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11/12/2008

Injuste et cruelle...

... Mais tendre, comme toutes les maîtresses !



*** Sans sonner, il s'invite le sansonnet ! ***

 C’est en lisant par hasard les souvenirs de l’enfance de quelques uns des blogueurs du site, tels ceux de l’incorrigible Héraime, toujours prompt à laisser traîner sa langue là où il ne faut pas, pas à cet âge en tout cas, et qui s’en trouva fort marri. Souvenirs d’enfance de Betty la douce aussi, qui m’eut tagué si, indécrottable libertaire, je n’étais si rétif aux chaînes…

 À lire les souvenirs des autres, les miens se sont réveillés.

 Je ne sais pas comment ça se passe chez vous, mais moi, j’ai une mémoire grenier. Je ne sais  plus ce que j’y ai fourré,  mais au hasard d’une visite là-haut, en remuant un peu des trucs oubliés, il n’est pas rare que je fasse surgir un souvenir abandonné là depuis une éternité, et qui apparaît soudain, intact, tout neuf, prêt à servir !

 Souvenirs d’enfance…Toujours émouvants les souvenirs d’enfance, car ils touchent au coté shamallow du cerveau, cette partie rose et tendre que même les plus durs d’entre nous conserveront jusqu’à leur dernier souffle.

 C’est l’enfant qu’il fut qui meure en dernier quand un homme s’éteint…

 Ce fut sans doute, de mes premières maîtresses, celle dont je me souviens le mieux. Ce fut la première d’ailleurs, est-ce pour cela qu’elle m’a si profondément marqué ? C’est bien possible.

 Je la revois, comme on revoit dans les rêves les gens depuis trop longtemps disparus. On ne voit plus leurs visages, on s’en souvient, et c’est tout. Ces gens qui pourtant nous marquèrent, ne sont plus que des silhouettes, et seul brille leur regard dans un visage de fantôme.

 C’était fin octobre ou en novembre, en 1954. Il faisait gris, le platane de la place avait perdu ses feuilles, et nous étions en récréation. Une courte récréation, car ce n’était pas le « Père la Pipe » qui officiait ce jour-là, mais la jeune institutrice remplaçante qui venait quand il s'absentait, c'était assez rare, mais il était absent ce jour-là.

 C’était un des rares jours où nous avions de la « vraie école », avec lecture, écriture et calcul, une journée de labeur. C’est peut-être aussi pour ça que je l’aimais beaucoup ma maîtresse, parce qu’avec elle je ne m’ennuyais pas ; peut-on aimer longtemps une maîtresse avec laquelle on s'ennuie, même à neuf ans, je vous le demande ! On ne s'ennuyait pas avec elle, comme beaucoup trop d’autres jours où nous restions fermés dans cette classe, silencieux et immobiles, condamnés à n’y rien faire.

 Ce fut comme un coup de massue sur la tête à la fin de la récré !

 « Alain, vas tout de suite au charbon ! »

 C’est le joli fantôme qui vient ainsi de m’envoyer en punition. Pas si terrible la punition, qui consiste à rester au piquet dans le réduit sous l’escalier qui conduit à l’étage, à la salle du conseil, au-dessus de la salle de classe.

medium_Puits_Bayard.jpg C’est là, sous l’escalier, qu’est entreposé le charbon, la caillette, le charbon noble de la Combelle, et le tout-venant, le boulet de Brassac ou de Saint-Eloy, qui peut t’asphyxier n’importe qui si tu ne chauffes pas en laissant une fenêtre ouverte. C’est dans ce réduit que s’accomplissaient les peines pour faute lourde, pouvant aller jusqu’à une heure d’isolement !

  Si elles s'en souviennent

 Mes amies vous diront

 Combien il faisait noir

 Dans la soute à charbon !

 Mais qu’ai-je donc fait pour me retrouver là ?

 Aujourd’hui encore, je me le demande, et bien qu’ayant une idée, je n’ai pas la certitude qu’elle soit la bonne. Sur le coup, je reste là, sous l’escalier,  ne comprenant rien à ce qui m’arrive. Etonné d’abord, plus que chagriné par cette punition qui me tombe dessus, alors que je n’ai rien fait.

 medium_Place_Joël.jpgBien longtemps après, j’ai trouvé une explication. Il n’y avait pas de cour de récréation, la récré, c’est sur la place qu’elle avait lieu.

 Pendant que nous jouions sous le préau, Bergère, la chienne de ma grand-mère est venue vers moi. Je l’ai caressée, puis levant la main en direction de la maison, je l’ai renvoyée, elle est partie avec une mine de chien battu, elle serait bien restée encore un petit peu…

 Est-ce ce geste que ma maîtresse interpréta comme un vilain geste envers un pauvre animal, c’est bien possible.

 Je ne suis pas resté longtemps à faire triste mine sur le tas de charbon. La porte s’est ouverte, une silhouette s’est découpée dans l’embrasure, un beau visage s’est approché du mien, et a déposé sur ma joue un baiser qui sentait le bonheur. Est-ce le remords de s’être montrée si sévère qui fit fondre  la jolie remplaçante ? Je ne sais pas et je m’en fiche !

 De ce jour-là, je garde le souvenir de la plus douce injustice de ma vie…

  

 A plus tard…

 

 

Commentaires

Je n'en reviens pas Alain-Crabillou qui lève un coin du voile sur son enfance, merci pour cette confidence aux antipodes de tes chroniques virulentes, je ne te connais pas mais est-ce sans doute le vrai Alain que tu nous as dévoilé . Amicalement
***
Chroniques virulentes ??? C'est affaire d'appréciation.
Il y a bien longtemps que j'ai "levé un coin du voile sur mon enfance". Il suffit d'aller faire un tour dans les rubriques "Portraits", "Petites Histoires", "Ecriture"...Il n'en reste pas grand chose du voile.
Merci de la visite.

Écrit par : F.JEGOU | 11/12/2008

Un vrai conte de fée, ton souvenir d'enfance..Où est-il le virulent, parfois, chroniqueur...on trouve en toi ce que j'ai toujours deviné...un coeur tendre dans une enveloppe de dur...une sorte de pudeur peut-être.
Jolie histoire, jolie maitresse...même sur fond de charbonnage....
Bises
hélène
***
Mais je suis un tendre Hélène, d'ailleurs quand je "virule", c'est avec un brin de tendresse...
C'est vrai qu'elle était jolie ma maîtresse...
Bises.

Écrit par : hélène | 11/12/2008

Aujourd'hui, c'est le petit Alain que l'on rencontre dans cette jolie histoire de maîtresse, un petit enfant au coeur tendre que sa maîtresse avait puni, et qui aujourd'hui encore cherche le motif de cette punition. Le Crabillou,on le garde pour des chroniques plus sérieuses. En tout cas, c'est un petit souvenir d'enfance, comme tant d'autres. Le bonsoir de Pimprenelle.

Écrit par : pimprenelle | 11/12/2008

Les hommes comme les femmes peuvent avoir le coeur tendre... ou pas.

Le "vrai" Crabillou, moi je ne crois pas qu'il soit davantage ici qu'ailleurs et ça m'agace beaucoup qu'on veuille le ranger dans un petit tiroir.

Le Crabillou est un tendre et le Crabillou est un dur : comme tout le monde, tout dépend de ce qu'on lui fait et le baiser d'une maîtresse n'est pas une chose si habituelle qu'on n'en soit pas tout chamboulé jusqu'à la fin de ses jours. En plus je parie qu'elle était jeune et jolie ! ça vous motive un élève ces choses-là.

En 54, moi j'avais 11 ans. Bises d'une ancienne. Monique

Écrit par : monique | 11/12/2008

Ouille, j'ai pris du retard, tu produis trop pour moi...pas le temps en ce moment de visiter calmement. Je reviendrai ce week-end. Bisous

Écrit par : Laurencel | 12/12/2008

Quelle belle histoire ! Elle n'était pas méchante la maîtresse.. Elle a dû se rendre compte de son erreur ! sympa la photo.. Bises à toi l'Auvergnat... Je te bise de Miche

Écrit par : miche | 12/12/2008

Une maîtresse , Crabillou ! .......Tendre histoire en réalité.....
De nos jours, une instit peut encore faire une bise à ses élèves , mais UN instit risquerait de se retrouver au tribunal pour une histoire identique à la tienne ( la bise).Quant à la maîtresse, elle irait au tribunal pour maltraitance (réduit à charbon).Tu as eu de la chance d'avoir 9ans en 1954.
Bises , Dur au coeur tendre.

Écrit par : Allier-née | 12/12/2008

Bonsoir Alain,

Commentaire pertinent d'Allier-Née; elle a raison!

Il eut été dommage que tu ne trempes point ton porte -plume dans l'encrier ..car j'aime cette douce injustice!..et la triste mine sur le tas de charbon!

Merci Alain.

Bises

Betty

Écrit par : betty | 12/12/2008

Comme quoi il faut toujours expliquer aux enfants pourquoi ils sont punis !

Te souviens tu davantage de l'injustice ou de la levée de la punition ?

Quand à la manie de vouloir découper un bonhomme ( ou une louloutte) en tranches napolitaines, j'avoue que je te préfère en entier.

Je continue mes lectures, certain de trouver de la matière.

Amitiés du grillon qui peut s'arrêter calmement chez toi.

Écrit par : christian | 13/12/2008

Les commentaires sont fermés.

 
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