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04/10/2009

Retour vers le passé...

...La boucle est bouclée.

MonChateau.jpg

Mon Château comme la vie, mi-ombre mi-lumière...

***

Attendrissons-nous un instant...

Comme il est fier le petit gars du premier rang !

Les Roses.jpg Droit dans sa barboteuse, un vêtement fort pratique au demeurant, puisqu'il suffisait d'ouvrir les deux boutons pressions de l'entrejambes pour en un instant acceder au sous-sol...Droit dans sa barboteuse, et fier comme on l'est à cinq ans.

Il a cinq ans le petit bonhomme, et s'il est fier c'est qu'il participe pour la première fois à une cérémonie d'importance, c'est aujourd'hui la Fête-Dieu, il va jeter les roses !

Quelques rosiers du village ont été plumés pour cette occasion. C'est bien contre leur gré qu'ils offriront au Seigneur  leurs pétales légers aux couleurs pastel et aux parfums délicats, que des mômes maladroits mais au coeur pur auront un peu  froissés avant de les jeter au ciel...

Un reposoir a été dressé sur la place du village, juste devant l'église.

 Dans un instant, accompagné des enfants de choeur,le prêtre élévera le Saint-Sacrement qui déjà brille de mille-feux, signe qu'en juin 1950 il faisait aussi beau qu'aujourd'hui.

 Les enfants jetteront les pétales de roses.

Les corbeilles  qu'ils tiennent sur leur coeur en sont pleines.

  Des corbeilles en osier décorées par leurs mamans la veille, avec quelques jolis rubans , un peu d'amour aussi peut-être, il se pourrait... 

Ils ont répété la cérémonie quelques jours avant les petits anges.  Des jeunes filles du village, Marie-Thérèse, Marie-Aimée, Gisèle aussi  sans doute qui m'a confié cette photo, des jeunes filles du village sont venues les chercher et leur ont enseigné les gestes à faire. Toutes de blanc vêtues,elles seront là, le moment venu pour cornaquer la petite troupe des enfants rangés au garde-à-vous.

Ensuite, tout le village ou presque, sauf les irréductibles "rouges", il y en avait bien peu, tous se rendront en procession vers le deuxième reposoir dressé au Quartier, devant chez Banane(1). Là, des corbeilles regarnies, s'envoleront à nouveau les roses, disant au Seigneur de tout là-haut combien ses fidèles de tout en bas l'aiment et le vénèrent.

 En procession encore, ils iront à nouveau dire leur foi devant la Croix des Montels, puis en procession toujours, redescendront  sur la place...C'était une bien belle fête que cette fête de la Fête-Dieu...

*** La Fête-Dieu ***

Bien loin de tout ça le petit bonhomme. Lui son souci, c'était de bien faire ce que les grandes jeunes filles lui avaient demandé.  Sans vouloir lui jeter des fleurs, je crois me souvenir qu'il s'était fort bien acquitté de sa tâche...

Revenons un instant à la veille de ce grand jour...

Comme dans toute manifestation publique, religieuse ou pas, chacun était exposé aux regards de tous les autres, il était donc important de s'y montrer à son avantage. La tenue des enfants était garante de la bonne ou mauvaise réputation de leurs familles. C'est pourquoi ces jours-là ils étaient lavés et récurés comme personne, super propres, habillés de neuf si possible.

Coiffés impec évidemment, ça va de soi. Or, si vous regardez attentivement le loupiot du premier rang, vous remarquerez comme qui dirait une fantaisie dans la coiffure...Mais qu'a-t-il bien pu se passer un samedi de juin 1950, veille du jour de la Fête-Dieu ?

Partie de la petite maison du Quartier, ayant confié le petit dernier âgé d'à peine un an à la garde de la Philomène sa mère, la Dédée emmène les enfants à Châtel-Guyon, chez Emile, le coiffeur. En prenant le chemin des Maillots, puis en remontant par le Chemin des Larrons le long du Pré-Lièvre, il n'y a guère qu'un peu moins de trois kilomètres, c'est largement à la portée d'un gosse de sept ans et de son frère de cinq...Sans doute , comme à l'habitude, l'aîné est-il parti en tête, et le second, comme il le fait encore aujourd'hui, s'est attardé en chemin, attiré par quelque bestiole courant dans l'herbe, rêvant à on ne sait quoi en suivant mal de son regard de futur petit binoclard le vol d'un papillon, d'un oiseau ou de rien, la lueur d'une chimère... Tant bien que mal, tout ce petit monde est arrivé chez Emile qui à coups de ciseaux et de tondeuse redonna du lustre aux tignasses indisciplinées. Un bon coup d'eau de Cologne, les voilà prêts pour demain les Jacques-Alain(2)

Ont-ils croisé Blanchette(3) sur leur trajet ? Sans doute, mais c'est une autre histoire...

De retour, notre jeune ami, allez donc savoir si ce n'était pas un profond désir de devenir coiffeur un jour qui le poussa, toujours est-il qu'il eut une fulgurance et voulut céans "jouer au coiffeur". Las, son frère refusa de se prêter au jeu, il décida donc de jouer au coiffeur tout seul, inaugurant sans le savoir une épreuve désormais célèbre, Le Figaro en Solitaire...

Tous vous le dirons, de Jacques Dessange à votre coiffeur de quartier, se couper seul les cheveux n'est pas une chose aisée, se les couper bien je veux dire.

Il en coupa beaucoup, mais les coupa fort mal...l'animal...Peste, c'était à prévoir, problème d'éclairage ou manque de pratique, la coupe de cheveux fut complètement ratée !

La Dédée tenta tant bien que mal de reparer l'irréparable outrage, mais c'était là une tâche insurmontable.

C'est pourquoi le petit gars de la photo n'est pas coiffé comme tout le monde...

J'avais  cinq ans donc, ce fut l'année de ma première rentrée en classe.

Parlons-en de l'école...

 Ma première année scolaire fut une année sabbatique d'ailleurs, car comme à cinq ans je savais déjà lire et compter puisque ma mère m'avait appris, je dus passer un an au fond de la classe à jouer avec des bâtonnets et de la pâte à modeler, en attendant que mes copains et copines aient rattrapé mon avance. C'est qu'en ce temps-là Monsieur, l'instituteur avait une haute idée de l'égalité républicaine, tout le monde au même niveau !...Le souvenir que j'ai de ma première année d'école, c'est le souvenir d'un profond ennui...

Voyez un peu ce que j'ai découvert ce matin dans mon journal :

***  Ecole Yssac.jpg ***

Je vous le disais hier, l'Ecole pourrait un jour être en danger. Certes, je ne pensais pas aux bâtiments, mais eux aussi sont menacés...

A se demander s'il n'existe pas autour de nous des liens invisibles et secrets qui relient entre eux les choses et les êtres, en se moquant du temps qui passe, en se moquant de nous et de ce que nous ne voyons pas...

Cette école qui menace ruine, encore que je demande à voir, cette école fut rachetée par la commune à la fin des années cinquante. Auparavant, c'était une ferme, la ferme de la Tante Leyrit, une mienne grand tante coté maternel. Cette ferme fut bâtie par mon arrière-grand oncle Marien, il y a bien longtemps...

Amusant, demain, chassés de leur école, les gamins vont réintégrer l'ancienne, celle où je suis allé l'année de mes cinq ans.

Il me plaît de penser qu'un jeune garnement binoclard et rêveur comme je le fus, pourrait à soixante ans d'écart, assis à la place que j'occupais,  poursuivre les rêves que j'y ai commencés...Puisse le sort faire qu'il les finissent. Je faisais des rêves magnifiques en ce temps-là.

***

(1)- Banane. C'est le surnom d'un homme dont j'ai conté l'histoire dans mes chroniques, en voici le lien :

 *** Putain d'Adèle ! *** 

(2)- Les Jacques-Alain. C'est ainsi que nous désignaient les gens du Quartier, les Jacques-Alain, nous étions inséparables mon frère et moi...

(3)- Blanchette. C'était si j'ose dire, et avec infiniment de respect pour cet homme, un personnage haut en couleur. J'ai aussi raconté un petit bout de son histoire...Le lien :

 *** Respect Monsieur Blanchette... ***

Oui, bien des choses sont liées et notre vaste monde n'est pas si grand...Notre vie est un roman, il suffirait de l'écrire...

A plus tard...

 

 

  

Commentaires

Bien que tu sois mon ainé cher Crabillou je vois bien des choses communes entre nous ;déja la barboteuse ,on savait déja barboter à cette époque et puis les fêtes Dieu .j'en ai ramassé des corbeilles de fleurs ;en plus des roses il y avait des boutons d'or ainsi que des bleuets ;on en voit plus des bleuets depuis longtemps.Ah nostalgie du passé quand tu nous tiens.Amitiés foreziennes.
***
Je viens d'avoir un flash !
Je t'imagine en barboteuse avec un seul sabot et avec ta caquette.
C'est plus la Fête-Dieu, c'est Carnaval...
Amitiés à toi, et choses aux filles !

Écrit par : heraime | 04/10/2009

souvenir, souvenir,la jolie corbeille pleine des pétales de roses du jardin,retenue autour du cou par un ruban
rose,l'odeur de l'encens que les Enfants de Coeur nous envoyaient avec ardeus en précédant le Saint Sacrement.
Fn ville celà était dans le jardin du couvent de mon école,un vrai bonheur pour nous (mais il n'y avait pas les gâteaux des Rameaux)et ces chants angéliques qui m'attendrissent encore.
Mauvaise vue je ne distingue pas les cheveux du coquin petit garçon.
Nous les filles nous avions eu droit aux papillottes en papier ,que nos ....anglaises ! soient bien serrées sans avoir recour au fer à friser
Merci cher Alain
Vos Photos sont égales en charme à celle de Laurence
Bonne soirée à vous deux
Je vous embrasse amicalement.
jeanne
***
Je vous embrasse aussi Jeanne, et vous remercie de votre gentillesse à mon égard.

Écrit par : jeanne | 04/10/2009

Juin 50, ma première année de caté se terminait. Mêmes fleurs, mêmes manifestations de dévotion dans le village -et rires quand les plus démonstratifs étaient ceux dont les frasques étaient les plus sévères... bref, toute une histoire parfois ! -

Je garde aussi quelques souvenirs et le début des questionnements interminables dont un par exemple : nous les filles avions l'obligation de nous couvrir la tête. Pourquoi ? Mystère ! Mais ça n'a pas duré, heureusement.

C'est étrange de se souvenir ainsi, dans le désordre, de choses très précises.

Douce note. Bises. Monique-â

Écrit par : Monique-â | 04/10/2009

Bonsoir Alain,

Bravo, aussi doué pour les souvenirs du passé que pour les chroniques acérées. Je t'aime bien dans ce récit d'enfance et j'ai bien remarqué...avec des lunettes, ta coupe de cheveux dégradée...

Instants savoureux de ta vie de gamin à la campagne où les coutumes existaient encore. Hélène, enfant de ville n'a pas connu ces lancers de pétales...et pourtant c'était déja une rêveuse qui se contentait de regarder la course des nuages, et se faisait rappeler à l'ordre par la maitresse...

Existe-t-il encore des jetées de fleurs???non ils jouent maintenant à la play-station, plus c'est crash...plus ils s'amusent!!

Peut-être certains ont encore des rêves plus pacifiques et romantiques..
car je ne conçois pas un lendemain sans rêves....

A bientôt d'autres notes roses...tu dois en avoir en réserve....

Bisous du soir fleuris...
hélène

Écrit par : hélène | 04/10/2009

Bonjour Alain

Tu nous offres une note parfumée à l’eau de jeunesse, heureux petit bonhomme arrivé sur terre après la deuxième guerre, dans un temps où tout était à construire en même temps que l’ordre ancien allait s’effondrer. Il ne le savait pas encore en 1950, les bruits d’Indochine n’arrivant pas jusqu’au reposoir d’Issac.

Vous étiez douze bambins, comme les apôtres, l’avenir du village et la fierté du curé, un peu l’orgueil du maitre. Ta coiffure moderne se voit légèrement sur la photo. Déjà si jeune, tu manifestais une volonté de ne pas te laisser embrigader dans les standards de la mode, libre de te coiffer comme tu l’entendais.

As-tu beaucoup changé ? Certes, ta prose s’est largement améliorée depuis ton année sabbatique, mais tu poursuis en politique les mêmes lueurs, sinon les mêmes chimères.

Et je t’aime bien quand tu ne coupes pas les cheveux en quatre, quand tu pourfends l’injustice et défend le bien commun avec bon sens.

Je suis aussi comme toi dubitatif devant l’effondrement soudain d’une grange centenaire. N’y a-t-il pas tout simplement une fuite dans la toiture que le remplacement de quelques tuiles stopperait. Au nom du principe de précaution, le maire mandate un bureau d’études, qui , pour ne pas avoir d’ennui, déclare l’école en péril. Le maire s’abrite derrière ce paravent de papier pour ne pas faire de travaux et vire des employés communaux.

Continue à nous faire rêver, que tu sois bien coiffé ou pas.

Amitiés du grillon

Écrit par : christian | 05/10/2009

Que j'aime cet Alain là le vrai, celui qui regarde son enfance avec tendresse. On est loin du Sarkozyphobe et autre Carlitaphile
Loin des rancoeurs et des invectives, je sais que tu as dans le genre un fan club, tu nous montres ton vrai visage, pas celui d'un redresseur de tort patenté
Je sais que la guimauve et autres mièvreries ne sont pas tes amis, mais quand même Alain, pour cette note toute en finesse et douceur je te donne 10/10
Bonne soirée Crabillou
***
Une note de 10/10, c'est beaucoup trop, nobody is perfect.
10 c'est trop, mais d'être vu avec un oeil neuf, j'aime bien...
Il n'y en a pas cinquante des Alain-Crabillou, il n'y en a qu'un. Le garnement des années cinquante a vieilli, il s'écorche toujours les genoux...Ce sont les ronces et les cailloux qui ont changé, pas lui.
Merci pour ce gentil commentaire.

Écrit par : f.jegou | 05/10/2009

Super mignon , Alain pas encore Crabillou.....
Les Jacques-Alain , je l'ai entendue cette expression qui subsistait encore en 68.
Non, tu n'as pas changé......
La coupe de cheveux m'a bien fait rire.Quand je bossais en maternelle, un de mes loupiots s'est coupé une grosse mèche de cheveux avec des ciseaux à bouts ronds, la veille d'un mariage.Une vraie tonsure.....Mais c'était en 1972....donc pas de tribunal pour moi.Les parents ont été très compréhensifs.Mais engueulade pour lui.
J'apprends par ton écrit les problèmes de l'école.
Ton retour sur le passé est super.Comme le Père La Pipe l'aurait fait, je te mets 10/10 avec les félicitations du jury.
Bonne nuit dans ta barboteuse.

Écrit par : Allier-née | 08/10/2009

Bravo Alain!
A nous les enfants d'après-guerre, tu nous rends un bel hommage.
Au fil des lignes ton récit nous glisse doucement dans cette ambiance des années 50, et tout y est, et on connait.
Ah oui les belles barboteuses! je m'en souviens parfaitement, elles étaient mes vêtements de tous les jours, pour enfin se voir remplacer par les culottes courtes! néanmoins il fallait être grand.... plus de 6 ans; c'était ainsi à Paris.
Les années 50, il s'agissait d'un temps un peu dur, c'est vrai; mais pas pour moi qui avait des Parents de situation comfortable. J'aurais pourtant aimé trainer dans la rue, me baigner dans les ruisseaux.. quoi? ressembler simplement à mes petits compagnons du même âge.
Bon, on ne refait pas son enfance et puis merci Maman, merci Papa d'avoir veillé avec amour à ce que je sois heureux et toujours tiré à quatre épingles.
Charles

Écrit par : Charles | 17/07/2010

Les commentaires sont fermés.

 
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