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29 août 2007
Rentrée des classes...
Cinquante-sept ans, déjà...
Cinquante-sept ans, et j’ai l’impression que c’était hier.
Il devait avoir raison, celui qui disait que la vie est courte !
Je n’étais pas peu fier ce matin-là, avec mon cartable en carton bouilli qui sentait le cuir, mon tablier gris, lui aussi tout neuf.
En voici un Cartable, ce n'est pas le mien, il a du en faire pas mal des rentrées celui-là !
Et je marchais heureux aux cotés de mon grand frère. Pensez donc, ma première rentrée à l’école ! Depuis combien de temps avais-je attendu ? Depuis très longtemps à l’horloge qui mesure le temps chez un gosse de cinq ans !
Je connaissais l’école, j’y accompagnais souvent mon frère, mais je n’en franchissais pas la porte, je n’avais pas l’âge. Je regardais rentrer grands et petits, une dizaine de gosses, garçons et filles mêlés, et je rejoignais ma grand-mère, juste à coté.
Ce matin-là, début Octobre 1950, le temps m’avait paru très long, mais j’avais enfin l’âge !
C’est à cinq ans que le maître accueillait dans l’école de la République, sise sous la salle du Conseil de la Mairie, les enfants du village.
Cinq ans, c’est un âge raisonnable pour démarrer l’éducation des gamins. Le langage est assuré, les garçons pissent debout, et les filles se débrouillent elles aussi toutes seules. Il est donc temps de commencer à apprendre lecture et écriture et de compter si les dix doigts sont à leur place, et au complet.
« Vous savez, il lit couramment, et il commence à compter… » C’est ce qu’avait dit ma mère à l’instituteur lorsqu’elle était venue quelques jours avant la rentrée pour m’inscrire à l’école.
Effectivement, à cinq ans je savais lire, écrire un peu, et compter sur mes doigts. Je sais toujours lire et écrire, mais j’ai encore quelques difficultés avec mes comptes, c’est du moins ce que me dit assez souvent mon épouse !
N’ayant pas à m’apprendre à lire ni à compter, l’instituteur m’a installé au fond de la classe, entre les deux fenêtres, sous une espèce de placard mural vitré.
Il y avait dans ce placard différentes sortes de roches, basalte, silex, granit…Assis tout seul à un pupitre en bois, j’ai passé une année à jouer en m’ennuyant avec de la pâte à modeler et des bâtonnets de couleur, en attendant d’avoir six ans, et d’avoir rattrapé le retard de mon année d’avance pour être enfin comme tout le monde, et avoir le droit de feuilleter les livres et de saloper ardoise et cahiers !
Il m’arrive de penser que j’aurais appris beaucoup plus en restant cette année-là avec ma grand-mère Philomène, Bergère et Fauvette, les chiennes, les moutons et les chèvres.
Ma grand-mère m’apprenait les arbres et les plantes, les escargots et les champignons, et j’aurais pu perfectionner mon patois, enfin quoi, j’aurais pu ne pas perdre mon temps !
Fort heureusement, il y avait les récréations, et je crois vous l’avoir dit, elles duraient fort longtemps ! J’ai eu beaucoup d’autres rentrées. Mais ce sont surtout celles de la petite enfance dont je me souviens.
Avec l’odeur du neuf des cartables, des livres et cahiers. La fierté du beau tablier encore raide, ou la petite frustration, quand le tablier était celui du grand frère, un peu usé et rapiécé. Je ne sais pas qu’est-ce qui s’agite dans la tête des enfants que je vois aujourd’hui, dûment accompagnés par un parent, « livrés » en voiture devant la porte…
Je me revois, enfant libre, partant à pied, nez au vent, sautant dans les flaques quand il avait plu, donnant des coups de galoches dans les pierres du chemin quand il ne pleuvait pas, essayant de compter les hirondelles qui se rassemblaient pour aller voir en Afrique s’il y faisait meilleur. Je me revois, guettant les lézards qui profitaient des derniers rayons d’un soleil encore chaud... Bientôt, je pourrais rentrer jusqu’à mi-mollets dans les feuilles tombées des platanes de la place, et me bercer de leur bruissement sous mes pas. Vite un tour de l’église en courant, en tapant fort des pieds entre la sacristie et chez la Jeanne, il y a là comme un écho.
Un tour aussi vers le vieux puits avec sa grande manivelle en fer, une grimpée sur les barres en fer du préau, là où le Père la Pipe gare sa quatre chevaux flambant neuve.
Un tour sur la croix ronde…Non, pas le temps, la porte s’ouvre, il frappe dans ses mains, c’est l’heure de rentrer en classe…
A Bientôt…
11:47 Publié dans Petites Histoires.. | Lien permanent | Commentaires (11) | Envoyer cette note
Commentaires
A te lire, il me remonte dans les narines, l'odeur de cire des tables prêtes pour la rentée et surtout l'odeur du tabac à pipe du maître - Je n'ai jamais retrouvé cette odeur. J'aimerais tant savoir ce qu'il fumait.
Et puis il y avait la fameuse encre violettre que l'on mettrait dans les encriers, mais nous, comme nous étions les petits nouveaux, nous n'avions droit qu'à l'adoise et la craie. Je ne me souviens plus quand on a pu utiliser les crayons et les cahiers. Mais j'étais jaloux des grands - ceux de six ans - qui avaient l'encre, le porte plume, et surtout le fameux buvard rose.
Nous avions tous la blouse grise et des culottes courtes.
****
L'instituteur, le Père la Pipe, il mettait du gris dans sa pipe.
Il est mort du cancer de la gorge en 74 ou 75.
C'est dur l'enseignement !
Ecrit par : xyZorglub | 29 août 2007
Bravo pour votre site.
Comment avez-vous réussi à alargir, à centrer la fenêtre de votre blog ?
Le mien est à gauche (http://laureenscene.blog50.com/archives/) !
Merci de votre aide.
***
Pas très facile à expliquer, d'autant que j'ignore vos compétences en informatique, et vos connaissances en langage HTML.
Il faut travailler sur la feuille de style, et c'est en fonction de ce que vous voulez faire, que vous élargirez la partie centrale et la bannière, que vous choisirez vos couleurs, les polices...
En étant curieux et obstiné, c'est comme ça qu'ont procédé nombre d'internautes, on peut donner un nouveau look à son blog.
Premier conseil :
Lire le mode d'emploi dans la page d'accueil de Blog50.
A Bientôt.
Ecrit par : Josiane | 29 août 2007
Tiens j'ai la chanson de Catherine Lara dans la tête, "la craie dans l'encrier", c'est malin !
Ecrit par : Loïs de Murphy | 29 août 2007
que j'aime quand Crabillou reprend son ardoise , sa craie, et va au tableau! que j'aime , ces bouffées d'enfance sous ta plume Sergent Major, que j'aime te voir marcher dans les feuilles avec Philomène!
Ecrit par : framboisine | 29 août 2007
Comme il est beau ce texte sur ta premiére rentrée.Pour moi, c'était en 1949.Et la derniére en 1999.Avec ton texte, j'ai retrouvé l'odeur du carton bouilli et de l'encre dans l'encrier.
Je suis d'accord avec toi quand tu dis que tu aurais du rester un an de plus avec ta grand-mère ....
Moi aussi je lisais trés jeune et je me suis un peu ennuyée jusqu'à 6ans.Mais la maîtresse du petit village ou nous habitions alors me demandait d'aider mon cousin pour son apprentissage de lecture...
Je suis restée dans cette école jusqu'à 9ans (année du déménagement de mes parents)J'avais aussi une enseignante spéciale.Elle faisait travailler les bons élèves, laisser les autres de côté, quitter la classe pour boire un verre dans la pièce à côté.Tous les parents connaissaient son penchant pour la bouteille , mais l'institutrice et le curé étaient les notables du village....
A 9 ans j'ai déménagé à Target et découvert un enseignant merveilleux.
Les enfants en voiture, vaste sujet....D'accord les parents sont pressés et ne laissent plus les enfants libres comme nous étions à notre époque.Mais.....
Mes petits enfants rentrent seulement dans une semaine , donc j'ai encore quelques jours de garde pour ma petite-fille.
Bonne rentrée littéraire, Crabillou .
Ecrit par : Allier-née | 29 août 2007
J'applaudis à ta note lue à l'instant....Comme on ressent tes émotions d'écolier....ta sensibilité se révèle dans le texte...et puis tu nous rappelles les odeurs du cuir, de la craie, de l'encre, de l'éponge pour effacer le tableau, mais aussi les jours où je m'ennuyais un peu...pendant les cours de maths...
zéro de conduite, et la maitresse qui me disait : Hélène, vous êtes encore dans vos nuages???phrase restée dans ma mémoire...pas ma faute si je suis toujours fâchée avec les chiffres....
Je t'embrasse et attend la visite guidée de ta ville...
Hélène
Ecrit par : hélène | 29 août 2007
Alain, je crois que ton école ressemblait à la mienne..et le cartable aussi...
Je n'avais aucun mértite à arriver la première:le magasin bleu tenu par me parents étaità 50 mètres..
L'hiver,je rentrais dans la salle de classe me réchauffer auprès du grand poêle à bois...et au printemps je guettais le premières tulipes..
Comme je l'ai aimé cette petite école du Lot.
Bisous
Betty
Ecrit par : betty | 29 août 2007
Alain ,je retrouve les odeurs,
les souvenirs de flaques d'eau,
les coups de galoches en bois,soigneusement (pour atténuer le bruit et l'usure)ressemellées avec une bande crantée caoutchoutée,
Tablier noir , l'odeur,le nom brodé en rouge.
Notre poëte est de retour.
Merci Crabillou pour ces souvenirs ,pas de nostalgie que du bonheur.
Je vous embrasse.
jeanne
Ecrit par : jeanne | 30 août 2007
chacun revit avec nostalgie cette entrée dans le monde de l'école ... chacun est imprégné des odeurs ! du poêle à bois qui crépitait dans un coin de la classe, de la craie écrasée sur le tableau noir, de la cire des bureaux lustrés pour le jour de la rentrée .... et revoit la baguette posée dans un coin prête à taper sur les doigts des cancres, le bonnet d'âne pendu au porte manteau .. et la cour de récré où enfin on pouvait s'ébattre et jouer au billes .. en attendant de se remettre en rang pour à nouveau regagner nos places en silence...
Ecrit par : michka | 30 août 2007
Tous de très bons élèves, je m'imagine la classe de surdoué(e)s ?
En ce qui me concerne, je m'y rendais sans joie particulière, une quand même, la date des vacances prochaines.
La, proche de la nature, je devenais maitre à mon tour, et je faisais découvrir aux amoureux des tableaux, ardoises, plumes sergent major, les joies et beautés de la nature. Je me souviens des sourires radieux et du " à demain ".J'aimais ces matins là.
***
Pourquoi une "Classe de surdoués" ?
J'ai connu dans ces périodes des "Cancres" de génie, et qui ont parfaitement réussi leur vie.
Je vais sans doute narrer la suite des "aventures" que j'ai vécues avec l'un d'eux....
Pourquoi tant d'amertume Sans Voix ? S'il vous prend l'envie de la retrouver votre voix, ma rubrique "Le Coin du Visiteur" vous prêtera volontiers un micro !
Cordiales Salutations.
Ecrit par : S.V | 30 août 2007
Salut gamin,
Je lis avec bonheur tes souvenirs de gosse libre, les mains pas dans les poches et les yeux grands ouverts. C'est la sensation de bonheur qui se dégage de ces lignes, et tu as le don de raconter ces choses simples avec un talent fou. Un grand merci pour ce récit. J'espère que tu gardes ces morceaux choisis pour tes petits enfants !!
Toutes mes amitiés
Le grillon
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Salut ami.
Si je n'étais pas aussi paresseux, je pourrais même en faire un livre...Je vais peut-être le faire !
A bientôt....
Ecrit par : christian | 30 août 2007




