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03 mars 2007
Ainsi soit-il...
1958...C' était Hier...
Un message venu des bords de la méditerranée reçu hier, m’a soudain replongé dans ce passé dont je vous livre quelques bribes, de temps à autres.
En un instant, j’ai vu ressurgir dans ma mémoire des images enfouies, des silhouettes, des ombres, des sons, des chants et des pleurs…un pan de vie déjà vécue, mais pas oubliée.
Le petit garnement à lunettes que je fus a grandi, ceux qui vivaient autour de lui aussi, et beaucoup sont morts, ainsi va la vie.
Et me revoilà à nouveau en culottes courtes, dans ce village semblable à beaucoup d’autres, mais qui pour moi restera unique.
Elles sont parties les petites filles endimanchées, jupes sages bleu marine et corsages blancs, accompagnant leur mère à la messe du Dimanche.
Ai-je seulement échangé une seule phrase avec elles ?
Je n’en suis pas sûr…
Hier, l’une d’elle m’a écrit...Michel, le goréticide en sabots, victime d’un tracteur assassin…"Michel était mon grand’père. " Me dit-elle.
Eh oui, Michel était son grand’père .
J’avais treize ans quand il est mort, un beau jour d’été, elle en avait sept.
Je n’ai pas servi sa messe d’enterrement à Michel, comme je l’ai fait pour beaucoup d’autres.
J’avais depuis peu rompu mon contrat d’enfant de chœur.
Etre enfant de chœur au village, si ce n’était pas obligatoire, c’était tout de même dans le parcours des gamins comme un passage naturel, tout comme le catéchisme.
Il y en avait quatre des enfants de chœur à la grand’messe du Dimanche, deux confirmés, qui assuraient le service , plus deux autres, plus jeunes en général, et qui étaient, nous dirons en apprentissage.
Le travail était assez simple, faire tinter la clochette au moment de l’élévation, répondre en latin, déplacer le grand livre et les burettes, passer le plateau de la quête, distribuer le pain bénit les jours de fêtes.
Des tâches simples, mais qu’il fallait accomplir dans le bon ordre.
Certaines de ces tâches, telle la quête, permettaient à un esprit curieux de découvrir les cotés cachés des habitants du village. La radinerie congénitale de certains par exemple.
L’enfant de chœur qui tenait le petit plateau sous le menton des fidèles à l’heure de la communion, risquait fort de voir anéantie sa vocation de chirurgien-dentiste, devant les désastres offerts à sa vue, dans ces bouches grandes ouvertes attendant l’Eucharistie.
Certaines tâches pénibles aussi, comme d’accompagner le prêtre pour l’extrême-onction, puis le jour de l’enterrement, faire le tour du cercueil avec encensoir et bénitier.
Les enterrements d’aujourd’hui sont plus sobres, le cérémonial s’est débarrassé de beaucoup de ces rites.
Ils y gagnent en simplicité, mais perdent beaucoup de leur solennité.
Il y avait quelque chose de majestueux dans les chants en latin.
La platitude de la traduction en français fait des défunts des gens ordinaires, ils partent ailleurs ou pour le néant, sans la majesté des morts d’antan...
Je fus donc enfant de chœur, sérieux et appliqué, comme je l’étais dans tout ce que je faisais, lorsque j’étais enfant.
Sérieux et appliqué en classe, sérieux et appliqué au catéchisme, je savais tout par cœur .
Sérieux donc, et appliqué à la Messe.
Mais nous n’étions que des gamins, et pour certains, trois quarts d’heure ou une heure, c’est ce que durait la grand’messe, c’était long !
Un Dimanche d’été, l’année de mes douze ans, ma carrière s’acheva brutalement.
A douze ans, je maîtrisais mon art, j’étais en pleine maturité, une sorte d’enfant de chœur d’élite.
Je fus même requis pour seconder Monseigneur Pierre de la Chanonie, Evêque de Clermont, pour la cérémonie de la Confirmation, dans l’Eglise Sainte-Anne de Chatel-Guyon, c'est dire !
Sérieux et appliqué, je vous l’ai dit !
Et ce Dimanche pourtant, qu’y avait-il dans l’air, je l’ignore ou ne m’en souviens plus, toujours est-il que les murmures et ricanements étouffés de deux de mes collègues en chasuble agaçèrent fort le prêtre officiant.
A un moment, il y avait comme une pause, le prêtre et les enfants de chœur s’asseyaient de part et d’autres de l’autel, passant le relais à l’harmonium et aux choeurs.
Il y eut encore quelques pouffements. Et ce fut le drame !
Se devant de rétablir l’ordre, le curé, car un prêtre qui commet une erreur redevient simple curé, se tourna vers moi et me fit une remontrance.
Est-ce en choisissant au hasard qu’il le fit, ou délibérément parce que j’étais le seul qui n’avait personne de ma famille dans l’église ? Je l’ignore, et ne le saurais jamais.
Ce fut pour moi comme une gifle !
Vous qui me lisez, ne soyez jamais injuste avec un enfant.
Pour un enfant, l’injustice, c’est comme un monde qui s’écroule !
En un instant, je vis comme un grand rideau se déchirer, et s’ouvrit devant moi la vie que je vis encore, une vie sans religion et sans dieux, ni Dieu.
Je me revois, tremblant de colère mal contenue, me lever et partant vers la sacristie, quittant la chasuble blanche un peu mitée, et posant avec elle, la charge et les devoirs qui incombent à un enfant de chœur de la Sainte Eglise Catholique, Apostolique et Romaine, amen.
J’ai traversé ensuite l’église, putain que c’est long l’allée centrale d’une petite église de campagne, quand tu la traverses au milieu de tout le village qui te suit des yeux, femmes à gauche, hommes à droite et surtout, sur la manche gauche de ta chemisette à carreaux, cet accroc pas raccommodé !
L’injustice, la colère, et la honte, ça fait beaucoup pour un seul jour !
…La lourde porte, et la lumière, un pas vers la liberté...
Epilogue.
Avec le recul, je suis sûr que les gens ont cru que c’est le curé qui m’avait renvoyé.
Il aurait pu, et du, dans son prêche expliquer l’incident.
Il ne l’a pas fait.
Jamais non plus il ne m'a parlé de cet incident. Et je le regrette encore aujourd'hui, car c'était un homme que j'estimais beaucoup. Peut-être vous en parlerais-je un jour. J'ai encore en mémoire certains de ses prêches, puissants et profonds...
Personne au village ne m'en a parlé non plus, ils sont pourtant encore nombreux,ceux qui assistèrent à la scène...Mystère...
Il est mort avant de devenir évêque, Justice Divine…Hum, qui sait ?
J’ai posé la religion avec ma chasuble, la foi ne m’a pas quitté, je crois sincèrement ne jamais l’avoir eue.
Mais j’ai quand même su faire preuve de charité chrétienne !
L’année suivante, à la demande de son épouse qui y tenait, une brave femme qui m'aimait beaucoup, j’ai servi la messe d’enterrement d'un homme que je n'aimais guère..
C’était pourtant lui qui avait tué Jaca, ma pie apprivoisée…Elle aussi elle a une histoire, un jour, peut-être....
A Bientôt…
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Commentaires
et voilà comment on fiche en l'air des vocations !!!
rien à regretter semble-t-il...
je fus aussi enfant de choeur...résultat!
cordialement
Ecrit par : henri | 03 mars 2007
Comme c'est étrange Alain!Je viens d'écrire un commentaire chez Anne-marie et il y a pas mal de similitude sur la façon de sortir d'une Eglise!
Oui, une injustice ,je l'ai vécue en pension:un vieille peau de nonne m'avait accusée injustement d'avoir chapardé un stylo Bic..!je l'ai très mal vécu..l'âme est parfois difficile à cicatriser!..mais de là est né le combat que j'ai toujours mené pour que l'idéal de justice soit préservé!
Bon week end à toi et à Laurence
betty
Ecrit par : betty | 03 mars 2007
Et voilà comme il se tut et comme chacun sait, le silence tue celui qu'il enferme.
Comme la "parole" manque à cette histoire... Les silences qui créent des mystères et laissent un enfant dans le doute de lui même sont des poisons violents.
Nous avons tous, je crois, notre lot de blessures silencieuses...je crois que les miennes ont créé ma vocation : donner la parole aux personnes, aux lieux et aux objets qui nous racontent notre histoire...parce que même 75 ans après, même pour les générations suivantes, la parole est guérissante.
Merci de ce témoignage...nous sommes sans doute nombreux de notre génération à avoir perdu la foi pour un silence...mais quelle richesse nous avons gagné en échange .
Bonne journée sans dieu ni diable, mais pas sans génie.
Ecrit par : Anne-Marie | 03 mars 2007
J'etais sans doute là ce jour là et n'en ai aucun souvenir.Mon admiration pour le pretre dont tu parles etait sans borne mais il etait souvent extrement injuste avec des preferences très marquées.Bravo au gamin de 12 ans qui a eu une réaction trés courageuse.
Bisous
Ecrit par : lailai | 03 mars 2007
Je t'absous mon fils;je comprends mieux aujourd'hui ta réaction.Oui heraime aussi a été bléssé bien des fois;mais le pardon a toujours été le plus fort,c'est ainsi,on ne se refait pas.Mais il est vrai que l'on peut être marqué à vie.Ainsi,je t'absous d'avance pour tout le mal involontaire,à ton insue,de ton plein gré, de toutes les injustices que tu commettras dans le futur contre ces terribles barbares de foreziens.bises à laurence
Ecrit par : heraime | 03 mars 2007
Ce curé à mon sens à commis une erreur, une faute géniale, d'une simple remontrance, il t'as fait passer de l'obscurentisme "Aux Lumières".
Ecrit par : Merci la mère au chat | 03 mars 2007
J'ai interrogé ton pote au sujet de cet événement et il ne s'en souvient pas.
Par contre il se souvient que tu étais un excellent élève , plus que brillant en rédaction (comme on disait à l'époque).
Tu as bien fait de prendre la porte.C'était très courageux( dans le contexte de l'époque)
J'ai aussi été victime d'injustice de la part d'un curé quand j'avais 10 ans et je pense que cela m'a permis de ne pas être trop injuste plus tard avec mes élèves.
Tu serais peut-être moine maintenant et nous n'aurions pas le plaisir de lire ton blog.
Bisous
...
C'est vrai, il n'était pas rare que le maître lise mes rédactions devant toute la classe.
J'écrivais d'un jet, directement sur le cahier, sans faire de brouillon...C'était pour moi plus un plaisir qu'un exercice ou un devoir.
La rédaction de notes et de rapports techniques pendant de nombreuses années n'a pas arrangé mon style, il y a des jours où je me dis que c'est dommage...
Amical salut à toute la tribu...
Ecrit par : Allier-née | 03 mars 2007
Toute la journée j'ai reflechi à cet evenement dont je ne me souviens pas. Par contre il est bien que tu es retabli la vérité :le bruit avait circulé dans le village que tu avais été renvoyé.Un de ces jours parle nous des preches du fameux curé qui n'aurait malgré tout jamais ete eveque ;il aimait bien trop la vie
Bisous
....
Il est fort possible que tu n'ais rien remarqué.
Il n'y a eu ni gestes ni éclats de voix.
Ce fut une affaire entre lui et moi, une phrase chuchotée et un regard noir que je n'ai pas supportés.
Dans l'église, les gens n'ont vu qu'un enfant de choeur rentrer à la sacristie, et partir avant la fin de la messe, c'est tout.
Ton plus jeune frère se souvient peut-être, d'ailleurs, maintenant qu'il y a prescription, je peux le dire, c'est lui qui faisait le zouave.
Je crois que les autres enfants de choeur, c'était Roland, Alain Ch. et ton frère.
C'est une histoire anodine, mais j'avais le coeur pur à l'époque.
Et qu'un prêtre puisse faire une injustice, ce fut pour moi un choc, la preuve, je ne l'ai pas oublié !
Bisous et Bon Dimanche ...
Ecrit par : lailai | 03 mars 2007
Eh beh, voila, tu as remis les pendules à l'heure, les barres au T et les points sur la sacristie. Moi aussi , je fus enfant de choeur, apte à réciter le Confiteor, les répons en latin et à boire le vin de messe en cachette. L'injustice en public ne se tolère guère, quelque soit l'âge. Je suis certain que tu devais avoir l'air furibond en descendant cette foutue allée de l'église. Mais il vaut mieux avoir une colonne vertébrale que courber l'échine !! Tu as fort bien réagi. Mais de là à y puiser la source de ton incroyance, il y a une marge...
...
Non Christian, ce que tu appelles mon "incroyance" ne date pas de ce jour.
Je pense, et je le dis d'ailleurs à la fin de ma note, que jamais je n'ai eu la foi.
Je me suis comporté jusqu'à douze ans comme tous ceux qui vivaient dans un village de culture catholique, mais honnêtement, les prières et les rites étaient plus des habitudes que de la ferveur.
Une fois peut-être, parce que j'étais désespéré par la mort de ma grand'mère, j'ai imploré ce Dieu dont on nous parlait tant, pour qu'il me la rende.
Ma prière est restée vaine, j'avais neuf ans.
S' il existait, un vrai Dieu ne laisserait pas pleurer un gosse de neuf ans !
Salut à toi Grillon.
Ecrit par : christian | 03 mars 2007
C'est ce qu'on appelle une sortie en beauté et en honneur sauf. Le pauvre curé n'a pas dû comprendre, mais tu as raison ,mille fois raison: ne jamais commettre d'injustice à l'égard d'un enfant, c'est la pire insulte faite à l'innocence. Et ton coeur n'en a rien perdu en accueile et charité, d'ailleurs, pourquoi lie-t-on souvent charité à l'adjectif chrétienne? A croire que sans l'adjectif, elle n'est plus rien.
Bonne nuit, petit enfant de coeur ! Framboisine
...
Et comme aurait dit le curé à l'époque...
Rectificat est...Merci à Wily pour son com'
Ecrit par : Framboisine | 04 mars 2007
Chez certains cette histoire aurait été l'occasion de rire un bon coup, de se moquer de l'esprit Rikiki (oh pardon) de l'institution religieuse.
Pour déclencher un tel tollé, je me dis que peut-être le bobo a des racines profondes.
Mais bon je ne suis pas psy non plus, je peux me tromper. Amitiés. Monique
Ecrit par : monique-âne | 04 mars 2007
je viens de lire ta note aujourd'hui seulement. Etonnant que le curé n'ait pas essayer de te voir, après, pour discuter, s'expliquer réciproquement. Il est certain qu'avec des enfants, les adultes n'ont pas le droit de mentir, doivent garder la logique, être justes. bon Dimanche, amicalement.Renée
Ecrit par : Renée | 04 mars 2007
N'avez vous jamais eu un fou rire à l'Eglise ?
Aux Vèpres surtout (quels dimanches apres-midi)
Alors là! ! la honte et la porte,enfin ! ! ,assise sur les marches en attendant les autres ,agréable quand même...
Enfants de coeur,vous aviez un sacré prestige
face à nous, pauvres filles affublées de gants,
de chapeaux,et missel à la main.
Quand même de bons souvenirs Crabillou
Amities jeanne
Ecrit par : jeanne | 04 mars 2007
un homme de caractère même a 12 ans
bonne journée
Claude "nunus63"
Ecrit par : nunus63 | 05 mars 2007




