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22/04/2007

Liberté, Liberté Chérie....

La Vache et les Prisonniers...

  

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 Quelle mot merveilleux, liberté !

 Que de choses dites, que de choses, belles et moins belles, faites en son nom.

 Les hommes ne sont pas les seuls à rêver d’elle.

 Des animaux aussi veulent la garder cette liberté, ou la retrouver…

 C’était il y a bien longtemps mes petits, disons en 56 ou 57, pas plus.

 C’était par un bel après-midi d’automne.

 Nous étions aux Roses, dans le champ du haut. C’était donc avant le remembrement. D’ailleurs, après les remembrements, l’histoire que je vais vous conter n’aurait pas pu se dérouler, le paysage n’y était plus favorable.

 Nous étions donc, toute la famille, dans le champ de patates.

 Le père, d’un coup de bêche bien placé, extirpait de leur gangue de terre de belles patates, des bintjes.

 Elles avaient été plantées le premier Mai, comme il était d’usage, et aussi parce qu’étant de repos ce jour-là, les ouvriers comme mon père étaient disponibles pour effectuer ce travail.

 Nous étions là, nous ramassions les patates.

 Les grosses d’abord, que nous mettions en tas, à peu près la valeur d’un sac, et les petites, ensuite, sans doute les meilleures, destinées au cochon.

 Elles resteraient là, couvertes avec les fanes, jusqu'au lendemain, on les laissait "étourer".

 Il n'en manquerait pas une le lendemain, enfin je crois, on ne les comptait pas !

 Soudain, au milieu des mille bruits de la campagne vivante, des cris, venant semblait-il du village.

 Et puis, sur le chemin de la Croix de Magne, courant d’une belle allure, une vache, normande, ou montbéliarde peut-être.

 Et courant derrière elle, avec force cris et gestes, Maurice, et d’autres, essayant de la rattraper.

 Elle venait juste d’être achetée à la grande foire d’Ennezat, une des plus grosses foires de la région qui se tient une fois par an, pour la Saint Michel.

 Quelle mouche l’avait piquée la belle génisse ?

 Un caprice de vache enceinte sans doute, car elle était pleine.

 Maurice avait acheté une génisse pleine, comme le faisaient beaucoup de paysans à cette foire.

 On les reconnaissait facile les vaches à Maurice, grasses à pleine peau, le poil luisant, étrillées comme des princesses.

 Leur boulot à ces vaches, c’était de faire des veaux, et de donner un lait mousseux, de ce lait qui au bout d’une heure dans le bidon, tu passes ton doigt dedans, et c’est de la crème !

 Il les bichonnait et les soignait bien ses bêtes Maurice.

 Mais malgré ça, cette génisse, dont j’ignore le nom,  je ne l’ai vue que ce jour-là, elle avait décidé de découvrir le monde.

 Quittant le chemin bordé de noyers, n’ayant aucune envie de se faire bloquer et capturer dans le bourg de Saint-Bonnet, la bête coupa vers la Croix sans Tête.

 Là, le terrain devint plus favorable à une vache en cavale.

 Des chaumes, des vignes, et de l’autre coté de la route, encore des chaumes, des broussailles…Elle avait gagné !

 Essoufflés et vaincus, les poursuivants renoncèrent à la suivre.

 Il fallait changer de tactique, obtenir des renforts, organiser la battue.

 A la nuit tombée, la vache avait disparu.

 Elle était bien à l’abri dans une zone de broussailles, les Caillots, terres ingrates et caillouteuses que les rares tracteurs n’avaient pas encore défoncées.

 Quel émoi dans le village. Non pas qu’une vache se soit échappée de sa pâture, ça, c’était monnaie courante, mais surtout qu’elle n’ait pas été rattrapée.

 Plusieurs jours passèrent, elle avait été vue là, là encore, ailleurs aussi, enfin on avait cru la voir.

 Des rumeurs, du genre :

 « T’inquiètes pas, une belle vache comme ça, elle n’a pas été perdu pour tout le monde, c’est moi qui te le dis ! »

 Plusieurs semaines passèrent, elle réapparaissait, toujours plus farouche, passant d’une commune à l’autre, sans souci de nourriture, les champs de luzerne ne manquaient pas dans la région.

 Elle réapparut un jour avec son veau, un veau né libre à l’égal de ses lointains ancêtres, les aurochs gaulois, qui n’étaient pas poursuivis par Maurice eux, mais par Charlemagne !

 Je ne suis pas sûr, mais si je me trompe on me le dira, elle passa l’hiver dehors.

 Plusieurs fois, elle et son veau faillirent être capturés.

 Le veau forçait l’admiration, aussi véloce que Guy Drut, bien avant son amnistie, il sautait comme sa mère par-dessus les murets.

 Mais tout a une fin.

 La belle et son jeune clochard furent capturés, ils s’étaient mêlés à un autre troupeau, près de Charbonnières les Varennes.

 Ce fut la fin de l’aventure, et c’est justice, ils eurent les honneurs de la presse.

 Une vache qui prend le maquis, en ces terres de Résistance, ça vaut bien un article et une photo non !

 Ils durent connaître le destin de tous les bovins élevés par les hommes, pour les hommes.

 Mais il se pourrait bien que pendant quelques temps des gens aient trouvé que leur beefsteak et leur escalope avaient meilleur goût que d’habitude.

 Normal, c’était le goût de la liberté.

    

 A Bientôt…  

Commentaires

Ce billet me ravie.
Beaucoup de souvenirs,même si je n'étais qu'une campagnarde de vacances.
Et sur la Liberté...
Que sont réellement aujourd'hui,devenues...
Liberté..Egalité..Fraternité
Tres bonne journée ,à ce soir,je suppose que nous aurons à chaud vôtre humeur d'un jour aussi important
pour tous...amitiés....jeanne..

Écrit par : jeanne | 22/04/2007

Vachement bien...

Écrit par : mmu | 22/04/2007

toujours sympa..bonne jounée...
Bises
Marie claude

Écrit par : MARICLO | 22/04/2007

Salut Alain

C'etait en 58 et retrouvée le 11.11 à Marsat 10 km plus loin.Maurice,avec le recul mon père etait très fier de sa vache et serai très heureux de l'hommage que tu lui rend aujourd'hui.bel hymne à la liberté
MERCI pour ton talent;quelle mémoire.
Bises
...
Tu vois, comme c'est difficile de retranscrire l'histoire.
C'est donc à Charbonnières les Varennes qu'eurent lieu les sauts de murets, avant que redescendue dans la plaine, la vache à Maurice, se rendit, la tête haute.
Comme Géronimo...
Je laisse l'histoire dans l'état, j'y ai dit l'essentiel.
Bisous...

Écrit par : lailai | 22/04/2007

Je ne pense pas qu'elle était normande parcequ'en 58 les normands sont nettement sédentarisés depuis pas mal d'années.

Bien avant peut-être avec le goût de la liberté et d'aller voir ailleurs. Amitiés. Monique

Écrit par : monique-âne | 22/04/2007

une belle histoire en vérité..
à la même époque il m'arrivait d'aider (j'avais dix ans) les grands (14 ans) de la ferme d'à côté à emmener ou faire revenir les vaches des prés. Il nous arrivait de traverser une nationale avec le troupeau de 5 à 10 vaches (maintenant il est évident que cette route à 4 voies serait impossible à traverser). Les vaches souvent étaient effrayées par le bruit d'une éolienne à l'entrée du village et s'enfuyaient. A plusieurs reprises il a fallu faire intervenir les adultes pour récupérer les vaches éprise de liberté.....Mais ces jours là, stréssées le lait n'était pas trés bon à la traite..........

Écrit par : pierlouim | 22/04/2007

J'utilise l'ordinateur de ma fille pour te féliciter pour ce récit qui fait partie de la mémoire familiale.
Ton pote vient de me dire que la vache était montbéliarde.
Je suis ravie d'être plus ou moins parente avec cette vache rebelle et revendiquant sa liberté....
VACHEMENT BIEN et quelle mémoire de VACHE, non EXcuse d'ELEPHANT.
Amitiés du troupeau.

Écrit par : Allier-née | 23/04/2007

Les commentaires sont fermés.

 
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