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10 mai 2007

Avis à la Population...

La Pierre du Garde...

  

« Avis… » C’est par ces mots, après un roulement de tambour, que « le Garde » Donnait à la « population » les informations communiquées par la Mairie.

 La dite population qui en général était au travail dans les champs ou à l’usine, pouvait aller consulter les infos « à la grille ».

 « Ha bon, et qui est-ce qui  t’a dit ça ? »

 « C’était dans la grille… »

 « Bon, j’irai y voir ! »

 Effectivement, on pouvait "aller y voir "dans la grille.

 La grille…Pour peu que vous soyez un peu curieux, vous en avez vu un peu partout de ces « grilles », anciennes ou rénovées.

 Elles sont accolées contre un mur, celui de la Mairie, ou à proximité.

 Elles sont semblables à des placards où on ne pourrait rien ranger, parce qu’insuffisamment profonds, et dépourvus de rayonnages.

 C’est là que sont affichées toutes les informations importantes et indispensables au citoyen rural.

 La réglementation sur la chasse, les avis de la chambre d’agriculture sur les traitements des vignes et des vergers, l’horaire des cars de ramassage scolaire, les compte-rendus des conseils municipaux, enfin tout quoi !

 Elles font partie de notre patrimoine ces grilles, car longtemps, elles furent, avec le journal local et le livre de messe en latin, le catalogue de Manufrance aussi, pour les plus aisés, la seule lecture de bien des habitants de nos campagnes !

 C’est donc le garde qui était chargé d’afficher tout ça dans la grille.

 « La grille », que j’ai bêtement oublié de photographier, hélas, ce n’est plus celle de mon enfance, mais je le ferai à la première occasion, promis.

 « Avis… » 

 " Tous les chiens qui pissent lèvent la cuisse!", c'est ce que les gamins rajoutaient quand le garde était parti. On respectait l'autorité à l'époque !

 Appuyé sur son vélo, aussi rouillé que lui, Etienne, « Bibette », lisait le communiqué à cinq ou six endroits du village, où seuls un ou deux vieux alertés par le tambour venaient parfois au nouvelles.

 Ils relayaient l’info, et chacun allait voir à la grille.

medium_Pierre_du_Garde.JPG

 Avant de placarder le précieux document dans cette fameuse grille, avec des punaises que nous arrivions à chaparder à travers le grillage, Etienne qui fut le dernier garde-champêtre en exercice au village,posait son vélo contre l’église, et juché sur la « Pierre du Garde », il faisait son boulot.

 C’était pour nous un spectacle, quand nous avions la chance d’être en récréation à ce moment là.

 Et c’était assez souvent, car les récréations étaient très longues dans notre école !

 La Pierre du Garde, réservée au serviteur de la République était, et elle est toujours, placée au coin gauche de l’église.

 J’imagine que si elle avait eu une jumelle au coin droit, celle-là eut été réservée au Curé.

 Etienne fut le dernier garde du village, c’était un brave homme, rouquin comme c’est pas possible, et buvant volontiers le canon.

 Je n’ai pas le temps d’approfondir ici, mais il serait intéressant de faire une étude sur le sujet.

 Est-ce qu’il y aurait une certaine prédisposition génétique chez les garde-champêtres ou leur descendants, à ressembler comme deux gouttes d’eau à leurs compagnons à quatre pattes ?

 Les deux seules personnes au village qui ressemblaient à leurs animaux, c’était Etienne, le garde, qui ressemblait « vraiment » à son cheval, et Dré du Garde, le fils d’un garde mort bien avant que je sois né, qui lui, ressemblait à son chien.

 Et ne me dites pas que je raconte des âneries.

 Dans mon enfance, je les voyais presque tous les jours, je sais ce que je dis quand même !

 J’eus deux confrontations avec le garde.

 La premère, c’était en 54, l’année de la mort de ma grand’mère Philomène. J’étais allé seul au petit bout de vigne que nous avions aux « Maillots ». Il y avait là un trésor, un arbre qui donnait des pêches-prunes ! Ce fruit, genre brugnon n’était pas si courant à l’époque.

 Installé donc sous cet arbre, je dégustais avec gourmandise ces fruits qui pour moi aujourd’hui ont le goût du bonheur de l’enfance.

 Fort de son autorité, Etienne, pesrsuadé que j’étais en train de chaparder le bien d’autrui tenta de me déloger.

 Fort de mon bon droit, je me serais plutôt fait hacher menu sur place que de décamper !

 « Je le dirai à ton père ! » grogna-t-il, décontenancé par la « résistance » d’un gamin mal débarbouillé de neuf ans.

 Il le dit à mon père qui se mit à rire, ils burent ensemble un canon, peut-être deux.

 La deuxième, un peu plus tard, je devais avoir douze ou treize ans. Je revenais du pré des « Gravilles », et je ramenais Samba, notre jument.

 Samba n’aimait pas les vaches, ne me demandez pas pourquoi, je n’en sais rien. C’était ainsi. 

 Or ce jour-là, nous nous sommes retrouvés à l’abreuvoir de la place, alimenté en eau de Volvic comme il se doit, au beau milieu des vaches de la France.

 la France, vous voyez, la fille de l’ancien forgeron, la sœur de Sylvain, l’unijambiste…C’est vrai que vous n’êtes pas du pays, vous ne les avez pas connus.

 Bref, Samba commença à boire parce qu’elle avait soif, puis couchant les oreilles, mauvais signe, elle rua lorsque une vache la toucha je pense.Elle se cabra à demi, manquant me jeter à terre.

 Heureusement qu’il n’y avait pas une pleine charrette de journalistes et de cameramen, c’eut été l’accident !

 Affolées, les vaches repartirent dans la cote des Gonots en meuglant.

 La France hurlait à qui mieux mieux, ce qui finit de semer la panique.

 Saisi soudain d’une inspiration venu du tréfonds de mes origines, sans doute l’ atavisme du cavalier Arverne, la génétique est incontournable, je partis à la poursuite du troupeau,et doublais dans la descente les quatre ou cinq fugitives.

 Le galop en descente, lorsque vous montez à cru, il faut serrer les genoux !

 Décontenancées par la manœuvre, les braves vaches s’arrêtèrent, et je pus les ramener dans le bon sens.

 La France s’en été allée quérir Etienne.

 « Tu peux pas faire attention non ! » Ce fut tout.

 J’ai presque honte de le dire, mais comme je n’étais plus enfant de cœur lorsqu’il est mort, je ne me souviens pas de sa disparition.

 Il fut le dernier garde du village, ça, je vous l’ai déjà dit…

  

A Bientôt…

  

PS : Je vous parlerai peut-être des gardes qui l’ont précédé, Joseph Bourène, je l’ai connu, mais surtout Ponpon, que je n’ai pas connu, mais dont mon père m’a souvent parlé.

Commentaires

Après beaucoup d'années d'observation, je témoigne sur ce sujet de la ressemblance de l'animal domestique avec son maître.

J'espère seulement que tous les moutons ne vont pas se mettre à ressembler à leur maître. Amitiés. M

Ecrit par : monique-âne | 10 mai 2007

J'ai entendu parler de tous.J'ai connu la France.Tu avais de la chance d'avoir George, ce super blagueur pour te défendre.
De Seine et Marne je passe le tambour pour annoncer la naissance d'Antoine , le troisième fils de Florence.Encore un qui verra monsieur le président vieux.
Les jeunes Touretaires de ton âge ont eu je le sais les plus grandes récréations de France.Quel exploitCela t'a bien réussi pour ton coup de plume.
bisous
...
Allons-y, passons le tambour !
Bienvenue à Antoine dans notre monde merveilleux.
Bonne chance et longue vie à toi petit !

Bises à la tribu.

Ecrit par : Allier-née | 10 mai 2007

Quel bain de fraicheur dans vos souvenirs,ils doivent rassembler ceux de nombreux lecteurs.
Hier Anne Marie nous racontait son village.
Que c'est bon loin des criailleuries à la mode.
Je suis aussi d'accord pour la ressemblance,apparence, caractère, notre Bibiche ,labrador de Terre -Neuve,compagne des longues promenades de mon mari
parkinsonien,était d'une douceur ,mais surtout lente ,comme son maître,à qui elle n'obéissait pas ,mais se collait contre lui à la moindre alerte,ils étaient inséparable,je crois que le patron ç'était elle ....
Bonne journée Grabillou.
Avec mes amitiés.
jeanne
...
Aucune importance pour le doublon, ça arrive à tout le monde.
Merci pour votre fidélité...Je vous embrasse.
Alain.

Ecrit par : jeanne | 10 mai 2007

Avis. Tant qu'on peut en donner un, mieux vaut s'abstenir. La chose est sans importance.
Bonne soirée Alain et
@+ tard.

Ecrit par : mmu | 10 mai 2007