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17 mars 2008

On voit le Diable partout, mais...

...c'est dans les têtes qu' il se cache !

*** *** Montaclier  et Gimeaux, hier matin 10 heures 30 ***

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 Dans les derniers billets que j’ai publiés sur ce site, j’ai beaucoup évoqué les « étrangers » qui « n’étaient pas du pays ».

 Je l’ai fait d’une manière ironique, et sans intention aucune de blesser ou choquer les habitants de mon village. Je suis persuadé qu’ils ont parfaitement compris le sens de mon propos.

 Il n’empêche qu’il faut admettre qu’il n’y a pas si longtemps, au temps de mon enfance et au temps de ma jeunesse, il existait bel et bien dans l’inconscient collectif, et plus fortement ancré encore chez un nombre non négligeable de « Touretaires » historiques et de souche, un ostracisme évident à l’encontre de « l’étranger ». De même qu’un rejet de celui qui avait l’audace de se démarquer du modèle « Touretaire classique »,  bon citoyen roulant bien à droite, et paroissien assidu, sinon dévot en apparence.

 Ne pas confondre cet ostracisme avec ce qu’il convient d’appeler le racisme. Racisme ordinaire, ou idéologique, ni même avec la xénophobie, qui somme toute n’est que la manifestation d'un réflexe de défense des communautés croyant, à tort ou à raison, qu’elles sont  menacées par ce qui vient de l’extérieur.

 Ce qui va suivre n’à aucunement valeur de jugement, c’est simplement pour illustrer mes propos.

 Et n'allez surtout pas y voir comme une espèce de règlement de comptes. Je n'ai de comptes à règler avec personne, en aurais-je eu, que ce serait fait depuis longtemps.

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 Je vous parle d’un temps

 Qu’à moins de soixante ans

 Vous n’avez pu connaître.

 Yssac en ce temps-là....

 Lorsque j’étais tout petit, ma grand-mère gardait les moutons en compagnie de la Nanette.

 D’ailleurs, elles doivent continuer tranquillement de jacasser en patois au cimetière, surtout ma grand-mère, qui était apparentée avec la Mariette Jasse, puisqu’elles y reposent l’une à coté de l’autre depuis maintenant un sacré moment.

 Et bien, la Nanette s’était mariée avec un « étranger », elle le disait elle-même. Son mari, Piarre Tatou (on disait Piarre quand quelqu'un se nommait Pierre), je le revois, allumant sa pipe à la bougie un jour d’orage, était natif de Loubeyrat, cette lointaine bourgade au pied de laquelle le Chambaron prend sa source. Et elle le lui disait qu’il était étranger, le Piarre, au cours de leurs disputes !

 Nul besoin de venir de loin pour être étranger. En ce temps là encore, le village était une sorte de famille élargie, on y vivait en vase clos, les cousins germains issus de Mathilde s’y mariaient avec les cousines de Germaine, et il n'étaient pas rare que les Nanos tombent dans le piège des jeunes filles cachées ches les Panos !

 On s’y aimait et s’y détestait en famille, et La Tourette n’était pas une exception, c’était ainsi dans tout le Pays Brayaud, même chez les rouges, à Gimeaux.

 Celui ou celle qui venait  d’ailleurs devrait attendre que tout le village l’accompagne au cimetière, pour que les siens soient enfin « du pays ».

 Durant son existence, il n’était pas plus mal considéré qu’un autre, mais à la sortie de la messe, ou à la cave, les conversations n’étaient pas les mêmes, selon qu’il était là, ou pas. D’ailleurs, toute sa vie, il ou elle, ne serait que « le mari ou la femme de… », rarement Lui ou Elle. C’était ainsi.

 Il fallait avoir des racines emmêlées à celles des autres pour être réellement intégré. C’était encore vrai quand j’étais gosse.

 Il n’était pas bon non plus de sortir de la norme.

 Une, non, deux ou trois anecdotes pour illustrer mon propos. Je pourrais en narrer bien plus...Pour commencer.

 Après que victime d’ une injustice à mes yeux intolérable, puisque venant d'un prêtre, j’avais mis fin prématurément à une brillante carrière d’enfant de chœur, en quittant l’uniforme en pleine messe, j’ai souvent pu mesurer le comportement bêtement sectaire des braves gens quand ils sont prisonniers de leurs préjugés.

 Après la rupture de mon contrat, je n’ai plus mis les pieds à la messe, sauf une fois, parce qu'une brave femme me l'avait demandé, pour aller servir la messe d'enterrement de son mari, je ne pouvais pas le lui refuser.

 Il arrivait souvent que le Dimanche matin, je reste assis, bouquinant ou rêvassant, sur la pierre devant la porte de l’unique pièce où vécut ma grand-mère quelques années avant d’y mourir.

 J’ai souvenir d’une brave femme, qui dans la semaine répondait d’un traditionnel « Bonjour ma mie » au respectueux « Bonjour » que je lui adressais, comme le faisaient tous les gamins aux adultes quand ils en croisaient un, et qui ce jour-là, quand elle sortait de la messe, ne répondait pas à mon salut.

 Elle passait en baissant les yeux et en accélérant le pas, comme elle l’aurait fait si elle avait vu le Diable…Etais-je le Diable ?

 Plus tard, je fus victime, mais puis-je parler de victime, puisque je m’en suis plus amusé que je n’en ai souffert, d’une mise à l’écart plus bête que méchante, bien qu'initiée, je le sais, par quelqu'un d'à la fois bête et méchant.

 Tous les ans, la municipalité offrait aux pompiers leur banquet annuel.

 A cette occasion, les jeunes mâles du village y étaient conviés, pour peu qu’ils se fussent soumis à la rude épreuve initiatique du conseil de révision.

 Je suis allé me mettre à poil devant le Médecin Major à Combronde, en présence des moustaches du Maire de l'époque, c'était  l’année de mes dix-neuf ans, j’étais enfant du pays, et jamais au grand jamais je ne fus convié au banquet des pompiers. Etais-je encore possédé par le Démon ?

 Aujourd’hui encore, bien que depuis toujours je connaisse la réponse, je me pose  la question, juste pour le plaisir.

 Dernière anecdote, il doit bien y avoir quarante ans de cela.

 Nous vîmes arriver au village, un couple d’instituteurs. Ils étaient très sympathiques, jeunes. Madame était souriante et fort jolie.

 Je les revois, ce devait être en Octobre, et je portais les berthes de vendanges dans une vigne aux Varennes. Accompagnés par deux ou trois personnes d’une fort respectable famille catholique du village, ils s’arrêtèrent à notre hauteur, et s’ensuivit, au bord du chemin des Roses, les présentations étant faites, une aimable conversation. La jolie institutrice portait une robe à fleurs,et un chapeau fantaisie qui lui allait à ravir.

 Peu de temps après, le ton a changé.

 Je vous le donne en mille ! Oui, vous avez deviné, cachant bien leur jeu, les instituteurs, faisant pourtant bien leur boulot, polis aimables gentils et tout et tout, furent heureusement démasqués !

 C’étaient des agents du redoutable Kgb, pensez donc ils étaient militants communistes, quelle horreur !

 On ne les vit plus jamais se promener bras dessus bras dessous avec leurs amis des premiers jours.

 C’était ainsi, les traditions pesaient très lourd sur la vie des gens. Jusque dans les mariages, qui pour la génération avant la mienne étaient plus le fruit des alliances que des histoires d’amour.

 Je ne serais pas étonné, si, se souvenant de ces temps révolus,  quelques dames du village  sentent monter à leurs yeux, une larme à l’idée que les  jeunes filles qu’elles furent, se virent imposer par devoir un destin qu’elles n’avaient pas rêvé.

 

 A Bientôt…

  

PS:

 Pour terminer, ce pps offert une fois encore par notre ami en mission chez les Cheyennes, et qui illustre à partir d'une histoire vraie, de quelle manière il convient de traiter les racistes, les vrais, ceux qui puent.

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Commentaires

Et la roue tourne, Crabillou.....Tu n'es plus Le Bon Petit Diable...Crabillou, le SAGE de Châteaugay....
Comment ai-je pu franchir la frontière du Pays Brayaud, moi qui venait d'un fief KGB ????

Je pense qu'à cette époque que les moins de 50 ans n'ont pas connu.....c'était la même chose dans tous les villages du pays brayaud car l'habitat était groupé (pas de hameaux, ni de ferme isolée..).
Ton village d'origine était ( est) bien sympa, mais Il est vrai qu'il y a 40 ans ,je ne comprenais pas tout.....Le décodeur, il m'aurait fallu.....
Maintenant, tout est aux normes.... européennes....ou Touretaires...peu importe.....Et tant mieux....

Bravo pour les 2 vidéos et merci au Chasseur de phoques,amateur de sirènes et réparateur de Maison Blanche.J'espère que ses travaux avancent.
Bon après-midi

Ecrit par : Allier-née | 17 mars 2008

moi qui suis né à Parentignat j'ai toujours été un étrangé pour les " vieux " du village et oui mon grand pére est né dans le 62 en 1877
amitié
Claude

Ecrit par : nunus63 | 17 mars 2008

Il y a quarante ans de cela ! Zut ! j'ai tout raté... Je m'intègre facilement et je n'arrive pas en pays conquis, pas de leçons à donner aux gens, je vais vers eux, j'aime leur village, leur région. Je ne demande qu'à apprendre d'eux et tout s'est toujours bien passé. Ton récit est fameux comme d'hab.. Ne change rien. Bises de miche

Ecrit par : miche | 18 mars 2008