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11/01/2010

Expulsons, expulsons...(suite2)

...On va en finir, oui ou non ?

Olga DDE.jpg

Travaux divers et d' hiver : Olga en plein boulot...Photo Laurence.

***

La phrase du jour :

On peut aimer sa mère, la Justice et Camus sans avoir à choisir l' un des trois...

Phrase extraite du futur ouvrage auto-dérisoire " Ma vie mon oeuvre ", par Crabillou  (1945-20??)

Je dédie cette phrase à Canelle la Persane (lien).

J' ai eu beaucoup de chance, ma mère m'a toujours enseigné qu'il fallait toujours faire l'effort d' être juste. Ce n'est pas facile, mais j'essaie. Elle, juste, elle l'était au-delà du raisonnable. Est-ce grâce à elle que l' étranger de Camus ressemble à mon voisin ?

Salut Michèle !

Un petit tour en Afrique...

Mais d'abord une petite parenthèse.Absurde.JPG

Rien n'est simple, et que nous soyons d'ici ou de Marseille, nous le savons. Il n'est pas que des gens qui ont des difficultés, parce qu'ils sont étrangers, à rester en France pour y vivre, il y a aussi, vous avez pu le lire dans vos journaux où l'écouter et le voir à la radio ou à la télé, il y a aussi des gens qui sont nés en France, qui y vivent, et qui ont des difficultés à renouveler leur cartes nationales d'identité, car soudain, depuis quelques temps, l'administration se montre fort tâtillonne dans la délivrance des certificats de nationalité...Sur 130 000 demandes de certificats de nationalité, l'administration en aurait rejeté 20 000 en 2008...Aux 29 000 étrangers expulsés du territoire par Besson, il faut rajouter 20 000 français "expulsés" de la nationalité française qui depuis leur naissance était la leur.

 Kafka n'est pas mort !

...Les choses étaient beaucoup moins compliquées au dix-neuvième siècle, ainsi de Pietro Paolo Savorgnan di Brazzà, que vous voyez ici photographié par l' illustre Nadar.

Ce n'est pas par hasard que j'ai choisi cet exemple pour illustrer mon billet.

Savorgnan de Brazza.jpgTous les écoliers de France, de Navarre, de Corse et des Dom-Tom, ont entendu parler de ce monsieur qui contribua à la grandeur de la France en l'aidant à agrandir son empire bien au-delà de Tombouctou.

Plutôt que de vous faire sa biographie, je vous invite à consulter la page qui lui est consacrée sur Wikipédia.

*** Un Rital bien de chez nous... ***

Peut-on reprendre à propos de Savorgnan de Brazza la formule bateau qui fait florès dans les débats : " La France s'enrichit de ses immigrés..." , phrase prononcée en général quand on ne sait plus quoi dire. S' enrichit-on de l'autre ? Je ne sais pas, enfin si, je sais, pas mal de gens s'enrichissent de l' autre en lui piquant ce qu'il a !

Ce que je sais, c'est qu'il aura enrichi notre histoire coloniale de pas mal de pages Pietro Paolo.

Que la France se soit enrichie, si on considère que la  fortune des grandes sociétés minières, forestières, de transport, de négoce et autres qui se sont constituées pendant la colonisation, et qui continuent de prospérer aujourd'hui, participent à la richesse de la France, oui, Savorgnan de Brazza nous aura enrichis.  Pas tous, mais merci quand même !

Il n'y a que l'Histoire pour faire d'aussi beaux pieds de nez...Imaginons que ce fut un ministre Besson qui jadis eut à traiter du dossier de naturalisation de ce migrant italien, il se pourrait bien qu'aujourd'hui le flux migratoire venu d' Afrique se révélât bien moindre que de nos jours, et ne justifie en rien qu'on y consacre un ministère...

Un Italien naturalisé Français qui sans le vouloir probablement a contribué aux phénomènes d' immigration et aux expulsions qui en découlent, ça méritait bien un petit hommage, voilà qui est fait.

 Un petit regret, je n'ai trouvé nulle trace d'un quelconque cousinage entre les nobles familles Di Brazzà et De Nagy-Bocsa. Peut-être qu'en cherchant mieux, mais ce n'est pas le sujet.

Si vous avez lu entièrement sa biographie, vous avez pu vous rendre compte de quelle manière la France et les autres puissances coloniales ont apporté à l' Afrique, mais pas seulement à l' Afrique, les "bienfaits de la colonisation" si chère à quelques députés  tel Lionnel Luca...

Si on se remémore la façon dont le colonisateur étranger s'est introduit sans autorisation sur le sol Africain, sans en maîtriser la langue et sans respecter les coutumes et les usages des pays dans lequel il s'installait comme s'il était chez lui, on se dit qu'il faudrait peut-être faire preuve aujourd'hui d'un peu plus d'esprit d'hospitalité envers les Africains qui viennent chez nous, d'autant que le colonisateur, il n'allait pas chez les Oualofs et les Bantous pour ramasser leurs poubelles ou faire le ménage dans leurs cases !

Je n'ai aucune envie de me lamenter dans les regrets hypocrites et la repentance, mais je dis qu'il serait temps de traiter les pays d'Afrique d'égal à égal, et non comme d'anciennes colonies que dans l'esprit de beaucoup de gens ils n'ont jamais cessé d'être. La première des choses à faire, ce serait d' honorer les promesses d'aides qui sont faites à chaque conférence internationale, et qui pour la plupart ces aides, ne sont jamais honorées à plus de 30% de ce qui a été promis. La France est à cet égard un très mauvais payeur.

Des aides oui, mais des aides au développement qui profitent réellement aux populations, pas des aides consacrées à la construction de palais et à l'achat de grosses berlines pour des dirigeants corrompus, ou des aides qui reviennent aux donneurs, sous forme de contrats d'armements destinés à renforcer le pouvoir oppresseur. A noter que les aides consacrées aux palais et aux grosses berlines aussi elles reviennent aux donateurs, puisque ce sont des sociétés occidentales qui construisent et les palais, et les berlines...

2007-07Sarko-Bongo.jpgBref, il faut mettre en oeuvre cette fameuse rupture avec la Francafrique de la France d'avant, celle qui permit à des Bongo N'Guesso and Co, à leurs familles et à leurs clans d'amasser des fortunes. Ce n'est pas en bloquant chez nous les informations judiciaires concernant les "biens illégaux" de ces messieurs les "grands amis de la France" et en remplaçant la Francafrique par le Sarkocirque que la tendance sera inversée...Les flux migratoires non plus !

Evidemment, il faudrait aussi mettre un peu plus d'égalité dans les échanges commerciaux avec ces pays, mais il nous faudrait apprendre à ,payer le juste prix de tout ce que nous importons d'Afrique. Il nous faudra pour cela faire de gros efforts, payer normalement les  Africains, nous n'y sommes guère habitués...

Bien, je vois que ce n'est pas encore aujourd'hui que je vais clore le billet, revenez demain si vous le voulez bien.

A plus tard...

17:08 Publié dans Divers | Lien permanent | Commentaires (10)

Commentaires

P......g ,qu'est ce qui t'a pris de passer la dernière photo.!!!
t'as vu comme il est grand d'un coup ,le petit.
Il va se faire réelire avec tes conneries.
Salut l'artiste
***
Pas de ma faute René, Omar Bongo était un des rares grands hommes un peu plus petit que Nicolas.
Une précision, sur la photo, Bongo est assis, et Nicolas est debout...
Es-tu allé aux champignons ces jours-ci ?
Bises aux filles...

Écrit par : heraime | 11/01/2010

Rien à voir, mais j'ai oublié de te dire que j'ai aprfois ouvert les bals dans les bras de mon père sur des airs de verchuren.
***
Je savais que tu étais une véritable mélomane !
Bisou...

Écrit par : betty | 11/01/2010

Re bonsoir Alain,

Le choix ne se pose pas pour moi:j'aime ma mère ( elle le mérite..comme tu aimais -et aimes encore- la tienne),la Justice ( je l'ai servie) et Camus,l'homme du "doute",(avec une" certitude" cependant,sa foi en l'Homme) ,l'humaniste,l'Exemple pour moi.

L'heure n'est pas à la repentance , plutôt à l'interrogation et à l'action.Il existe des moyens pour apporter le soutien:je veux pas te paraphraser mais tu as bien analysé la question:détournement des sommes versées, engagements verbaux non tenus.Aider ce n'est pas seulement financer, c'est aussi "apprendre" la mise en valeur de richesses naturelles ou autres..Attention, ne pas confondre avec une néo colonisation, rien à voir.

Je ne sais si tu me suis.

Mais " en gros" je pense comme toi.

Bises toulousaines

Betty

Écrit par : betty | 11/01/2010

Nous n'avons plus notre place en Afrique, puisque les Chinois y sont installés désormais.
Pourquoi au fait ?
http://www.youtube.com/watch?v=M1_4hewWpEA
***
C'est une très bonne question Marc, je te remercie de me l'avoir posée...Mais pourquoi n'y réponds-tu pas toi-même, fais-moi parvenir ton texte, je me ferais un devoir et un plaisir de le publier en ton nom dans la rubrique "Le coin du visiteur", une rubrique faite précisément pour donner la parole à celles et ceux qui ont à dire quelque chose de différent, voire totalement contraire à ce que je dis, elle n'est pas très garnie la pauvre rubrique...A vos plumes !
Il m'est difficile d'exprimer dans un même billet mes sentiments et mes convictions, et les sentiments et convictions de ceux qui pensent que je me plante grave sur le sujet... A vous de jouer, il n'y a pas que ma grande gueule qui soit ouverte, la porte de mon blog l'est elle aussi, et en grand !
Salut à toi l'aiguillon...Ma proposition est sérieuse !

Écrit par : mmu | 12/01/2010

Bonjour Alain

As tu mis les pieds quelques jours sur ce continent, quelque part au sud du Mahgreb ?

Amitiés du grillon
***
Non, je n'ai jamais posé le pied en Afrique.
Mais un de mes trois frères a fait plus qu'y mettre les pieds pendant quelques jours, il a vécu dix ans au Congo Belge, à Pointe-Noire et à Léopoldville plus précisément, il nous arrivait d'en parler...Plusieurs de mes copains ont fait leur service militaire au Mali et en Cote d'Ivoire, nous en avons aussi parlé.
Ce n'est pas suffisant pour porter des jugements tranchés sur l'Afrique et les Africains, j'en conviens, d' ailleurs, est-ce que j'en porte ?
Mais comme ce n'est pas vraiment de l'Afrique et des Africains dont je veux parler, mon ignorance à l'égard de ce continent n'est pas rédhibitoire à la rédaction de mon billet.
De mon point de vue, c'est le mien et je ne force personne à me suivre dans mon raisonnement, c'est en très grande partie notre comportement à leur égard et à celui de tous les peuples des colonies qui a conduit à la situation actuelle.
Les relations entre Africains avant l'arrivée des Européens chez eux relèvent de leur Histoire. Leur Histoire, c'est à eux de l'écrire, pas à nous.
Salut Christian, merci pour tes interventions.

Écrit par : Christian | 12/01/2010

Je me suis occupée de la demande de la carte d'identité de mon p'tit Loulou, hier. Il faut absolument produire un justificatif de domicile de moins de 3 mois. Comment font les SDF ? c'est la question que je me suis posée.
Pas chaud, et dire qu'il y en a qui couche dehors, c'est aussi ce que je me dis le soir en fermant mes volets.
On est plus attaché à notre confort, à nos droits, à notre travail, à nos perspectives d'avenir et des tas de choses que la France nous offre, plus qu'à la France elle même c'est pourquoi il n'est pas difficile de comprendre tous ceux, qui nont rien de tout cela et qui fuient leur pays.
Que ferions nous ? Les plus courageux sont certainement ceux qui partent.
C'est l'avis d'une petite bounhoume.
Bisesss

Écrit par : Eliane | 12/01/2010

Document
"L'Afrique est ruinée ? La Chine est preneuse"
LE MONDE | 19.05.08 | 16h00 • Mis à jour le 07.08.09 | 11h11

Le dernier acte de la mondialisation se joue loin des yeux occidentaux. Ses acteurs ? Des milliers de migrants chinois qui s'installent partout en Afrique pour construire, produire et commercer. Serge Michel et Michel Beuret, avec le photographe Paolo Woods, sont allés à leur rencontre. Nous publions des extraits du prologue de leur livre, qui paraît mardi 20 mai. La Chinafrique, Pékin à la conquête du continent noir, photographies de Paolo Woods. © Editions Grasset & Fasquelle, 2008.

"Ni hao, ni hao." Nous marchions depuis dix minutes dans cette rue de Brazzaville quand une joyeuse pelote de petits Congolais s'est arrêtée de courir après un ballon pour nous saluer. Les Blancs, en Afrique, ont l'habitude des "hello mista !", des "salut toubab !" ou des "Monsieur Monsieur !". Mais ces enfants, alignés et souriants au bord de la rue, ont enrichi le répertoire. Ils ont crié "ni hao, ni hao", bonjour en chinois, avant de reprendre leur jeu. Pour eux, tous les étrangers sont chinois.

Quelques centaines de mètres plus loin, une société chinoise était en train de construire le nouveau siège de la télévision nationale congolaise, un bâtiment de verre et de métal comme tombé du ciel dans ce quartier populaire. Et à l'entrée de la rue, cette même société érigeait une villa somptueuse pour un membre du gouvernement, sans doute en remerciement de l'attribution du chantier de la télévision. En ville, d'autres compagnies chinoises mettaient la dernière main au nouveau ministère des affaires étrangères et de la francophonie et bouchaient les trous d'obus dans les bâtiments touchés par la guerre civile.

A 2 250 km au nord-ouest de là, dans la banlieue de Lagos, au Nigeria, l'usine Newbisco passait pour une malédiction. Fondée par un Britannique avant l'indépendance de 1960, cette unité de production de biscuits secs a changé souvent de mains, aucun propriétaire n'étant capable de la tenir à flot dans un pays où les exportations pétrolières et la corruption étouffent toute autre activité économique. En 2000, son avant-dernier patron, un Indien, a revendu Newbisco en état de ruine à l'homme d'affaires chinois Y. T. Chu. Lorsque nous sommes entrés dans l'usine, un matin d'avril 2007, une odeur de farine et de sucre flottait dans l'air. Les tapis roulants charriaient chaque heure plus de trois tonnes de petits biscuits aussitôt emballés par des dizaines d'ouvrières. "Nous couvrons à peine 1 % des besoins du marché nigérian", a dit Y. T. Chu en souriant. Les reporters rentrent souvent d'Afrique avec des histoires dramatiques d'enfants affamés, de conflits ethniques et de violences incompréhensibles. Nous avons bien sûr été témoins de tout cela lors de nos reportages en Afrique ces dernières années, mais, cette fois, au moment de commencer la rédaction de ce livre, ce sont les images d'une Afrique nouvelle qui nous passent devant les yeux : les enfants de Brazzaville qui saluent en chinois, l'usine de biscuits de Lagos ou encore l'autoroute construite au Soudan, que nous avons empruntée à l'été 2007.

Nous roulions depuis deux heures entre Khartoum et Port-Soudan lorsqu'un passage du livre de Robert Fisk nous est revenu en mémoire. En 1993, c'est dans un village à gauche de cette route que le reporter britannique avait rendez-vous avec Oussama Ben Laden, réfugié au Soudan après avoir appelé à la guerre sainte contre les Américains en Arabie saoudite. Pour remercier ses hôtes soudanais, il a expliqué à Fisk qu'il allait construire une nouvelle route de 800 km entre la capitale et le grand port. En 1996, le terroriste est obligé de fuir à nouveau, cette fois en Afghanistan, où il a développé d'autres projets que le génie civil. Qui allait terminer son chantier ? Les Chinois. Ils prévoient même de le doubler d'une voie de chemin de fer. Arrivées massivement dans le pays dès le milieu des années 1990, les entreprises chinoises y ont déjà investi 15 milliards de dollars, en particulier dans les puits de pétrole qui fournissent aujourd'hui à la Chine jusqu'à 10 % de ses importations.

Pendant plus d'un an, nous avons parcouru des milliers de kilomètres et visité quinze pays pour raconter ce que la Chine fait en Afrique. L'idée nous trottait dans la tête depuis un certain temps, mais elle s'est imposée lors d'une rencontre impromptue avec Lansana Conté, le président de Guinée, à la fin octobre 2006. Cela faisait une dizaine d'années qu'il n'avait pas parlé à la presse étrangère. Pourquoi accepter de nous voir, ce jour-là, dans son village natal, à trois heures de la capitale, Conakry ? Peut-être le besoin de prouver qu'il était encore vif, alors qu'on le disait à l'agonie et que le pays se laissait gagner par le chaos. De fait, la discussion fut assez sombre, malgré le décor ravissant de sa grosse villa donnant sur son lac privé. Le président a traité la plupart de ses ministres de "voleurs" et fustigé les Blancs "qui n'ont jamais cessé de se comporter en colons". Il a fait l'éloge d'une Guinée agricole et a paru accablé par la découverte off-shore de gisements pétroliers qui, à son avis, feront de la Guinée un pays plus corrompu encore.

Une seule fois, le visage présidentiel s'est éclairé : lorsque la discussion a glissé sur les Chinois. "Les Chinois sont incomparables ! s'est exclamé le vieux général. Au moins, ils travaillent ! Ils vivent avec nous dans la boue. Il y en a qui cultivent, comme moi. Je leur ai confié une terre fatiguée, vous devriez voir ce qu'ils en ont fait !"

La présence de Chinois en Afrique n'est plus une surprise. Ces quatre ou cinq dernières années, nous les avions vus progresser un peu partout lors de nos reportages en Angola, au Sénégal, en Côte d'Ivoire ou au Sierra Leone. Mais le phénomène a changé d'échelle. Tout se passe comme s'ils avaient d'un coup décuplé leurs efforts au point de pénétrer l'imaginaire de tout un continent, du vieux président guinéen, qui ne voyage plus que pour se faire soigner en Suisse, aux petits Congolais trop jeunes pour distinguer un Européen d'un Asiatique.
En quelques années, la Chine en Afrique est passée de sujet pointu pour spécialistes en géopolitique à un thème central dans les relations internationales et la vie quotidienne du continent. Et pourtant, chercheurs et journalistes continuent de brasser les mêmes chiffres macro-économiques : le commerce bilatéral entre les deux régions a été multiplié par cinquante entre 1980 et 2005. Il a quintuplé entre 2000 et 2006, passant de 10 à 55 milliards, et devrait atteindre 100 milliards en 2010. Il y aurait déjà 900 entreprises chinoises sur le sol africain. En 2007, la Chine aurait pris la place de la France comme second plus gros partenaire commercial de l'Afrique.

Ce sont là des chiffres officiels, qui ne prennent pas en compte les investissements de tous les migrants. D'ailleurs, combien sont-ils ? Un séminaire universitaire organisé à la fin 2006 en Afrique du Sud, où la communauté chinoise est la plus nombreuse, avance le chiffre de 750 000 pour tout le continent. Les journaux africains, eux, se laissent parfois aller à évoquer "des millions" de Chinois. Du côté chinois, l'estimation la plus haute vient du vice-président de l'Association de l'amitié des peuples chinois et africains, Huang Zequan, qui a parcouru 33 des 53 pays africains. Dans une interview au Journal du commerce chinois en 2007, il estime que 500 000 de ses compatriotes vivent en Afrique (contre 250 000 Libanais et moins de 110 000 Français).

Tout ces migrants-là, comme s'ils n'étaient qu'une armée de fourmis, n'ont pas de nom, pas de visage et restent muets. Le plus souvent, les journalistes se plaignent qu'ils refusent de parler. Et le ton des articles pour les décrire est inquiet, voire alarmiste, comme si l'arrivée d'une nouvelle puissance n'était qu'une calamité de plus pour le continent noir, aux souffrances déjà infinies.

Voyons les choses d'une autre façon. L'entrée de la Chine sur la scène africaine pourrait bien représenter, pour Pékin, son couronnement de superpuissance mondiale, capable de miracles aussi bien chez elle que sur les terres les plus ingrates de la planète. Et, pour l'Afrique, cette rencontre marque peut-être le rebondissement tant attendu depuis la décolonisation des années 1960, de son heure qui sonne enfin, du dernier espoir du président guinéen mais aussi des 900 millions d'Africains, le signal que plus rien ne sera comme avant. Passons les acteurs en revue.

Les Chinois d'abord. L'histoire, telle qu'on la raconte en Occident, veut qu'ils vivent depuis des millénaires une aventure tragique, essentiellement collective et confinée à l'intérieur de leurs immenses frontières. Un jour de décembre 1978, alors que l'empire du Milieu se remettait à peine des affres de la révolution culturelle, Deng Xiaoping leur a lancé un slogan révolutionnaire : "Enrichissez-vous". Vingt ans plus tard, c'est devenu le credo d'un milliard 300 millions de Chinois et, pour une partie d'entre eux, c'est chose faite. Pour les autres, les ruraux surtout, la vie est devenue impossible. Depuis la nuit des temps en Chine, cette catégorie-là cherche à quitter sa terre pour un monde meilleur. La diaspora chinoise, dit-on, est la plus nombreuse au monde, avec 100 millions de personnes, et la plus riche. (...) Jusqu'en 2000, Pékin tentait encore de freiner le mouvement, afin de ne pas entacher l'image du régime. Aujourd'hui, il l'encourage, en particulier pour les braves qui veulent tenter leur chance en Afrique. Dans l'esprit des dirigeants chinois, et singulièrement dans celui du président, surnommé parfois Hu Jintao l'Africain, l'immigration est même devenue une partie de la solution pour faire baisser la pression démographique, la surchauffe économique, la pollution. "Nous avons 600 rivières en Chine, 400 sont mortes de pollution, affirmait un scientifique dans Le Figaro, sous couvert de l'anonymat. On ne s'en tirera pas sans envoyer 300 millions de personnes en Afrique !"

Ils sont pour l'instant des centaines de milliers à avoir fait le grand saut.

Et c'est ainsi que s'achève, dans le plus grand silence, l'une des dernières étapes de la mondialisation et la rencontre des deux cultures les plus éloignées que la terre puisse porter. En Afrique, leur nouveau Far West, les Chinois découvrent à tâtons les grands espaces, l'exotisme, le rejet, le racisme, l'aventure individuelle - voire intérieure. Ils comprennent que le monde est plus complexe que ne le décrit le Quotidien du peuple. Ces migrants-là se retrouvent tantôt prédateurs, tantôt héros de leur propre histoire, conquistadors ou samaritains. Ils ont, bien sûr, tendance à rester entre eux, à manger comme chez eux, ils ne font pas l'effort d'apprendre les langues autochtones ni même le français ou l'anglais et affichent souvent une moue de dégoût à l'idée d'épouser les coutumes locales, sans parler d'une femme africaine !

A force de s'être enfermés derrière leurs grandes murailles durant des millénaires, les Chinois auraient perdu l'envie de s'adapter aux autres civilisations ou de cohabiter avec elles. Mais aucun ne reviendra indemne d'Afrique. Leurs voyages, leurs découvertes ébranlent désormais l'inertie de la Chine autant qu'a pu le faire, dans les années 1980, sa conversion au capitalisme. Ces Chinois-là feront naître de nouvelles idées, de nouvelles ambitions.

D'ailleurs, leur gouvernement, lui aussi, change depuis qu'il a intensifié sa présence en Afrique. Très attaché à sa devise de "non-ingérence" dans les affaires intérieures, il se rend compte progressivement qu'un soutien trop affiché à certains dictateurs peut lui causer un tort considérable. C'est ainsi que Pékin, après avoir été le plus sûr allié de Khartoum ou de Harare, tente aujourd'hui de freiner l'élan guerrier du Soudan au Darfour et n'aide plus Robert Mugabe, le dictateur zimbabwéen, qu'au compte-gouttes.

L'Afrique, ensuite. Les puissances coloniales l'ont pillée jusqu'en 1960, avant de pérenniser leurs intérêts en y soutenant ses régimes les plus brutaux. L'aide, que l'on estime à 400 milliards de dollars pour toute la période 1960-2000 (400 milliards, c'est l'équivalent du PNB de la Turquie en 2007, mais aussi des fonds que l'élite africaine aurait cachés dans les banques occidentales), n'a pas produit l'effet escompté et aurait même, selon une théorie en vogue, empiré les choses. Il n'empêche, l'Afrique n'a survécu que grâce au sentiment de culpabilité des Occidentaux, qu'elle a fini par décourager. En faisant échouer tous les programmes de développement, en restant la victime éternelle des ténèbres, des dictatures, des génocides, des guerres, des épidémies et de l'avancée des déserts, elle se montre incapable de participer un jour au festin de la mondialisation. "Depuis l'indépendance, l'Afrique travaille à sa recolonisation. Du moins, si c'était le but, elle ne s'y prendrait pas autrement", écrit Stephen Smith dans Négrologie. Avant de poursuivre avec ces mots terribles : "Seulement, même en cela, le cErreur, la Chine est preneuse. Pour alimenter sa croissance démesurée, la République populaire a un besoin vital en matières premières dont le continent regorge : le pétrole, les minerais, mais aussi le bois, le poisson et les produits agricoles. Elle n'est pas rebutée par l'absence de démocratie ni par la corruption. Ses fantassins ont l'habitude de dormir sur une natte, de ne pas manger de la viande tous les jours. Ils trouvent des opportunités là où d'autres ne voient que de l'inconfort ou du gaspillage. Ils persévèrent là où les Occidentaux ont baissé les bras pour un profit plus sûr. La Chine voit plus loin. Ses objectifs dépassent les anciens prés carrés coloniaux et déploient une vision continentale à long terme. Certains n'y voient qu'une stratégie, apprise de Sun Tsu : "Pour battre ton ennemi, il faut d'abord le soutenir pour qu'il relâche sa vigilance ; pour prendre, il faut d'abord donner." D'autres croient sincèrement aux partenariats "gagnant-gagnant", ce leitmotiv de la propagande de Pékin. De fait, la Chine ne fait pas que s'emparer des matières premières africaines. Elle écoule aussi ses produits simples et bon marché, retape les routes, les voies ferrées, les bâtiments officiels. Manque d'énergie ? Elle construit des barrages au Congo, au Soudan, en Ethiopie, et s'apprête à aider l'Egypte à relancer son programme nucléaire civil. Besoin de téléphone ? Elle équipe toute l'Afrique de réseaux sans fil et de fibres optiques. Les populations locales sont réticentes ? Elle ouvre un hôpital, un dispensaire ou un orphelinat. Le Blanc était condescendant et m'as-tu-vu ? Le Chinois reste humble et discret. Les Africains sont impressionnés. Plusieurs milliers parlent ou apprennent aujourd'hui le chinois. Beaucoup d'autres admirent leur persévérance, leur courage et leur efficacité. Et toute l'Afrique se réjouit de cette concurrence qui casse les monopoles des commerçants occidentaux, libanais et indiens. (...)

La Chine en Afrique est donc plus qu'une parabole de la mondialisation, c'est son parachèvement, un basculement des équilibres internationaux, un tremblement de terre géopolitique. S'y installe-t-elle au détriment définitif de l'Occident ? Sera-t-elle pour le continent des ténèbres la lumière providentielle ? L'aidera-t-elle à prendre enfin sa destinée en main ? Pour répondre à ces questions, nous le savions, quelques articles ne suffiraient pas. Il fallait aller sur place, sillonner l'Afrique de part en part, aller à la rencontre des Chinois et des Africains, se mettre dans la peau des uns et des autres ; il fallait écrire ce livre... Continent échoue. Plus personne n'est preneur."

Écrit par : mmu | 12/01/2010

Et sur la mort du chien de guy Bedos rien ?
Quand même, toi l'ami des " bêtes"...
http://www.youtube.com/watch?v=X4XpLei9lx8
***
Ami des bêtes oui, mais pas au point de pleurer les chiens que je ne connais pas...Si tu as la patience d'attendre mon billet du jour, tu vas en apprendre de belles sur nos gentils toutous.
Merci pour ton cadeau, Manu Chao, j'aime bien...A plus.

Écrit par : mmu | 12/01/2010

Histoire de patienter ,
http://www.youtube.com/watch?v=s-M33H--aCc&feature=rec-LGOUT-real_rev-rn-1r-2-HM

Écrit par : mmu | 12/01/2010

On se "le fait" ce paso, Alain?

Histoire de nous amuser.

Bises

betty
***
Pas ce soir Betty, je me sens un peu lourd après les filets de harengs...Mais demain je veux bien.
Par précaution, emprunte une paire de sabots à ma soeur, je ne suis pas très bon danseur...
Bisou en attendant.

Écrit par : betty | 12/01/2010

Les commentaires sont fermés.

 
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