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31/08/2007

Bientôt l'heure,

Il va falloir y aller !

Que dire encore de cette première année d’école ?

 Ce fut pour moi un bouleversement total dans mes habitudes.

 Il me fallut soudain vivre au rythme de cette inactivité nouvelle.

 J’ai bien dit inactivité, car comme je vous l’ai expliqué, ce fut pour moi une année scolairement blanche, puisque l’instituteur avait décidé de me faire rattraper mon avance.

 Se lever, renifler un peu, pas trop quand même, le gant de toilette mouillé qui sentait le savon de Marseille, boire le grand bol de lait déjà sucré par la maman, après y avoir rajouté un sucre ou deux,on n’est jamais trop prudent,s’habiller, prendre le cartable dans lequel s’était glissé un solide casse-croûte à la mesure des privations qu’avaient connues nos parents quelques années auparavant, mais pour important qu’il soit le casse-croûte, il n’était pas toujours à la mesure de mon appétit !

 Lorsque je repense parfois à ma gloutonnerie, à peine calmée aujourd’hui d’ailleurs, je remercie la providence de m’avoir fait naître juste à la fin de la guerre, et non pas au début, je n'aurais pas survécu !

 Mon frère était déjà au milieu de la cour quand j’enfilais mes galoches.

 Neuf heures moins le quart, c’était largement suffisant pour faire les cinq minutes de trajet jusqu’à neuf heures.

 Je savais lire, je vous l’ai dit, je connaissais l’heure aussi.medium_Jaz.jpg

 Ma mère m’avait expliqué tout ça devant le gros réveil Jaz qui trônait sur le buffet bancal.

 En route donc pour l’école.

 C’était un peu pour moi « Adieu veaux, vaches, poules et cochon », qui, avant cette servitude nouvelle étaient souvent mes compagnons de jeu.

 Il y avait peu d’enfants à l’époque, et j’étais séparé de mon unique conscrite par un village entier et tellement grand pour mon âge, que je ne la connaissais même pas, ou à peine.

 Elle habitait à « La Barrière », et moi «Au Quartier », c’est vous dire !

 Pour la petite histoire, nous habitions dans une maison qui appartenait à la Jeanne, sa grand’mère  à la petite Claire.

 Alors, avant que mes cinq ans ne me condamnent à l’école forcée, n’ayant pas ou peu de compagnons de jeu de mon âge, je m’arrangeais avec ceux qui étaient à ma disposition, et il n’en manquait pas !

 Juste à coté de la maison, il y avait les vaches de Gilbert, belles et grasses à pleine peau. Dans le pré un peu plus loin, mais j’y allais quand même, il y avait celles de Banane, elles étaient, elles, maigres comme des clous, tellement habituées à crever de faim tout l’hiver, qu’elles n’osaient pas grossir, même lâchées dans un pré où l’herbe tendre leur montait jusqu’au ventre !

 Les vaches avaient des veaux, c’était dans leur nature à ces bêtes. Les veaux, c’est un peu des gosses, en plus gentil.

 J’allais souvent tenir compagnie à celui qui était attaché au fond de l’écurie, et qui pleurait son désespoir toute la journée, pendant que sa mère était partie au pré pour se gonfler la panse et les mamelles.

 J’allais aussi voir les lapins de « Porchinou » ,contrairement aux notres, qui vivaient dans des petites cages grillagées où ils faisaient du lard, ceux-là vivaient en bande dans une écurie sombre. Je les devinais dans la pénombre, dès que j’arrivais, ils se précipitaient au fond, comme l’aurait fait un troupeau de bisons sauvages.

 Les seuls bisons que je connaissais, ils étaient dans les pages de « L’intrépide », que je feuilletais quelque fois quand il ne faisait pas beau.

 Et les poules, que je vous parle un peu des poules !

 Les poules en ce temps-là étaient comme les chats, les chiens et les pigeons, des êtres libres et indépendants. Certes, il leur fallait faire des sacrifices. Moyennant quelques nourritures et un abri pour la nuit, elles devaient offrir leurs œufs et leurs coqs en paiement du service. Sauf celles de Banane, qui ne recevant pratiquement pas de nourriture n'offraient pas grand chose en échange.

 Mais elles se débrouillaient pour échapper à leurs obligations les poules !medium_Dissidente.jpg

 Pas mal d’entre elles se trouvaient un coin isolé pour pondre, et il n’était pas rare de voir débarquer un jour la dissidente toute fière d’avoir pu mener à bien la ponte d’une quinzaine d’œufs, et la couvaison réglementaire de vingt et un jours nécessaire à la maternité chez ces volatiles !

 Elle arrivait en cot-cotant, suivi d’une douzaine ou plus de poussins aussi beaux que sur les images, que ne verrait jamais leur père, parce qu’il était passé à la cocotte le Dimanche précédent.

 Quand, dans mes explorations, je tombais par hasard sur un de ces nids clandestins, il m’arrivait de prélever ma dîme, pour prix de mon silence.

 Les œufs crus sont pleins de bonnes choses pour les enfants en bas âge !

 Mais il est plus que l’heure de partir, j’ai école aujourd’hui, il faut y aller…

    

À Bientôt…

30/08/2007

Derrière mon pupitre.

 ...Je vais découvrir le Monde !

 A lire les commentaires que vous avez laissés sur mon billet d'hier, il me semble que si je retourne à l’école aujourd’hui, ça ne déplaira à personne.

 Pour tout dire, ça ne me déplaira pas non plus.

 La rentrée des classes, c’était l’automne, avec ses couleurs et ses odeurs.

 Les platanes de la place se coloraient de roux, quelques feuilles tombaient.

 On sentait cette odeur si particulière de la terre mouillée, et les bouses que les vaches laissaient dans les rues empierrées séchaient moins vite que pendant les vacances.

 Les couleurs du ciel, plus lumineuses, mais plus douces aussi, nous disaient octobre et annonçaient les prochains frimas.

 Le soleil était encore chaud, mais il ne brûlait plus.

 Bientôt nos mamans auront froid, elles vont nous obliger à mettre le tricot de l’année dernière, le cache-nez, les grosses chaussettes tricotés par les grands mères. Et le bérêt aussi, qui nous donne cet air si intelligent !

  Et elles vont commencer à en tricoter d'autres, elles n'arrêtent pas de tricoter d'ailleurs, c'est à se demander si elles n'ont pas autre chose à faire !

 Plus tard, quand ils seront faits à la machine, les tricots s’appelleront des pulls, nous vivons une époque où tout bouge à grande allure !

 Il faut profiter des derniers beaux jours et des derniers fruits, c'est le temps des vendanges.

 Nous arrivons sur la place, les copains y sont déjà, on rit, on se chamaille, on se bouscule, les garçons surtout. Les filles restent un peu à part, les filles sont toujours à part, c’est comme ça, on n’y peut rien, nos jeux ne les intéressent pas. On s’en fiche, on a l’habitude !

 Le Père la Pipe a ouvert la porte, il a frappé dans ses mains, c’est l’heure.

 Chacun récupère son cartable, sur la croix ronde, ou sur les deux grosses pierres qui servent de banc devant l’école.medium_Crapaud.jpg C'est sous ces grosses pierres que j'avais capturé les crapauds de mon élevage. Elevage odieusement ravagé d'un grand coup de pied par ma mère, suite à la dénonciation de ma grand mère qui m'avait surpris en train de donner le bain à mes sept pensionnaires plus une grenouille rousse, dans la grande flaque de gadoue, devant chez la Mariette Coco !

 Mais ne mélangeons pas tout, nous sommes à l'école, nous ne sommes pas là pour bavarder de tout et de n'importe quoi...

medium_pupitre.2.gif On s’installe au pupitre, à la place que le maître nous a donnée au début de l’année.

 Comme tous les autres gamins, je vide mon cartable que je pose à mes pieds.

 La classe est silencieuse, à part le bruit des galoches sur le parquet disjoint.

 Moi, et d’autres le font aussi, je les quitte les galoches, comme ça je peux gigoter à mon aise sans provoquer le froncement de sourcils de l’instit.

 Peut-être en dirai-je un mot de cet homme, d’une grande culture, humaniste,qui aurait pu nous apprendre beaucoup, et qui ne l’a pas fait !

 Les plumiers sont ouverts et rangés sous le pupitre une fois vidés de leurs trésors.

 Le porte plume, la gomme, les crayons, le noir, et les douze de couleur qui ont perdu leur boite en carton depuis longtemps, le taille crayon en métal avec ses deux orifices, le grand et le petit. Pratique le taille crayon, mais avec ses inconvénients aussi.

 Certes c’était très amusant d’essayer de faire un copeau le plus long possible, mais qu’en faire après…Encore un risque de voir la tête de l’instituteur se relever, et les sourcils, au-dessus de ce regard terrifiant, quand vous portiez les copeaux à la poubelle, au pied de son bureau.medium_trousse.gif

 Les plus veinards avaient déjà une trousse, qui très vite relèguera le plumier au oubliettes, privant sans doute quelques paysans du Jura d’un complément de ressources. C'est ainsi, je vous l'ai dit, tout bouge !

 Une fois installés, le matériel déballé, nous sommes prêts, nous allons pouvoir nous instruire.

 Sur le tableau noir, qu'un grand a essuyé la veille, en soulevant un nuage de craie qui lui a blanchi visage et tablier, le maître a inscrit la date du jour, et sous cette date, d'une magnifique écriture, comme on n'en voit que sur les vieux documents, il a écrit la morale.

 Car en ce temps-là mes amis, il y avait la morale !

 Chaque matin l'écolier, du moins celui qui savait lire, pouvait graver en sa mémoire un précepte lui rappelant qu'il n'était pas seul au monde, et qu'il devait respecter certains principes de base sous peine, s'il ne les respectait pas, de se faire sérieusement botter le cul ! C'était ça la morale !

 Je vous raconterais bien une journée d' écolier, ça nous permettrait de réviser un peu, pour notre plus grand bien. Mais curieusement, durant les cinq années que j'ai passées sur mon banc en bois, je n'ai pas souvenir de beaucoup de choses.

 N'aurais-je rien appris ? Ce serait mentir que de le dire, mais le sentiment que j'ai, c'est, si j'ose dire, que je suis resté sur ma faim dans la soif d'apprendre que j'avais à cette époque ! Je ne voudrais pas avoir l'air de cracher sur un homme que malgré tout j'estime, mais notre instituteur n'a pas fait son boulot.

 Je lui en veux un peu, car il avait largement la capacité de le faire, et de le faire bien !

 Il ne faut pas que je sois injuste, s'il est vrai qu'il ne nous a pas communiqué son savoir, je dois reconnaître qu'il nous a appris à vivre ensemble, ce qui n'est déjà pas si mal.

 Je lui dois aussi ma première leçon d'écologie, une leçon que je n'ai pas oubliée. L'Amazonie est en danger nous a-t-il dit un jour, et c'est notre poumon. C'était en 52 ou 53, et on ne respire pas mieux depuis !

 Je le regardais parfois ce poumon sur la carte du monde, cet immense platras vert qui s'appelle toujours le Brésil, même s'il est de moins en moins vert...C'est grâce à lui l'instit,que j'ai su que la Terre était ronde et qu'elle appartenait à tous ceux qui marchaient dessus, hommes et bêtes.

Peut-être, après tout, n'ai-je pas perdu tout mon temps, même s'il ne nous a pas consacré suffisamment du sien !

    

 A Bientôt...

  

Avertissement :

 Toutes les images que j'ai mises sur ce billet,medium_plumier.gif  comme ce plumier, ne  proviennent pas de mes archives personnelles, je les ai glanées et copiées  sur Internet.

 Il n'empêche, j'ai usé mes culottes sur le même banc, et eu en main le même plumier ou son frère.

J'ai encore, la patine et la douceur de l'un et l'autre, gravées à jamais dans ma mémoire.

29/08/2007

Rentrée des classes...

Cinquante-sept ans, déjà...

 Cinquante-sept ans, et j’ai l’impression que c’était hier.

 Il devait avoir raison, celui qui disait que la vie est courte !

 Je n’étais pas peu fier ce matin-là, avec mon cartable en carton bouilli qui sentait le cuir, mon tablier gris, lui aussi tout neuf.medium_cartable.jpg

 En voici un Cartable, ce n'est pas le mien, il a du en faire pas mal des rentrées celui-là !

 Et je marchais heureux aux cotés de mon grand frère. Pensez donc, ma première rentrée à l’école ! Depuis combien de temps avais-je attendu ? Depuis très longtemps à l’horloge qui mesure le temps chez un gosse de cinq ans !

 Je connaissais l’école, j’y accompagnais souvent mon frère, mais je n’en franchissais pas la porte, je n’avais pas l’âge. Je regardais rentrer grands et petits, une dizaine de gosses, garçons et filles mêlés, et je rejoignais ma grand-mère, juste à coté.

 Ce matin-là, début Octobre 1950, le temps m’avait paru très long, mais j’avais enfin l’âge !

 C’est à cinq ans que le maître accueillait dans l’école de la République, sise sous la salle du Conseil de la Mairie, les enfants du village.

 Cinq ans, c’est un âge raisonnable pour démarrer l’éducation des gamins. Le langage est assuré, les garçons pissent debout, et les filles se débrouillent elles aussi toutes seules. Il est donc temps de commencer à apprendre lecture et écriture et de compter si les dix doigts sont à leur place, et au complet.

  « Vous savez, il lit couramment, et il commence à compter… » C’est ce qu’avait dit ma mère à l’instituteur lorsqu’elle était venue quelques jours avant la rentrée pour m’inscrire à l’école.

 Effectivement, à cinq ans je savais lire, écrire un peu, et compter sur mes doigts. Je sais toujours lire et écrire, mais j’ai encore quelques difficultés avec mes comptes, c’est du moins ce que me dit assez souvent mon épouse !

 N’ayant pas à m’apprendre à lire ni à compter, l’instituteur m’a installé au fond de la classe, entre les deux fenêtres, sous une espèce de placard mural vitré.

 Il y avait dans ce placard différentes sortes de roches, basalte, silex, granit…Assis tout seul à un pupitre en bois, j’ai passé une année à jouer en m’ennuyant avec de la pâte à modeler et des bâtonnets de couleur, en attendant d’avoir six ans, et d’avoir rattrapé le retard de mon année d’avance pour être enfin comme tout le monde, et avoir le droit de feuilleter les livres et de saloper ardoise et cahiers ! 

 Il m’arrive de penser que j’aurais appris beaucoup plus en restant cette année-là avec ma grand-mère Philomène, Bergère et Fauvette, les  chiennes, les moutons et les chèvres.

 Ma grand-mère m’apprenait les arbres et les plantes, les escargots et les champignons, et j’aurais pu perfectionner mon patois, enfin quoi, j’aurais pu ne pas perdre mon temps !

 Fort heureusement, il y avait les récréations, et je crois vous l’avoir dit, elles duraient fort longtemps ! J’ai eu beaucoup d’autres rentrées. Mais ce sont surtout celles de la petite enfance dont je me souviens.

 Avec l’odeur du neuf des cartables, des  livres et cahiers. La fierté du beau tablier encore raide, ou la petite frustration, quand le tablier était celui du grand frère, un peu usé et rapiécé. Je ne sais pas qu’est-ce qui s’agite dans la tête des enfants que je vois aujourd’hui, dûment accompagnés par un parent,  « livrés » en voiture devant la porte…

 Je me revois, enfant libre, partant à pied, nez au vent, sautant dans les flaques quand il avait plu, donnant des coups de galoches dans les pierres du chemin quand il ne pleuvait pas, essayant de compter les hirondelles qui se rassemblaient pour aller voir en Afrique s’il y faisait meilleur. Je me revois, guettant les lézards qui profitaient des derniers rayons d’un soleil encore chaud... Bientôt, je pourrais rentrer jusqu’à mi-mollets dans les feuilles tombées des platanes de la place, et me bercer de leur bruissement sous mes pas. Vite un tour de l’église en courant, en tapant fort des pieds entre la sacristie et chez la Jeanne, il y a là comme un écho.

 Un tour aussi vers le vieux puits avec sa grande manivelle en fer, une grimpée sur les barres en fer du préau, là où le Père la Pipe gare sa quatre chevaux flambant neuve.

 Un tour sur la croix ronde…Non, pas le temps, la porte s’ouvre, il frappe dans ses mains, c’est l’heure de rentrer en classe…

    

A Bientôt…

 
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