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30 août 2007
Derrière mon pupitre.
...Je vais découvrir le Monde !
A lire les commentaires que vous avez laissés sur mon billet d'hier, il me semble que si je retourne à l’école aujourd’hui, ça ne déplaira à personne.
Pour tout dire, ça ne me déplaira pas non plus.
La rentrée des classes, c’était l’automne, avec ses couleurs et ses odeurs.
Les platanes de la place se coloraient de roux, quelques feuilles tombaient.
On sentait cette odeur si particulière de la terre mouillée, et les bouses que les vaches laissaient dans les rues empierrées séchaient moins vite que pendant les vacances.
Les couleurs du ciel, plus lumineuses, mais plus douces aussi, nous disaient octobre et annonçaient les prochains frimas.
Le soleil était encore chaud, mais il ne brûlait plus.
Bientôt nos mamans auront froid, elles vont nous obliger à mettre le tricot de l’année dernière, le cache-nez, les grosses chaussettes tricotés par les grands mères. Et le bérêt aussi, qui nous donne cet air si intelligent !
Et elles vont commencer à en tricoter d'autres, elles n'arrêtent pas de tricoter d'ailleurs, c'est à se demander si elles n'ont pas autre chose à faire !
Plus tard, quand ils seront faits à la machine, les tricots s’appelleront des pulls, nous vivons une époque où tout bouge à grande allure !
Il faut profiter des derniers beaux jours et des derniers fruits, c'est le temps des vendanges.
Nous arrivons sur la place, les copains y sont déjà, on rit, on se chamaille, on se bouscule, les garçons surtout. Les filles restent un peu à part, les filles sont toujours à part, c’est comme ça, on n’y peut rien, nos jeux ne les intéressent pas. On s’en fiche, on a l’habitude !
Le Père la Pipe a ouvert la porte, il a frappé dans ses mains, c’est l’heure.
Chacun récupère son cartable, sur la croix ronde, ou sur les deux grosses pierres qui servent de banc devant l’école.
C'est sous ces grosses pierres que j'avais capturé les crapauds de mon élevage. Elevage odieusement ravagé d'un grand coup de pied par ma mère, suite à la dénonciation de ma grand mère qui m'avait surpris en train de donner le bain à mes sept pensionnaires plus une grenouille rousse, dans la grande flaque de gadoue, devant chez la Mariette Coco !
Mais ne mélangeons pas tout, nous sommes à l'école, nous ne sommes pas là pour bavarder de tout et de n'importe quoi...
On s’installe au pupitre, à la place que le maître nous a donnée au début de l’année.
Comme tous les autres gamins, je vide mon cartable que je pose à mes pieds.
La classe est silencieuse, à part le bruit des galoches sur le parquet disjoint.
Moi, et d’autres le font aussi, je les quitte les galoches, comme ça je peux gigoter à mon aise sans provoquer le froncement de sourcils de l’instit.
Peut-être en dirai-je un mot de cet homme, d’une grande culture, humaniste,qui aurait pu nous apprendre beaucoup, et qui ne l’a pas fait !
Les plumiers sont ouverts et rangés sous le pupitre une fois vidés de leurs trésors.
Le porte plume, la gomme, les crayons, le noir, et les douze de couleur qui ont perdu leur boite en carton depuis longtemps, le taille crayon en métal avec ses deux orifices, le grand et le petit. Pratique le taille crayon, mais avec ses inconvénients aussi.
Certes c’était très amusant d’essayer de faire un copeau le plus long possible, mais qu’en faire après…Encore un risque de voir la tête de l’instituteur se relever, et les sourcils, au-dessus de ce regard terrifiant, quand vous portiez les copeaux à la poubelle, au pied de son bureau.
Les plus veinards avaient déjà une trousse, qui très vite relèguera le plumier au oubliettes, privant sans doute quelques paysans du Jura d’un complément de ressources. C'est ainsi, je vous l'ai dit, tout bouge !
Une fois installés, le matériel déballé, nous sommes prêts, nous allons pouvoir nous instruire.
Sur le tableau noir, qu'un grand a essuyé la veille, en soulevant un nuage de craie qui lui a blanchi visage et tablier, le maître a inscrit la date du jour, et sous cette date, d'une magnifique écriture, comme on n'en voit que sur les vieux documents, il a écrit la morale.
Car en ce temps-là mes amis, il y avait la morale !
Chaque matin l'écolier, du moins celui qui savait lire, pouvait graver en sa mémoire un précepte lui rappelant qu'il n'était pas seul au monde, et qu'il devait respecter certains principes de base sous peine, s'il ne les respectait pas, de se faire sérieusement botter le cul ! C'était ça la morale !
Je vous raconterais bien une journée d' écolier, ça nous permettrait de réviser un peu, pour notre plus grand bien. Mais curieusement, durant les cinq années que j'ai passées sur mon banc en bois, je n'ai pas souvenir de beaucoup de choses.
N'aurais-je rien appris ? Ce serait mentir que de le dire, mais le sentiment que j'ai, c'est, si j'ose dire, que je suis resté sur ma faim dans la soif d'apprendre que j'avais à cette époque ! Je ne voudrais pas avoir l'air de cracher sur un homme que malgré tout j'estime, mais notre instituteur n'a pas fait son boulot.
Je lui en veux un peu, car il avait largement la capacité de le faire, et de le faire bien !
Il ne faut pas que je sois injuste, s'il est vrai qu'il ne nous a pas communiqué son savoir, je dois reconnaître qu'il nous a appris à vivre ensemble, ce qui n'est déjà pas si mal.
Je lui dois aussi ma première leçon d'écologie, une leçon que je n'ai pas oubliée. L'Amazonie est en danger nous a-t-il dit un jour, et c'est notre poumon. C'était en 52 ou 53, et on ne respire pas mieux depuis !
Je le regardais parfois ce poumon sur la carte du monde, cet immense platras vert qui s'appelle toujours le Brésil, même s'il est de moins en moins vert...C'est grâce à lui l'instit,que j'ai su que la Terre était ronde et qu'elle appartenait à tous ceux qui marchaient dessus, hommes et bêtes.
Peut-être, après tout, n'ai-je pas perdu tout mon temps, même s'il ne nous a pas consacré suffisamment du sien !
A Bientôt...
Avertissement :
Toutes les images que j'ai mises sur ce billet,
comme ce plumier, ne proviennent pas de mes archives personnelles, je les ai glanées et copiées sur Internet.
Il n'empêche, j'ai usé mes culottes sur le même banc, et eu en main le même plumier ou son frère.
J'ai encore, la patine et la douceur de l'un et l'autre, gravées à jamais dans ma mémoire.
13:30 Publié dans Petites Histoires.. | Lien permanent | Commentaires (10) | Envoyer cette note
Commentaires
Que cette chronique nous ravit, Alain, tous tes souvenirs sont les nôtres,sauf l'élevage de crapauds qui je dois le reconnaitre ne sont pas mes petites bêtes favorites...
Comme tu le dis, tu pourrais en faire un livre;Mémoires d'un petit écolier Auvergnat" qui pourrait être aussi bien celui d'un écolier charentais!!!
Alors à bientôt pour d'autres aventures....;
Bises
hélène (pas surdouée)...
Ecrit par : hélène | 30 août 2007
Excellent billet. Bien qu'un peu plus jeune, vos souvenirs me permettent d'effectuer une petit retour en arrière. En effet, à l'époque la morale était enseignée dans les écoles et mise en pratique dans la vie quotidienne. Les filles portaient des blouses couleur rose ou bleu ciel et les garçons bleu nuit ou grise. Nous étions tous sur le même pied d'égalité : aujourd'hui nous sommes à l'apogée du piedestal.....
Ecrit par : alain maigne | 30 août 2007
même jour ,même année,même ecole;aucun souvenir si ce n'est les leçons de morale.Sinon même pied d'égalité,bien sûr que non;il y avait les"tricots" plus ou moins usagés,les galoches cirées ou non;les tabliers plus ou moins neufs.Une chance commune ,des mamans ou des grands frères pour nous apprendre à lire et compter.Tes souvenirs qui en ravivent certains me régalent. Bisous
***
Souviens-toi !
C'est vrai, cette année-là, 1950 nous n'étions que deux "nouveaux", toi la fille, moi le garçon.
Mireille, Monique et Roland étaient rentrés l'année d'avant, les deux Jacques, ton frère et le mien étaient là depuis deux ans. Daniel Ch. Odile, une année avant encore, les plus grands étaient Jacqueline Ch. et Guy C., nous n'étions pas nombreux.. Mais c'était le bon temps !
Gros bisou à toi.
Ecrit par : lailai | 30 août 2007
Ton école ressemblait à la mienne de 1949 à 1953.Par contre les filles jouaient avec les garçons et nous prenions nos repas ensemble dans la salle de classe sans surveillance.On arrivait le matin avec nos paniers .A l'époque j'habitais à 3 km de l'école.
Bien sûr votre Pére La Pipe a contribué à remplir les écoles privées de l'époque Mais toi , tu as fait de brillantes études secondaires sans avoir appris beaucoup de choses en primaire .Je pense que tu dois être un peu responsable des nombreuses suppressions de postes d'instits (disons professeurs des écoles ) que Sarko effectue cette année.
En effet, pourquoi mettre un enseignant dans une classe quand on lit 57 ans plus tard les brillants commentaires d'un Crabillou qui n'a pas eu besoin d'enseignant.
" Les enseignants de primaire sont-ils une catégorie à faire disparaître?"C'est la question que doit se poser chaque jour Cécilia quand elle lit tes chroniques.
Bisous
Ecrit par : Allier-née | 30 août 2007
Alain,
Pourquoi seuls les garçons jouaient aux billes?..et nous, à la corde à sauter?
Continue de nous enchanter.
Bises
Betty
Ecrit par : betty | 30 août 2007
Pour Lailai : certes l'égalité parfaite n'a jamais existé mais reconnaissons que le port des blouses durant les années 1960 et 1970 avaient l'avantage de cacher les misères.
Ecrit par : alain maigne | 31 août 2007
bravo pour tes souvenirs de jeunesse
claude
Ecrit par : nunus63 | 31 août 2007
Et Betty qui le fait expres,les billes c'est normal pour des garçons,tu devrais comprendre chere Betty qu'avec la corde à sauter on pourrait se faire mal quelque part,pas les filles.
sacré Crabillou ,quel plaisir de te lire dans ces moment de classe primaire .J'ai encore aujourd'hui le gout de la craie sur le tableau et l'odeur de l'encre dans l'encrier.REconnais comme moi qu'il serait impossible de se mettre sur ces bancs tellement les bancs sont serrés par rapport au pupitre.Bon,j'ai fait un effort,je ne me suis pas perdu ce matin aux champignons,encore un plein panier.Tu n'y vas pas ???Laurence ne les aime pas ???Bises à tous
Ecrit par : heraime | 31 août 2007
Bonjour,
Ton école te va bien quand tu la racontes. Ton village est un endroit unique, où chaque animal, chaque prè est à sa place, où il est normal que les vaches du père Banane soient maigres et que les crapauds soient sous la grosse pierre. Tu en fait partie, tu en feras toujours partie quand tu ouvres comme aujourd'hui le plumier. Tu nous fait partager ta classe, ton pupitre, et j'aime bien.
Chacun de nous s'est construit ainsi en usant ses fonds de culotte en silence sans se poser trop de questions entre 5 et 10 ans. Mais quels souvenirs des jeux d'alors !
Amitiés du grillon.
Ecrit par : christian | 31 août 2007
Nous aussi nous sommes un peu plus jeunes mais nous nous souvenons très bien du plumier (quelle était la marque des plumes..il y en avait une célèbre) et du taille crayon à deux trou en métal qui faisait une mine parfaite et aussi du discours sur l'Amazonie, nous avions eu le même et nous pensons comme vous de ce qu'il en reste aujourd'hui, sans doute le poumon a t-il plus encore diminué de taille depuis...continuez à nous raconter, nous nous adorons les souvenirs...les votres aussi. Bonne journée
Ecrit par : lucile et lucien | 13 septembre 2007




