fermé les yeux pour m'imaginer" l'avant "de tes photos, mais les ai bien vite ouverts pour regarder tes vieilles croix et lire tes sentiments...cachés à l'égard de ce paysage. Il est toujours le préféré, le chemin de notre enfance, au temps où un rien d'insolite nous ravissait, on se croyait dans un monde sans limites, le champ de luzerne et les arbres couverts de fruits étaient notre univers...

On jouait avec des bricoles, des plantes , des fleurs sauvages, les garçons construisaient des cabanes dans les arbres où ils se croyaient des Robinsons...

Fini pour beaucoup de gamins ce genre de distraction, on préfère l'ordi, la télé , ne disons rien, ils suivent l'époque et imitent leurs aînés....

Il faudrait chanter comme PIAF..."non je ne regrette rien"...et pourtant....nostalgie quand tu nous envahie.....

Il se trouve que née en ville, je passais mes vacances enfantines à PUILBOREAU, chez des cousins, en pleine campagne...voila pourquoi
j'en parle....


Merci pour cette promenade sereine, mais où sont passé les roses??????

Bises et un cuicui d'encouragement pour ta couvée.

hélène

Écrit par : hélène | 28/01/2011

Bonjour Alain

Il n'y a pas loin entre ton chapelet de croix et un bouquet de roses, enfant de la campagne qui a connu les choses simples, les jeux en liberté, les genoux écorchés et les joues rouges d'avoir couru ou les pieds gelés d'avoir cherché la truite sous les pierres du ruisseau.

La campagne a tellement changé en 50 ans qu'elle en a été défigurée.

N'as tu pas été "réquisitionné" par le village pour aller le jeudi avec l'école dans les champs de patate récolter les doryphores, une boite à la main, ingrate corvée surveillée par Monsieur l'instituteur quand ce n'était pas le curé.

Et pour nous venger de l'affront, qui n'a pas laché en classe un couple d'hanneton depuis le dernier rang, malgré la menace des 100 lignes à faire pour le lendemain, signées des parents.

Mais nos petits fils, ceux qui ont le canapé comme animal favori, vanteront quand ils seront à la veille de le troquer contre le fauteuil roulant, l'ivresse des parties de War Games avec le voisin d'en face et du match sur la Wi avec la bande du quartier.

Amitiés du grillon
***
Non, je suis né deux mois et quatre jours avant le 8 Mai 45, je n'ai pas eu droit aux corvées anti-doryphores...
Peut-on dire qu'à mon époque les effets du plan Marshall me dispensèrent de la corvée, il se peut.
Après nous avoir fait cadeau de l'envahissant doryphore, les Etats-Unis mirent à notre disposition la puissance de leur industrie chimique et pétrolière, c'est la même chose, et donc, à l'heure où je fus en âge de m'étonner de la formidable "poissitude" des larves rouges du doryphore qui bouffaient la future récolte de patates, le Gésarol, et d'autres mixtures chimiques made in Usa, combattaient l'envahisseur rayé bien plus efficacement qu'un gamin réquisitionné et sa boîte de conserves...
Salut à toi Grillon...Je ne sais comment te rendre hommage pour ton billet sur Marie des Abeilles, il me semble qu'un commentaire raplapla simple signe de mon passage n'est pas suffisant...Il me faut trouver quelque chose de plus profond, une sorte de bouquet en hommage à ces gens si pauvres et si fiers - j'en ai connu - qu'ils n'hésitèrent pas à en mourir...Tu m'as remué.
Salut Christian...

Écrit par : Christian | 29/01/2011

Je viens de lire plusieurs de tes textes écrits pendant mon absence....
Quand tu parles de ton village, j'adore tes écrits et je pense que tu devrais écrire un livre sur ton village et tes souvenirs d'enfance....Ce bouquin intéresserait sûrement les Touretaires et beaucoup d'autres lecteurs...
En fermant les yeux, J'ai revu la gentille Bernadette, Georges le gentil gouailleur, Eugène sans Samba, Maurice sans sa vache et beaucoup d'autres personnes.Bisous
***
Il se pourrait que Joël retrouve dans le grenier ou les débarras le cahier de cent pages où j'avais commencé à le "manuscrire" il y a plus de trente ans ce livre dont tu parles, j'en ai aussi de grands chapitres sur mon disque dur et des clefs USB...
Je suis un paresseux, je le dis et c'est vrai, ce livre, il est en moi, je le lis chaque jour ou presque, à quoi bon l'écrire...

Écrit par : Allier-née | 14/02/2011

C'est toi qui décides.Mais je pense qu'il intéresserait beaucoup de monde:Touretaires ou non....Ta réputation d'écrivain ne date pas d'hier...ni même d'avant-hier...
Paresseux, pas sûr !!!!! Garder un coin de ton jardin secret , peut-être!!!!
bonne journée
***
Je suis paresseux. Mais il y a aussi d'autres raisons. Je raconte volontiers dans mes chroniques les anecdotes "innocentes", celles qui ne montrent que le bon coté des personnages dont je raconte un bout d'histoire...Écrire un livre impliquerait que j'y rajoute d'autres personnages et leur faces sombres...Je pourrais heurter bien des familles, et je ne veux blesser personne...
Bien sûr, il me serais facile de transformer la réalité en fiction, mais vivant depuis longtemps à visage découvert, j'ai du mal à mettre un masque sur des visages que j'ai connus...
Bisous...

Écrit par : Allier-née | 15/02/2011

J'ai bien compris et là tu as raison....J'avais eu envie d'interroger mon pére sur certaines périodes que je ne connaissais pas bien et même d'écrire....Mais là , j'ai vu que la vérité pouvait blesser beaucoup de gens et surtout leurs descendants..et j'ai dit STOP
P....d'Adèle, raconte-nous une histoire de Banane....S'il pouvait le voir, il serait si content.bizzzz

Écrit par : Allier-née | 16/02/2011

Les commentaires sont fermés.

 
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