logo Blog50.com
Blog 50 est un service gratuit offert par Notre Temps

11/02/2007

La Vie en Noir et Blanc...

Y'en a toi fait la Guerre ?

 C’est à cause des chamailleries entre les Gaulois et leurs cousins Germains qu’il quitta son Sénégal natal !

 Il vint en Champagne défendre la France, sa patrie.

 Beaucoup de ses frères d’Afrique n’eurent pas sa chance, lui il survécut.

 C’était ce qu’on appelle un « nettoyeur de tranchées »...medium_Yabon.jpg

 Avec ce sens de l’humour qui habitait nos grands stratèges, cet esprit mutin sévit encore de nos jours dans les casernes, les généraux de 14-18 envoyaient les tirailleurs sénégalais « nettoyer » les tranchées à l’arme blanche !

 Gros boulot, car on le sait, le Prussien est assez coriace en temps de guerre !

 Il s’acquitta honnêtement de sa tâche jusqu’au jour où c’est lui qui faillit être « nettoyé ».

 Fort heureusement, la baïonnette « made in germany » ne lui transperça pas les entrailles, mais seulement la cuisse…

 C’est ainsi que le Sénégalais se retrouva à Châtel-Guyon, en plein Pays Brayaud dans un magnifique hôtel, transformé en hôpital militaire.

 Après avoir abrité un Centre Régional d’Education Physique et Sportive, ce bâtiment abrite aujourd’hui une école de police.

 La guerre était finie pour lui.

 Sa blessure à la cuisse guérit assez vite, mais les gaz de combat avaient sérieusement abîmé ses poumons.

 Souvent dans la vraie vie, les destins s’entrecroisent, c’est pain béni pour les écrivains qui en font des romans !

 Le grand gaillard de Casamance se refaisait une santé en terre Brayaude, sur les rives du Sardon qui, pour important qu’il soit, n’a pas la majesté du fleuve Sénégal.

 Il se jouait, à coté de lui, et sans qu’il le sache, un drame de la vie et de l’amour. Et il était dit qu’il devrait jouer un rôle dans cette pièce du théâtre de la vie.

 Elle était dit-on très jolie, et elle aimait la vie.

 Le Capitaine volage n’eut guère de peine à la séduire.

 N’ayant pas la patience d’attendre les lois de Monsieur Neuwirth sur la contraception, elle tomba enceinte, ce qui donna un peu de courage au capitaine pour repartir ailleurs, un peu plus vite !

 La solidarité et la débrouillardise n’étaient pas de vains mots à cette époque, dans une bourgade bourgeoise à la morale stricte.

 Il fallait marier la demoiselle au plus vite !

 On arrangea donc les rencontres d’abord, le reste fut facile, car le jeune homme avait retrouvé toute sa vigueur !

 Les fiançailles furent rapides, et le mariage eut lieu, en noir et blanc.

 Vint au monde une petite fille qui, quoique prématurée selon les dates officielles, était un fort beau bébé.

 Elle avait un défaut cependant, elle était blanche !

 Michel, le soldat noir s’appelait Michel maintenant, s’entendit dire que c’était normal, car la mère était blanche ! La petite allait foncer en grandissant !

 Il affecta de le croire, puis n’en parla plus jamais.

 La petite fille blanche fut aimée autant que les trois sœurs et le frère qui suivirent, par un père noir, qui fut un père exemplaire.

 Michel, le tirailleur blessé à la guerre n’avait pas de pension comme ses camarades de métropole.

 Les « indigènes » des colonies avaient eu l’honneur de défendre leur patrie, on n’allait pas en plus les engraisser à ne rien faire, d’autant que , et tout le monde vous le dira, l’Africain est indolent, il devient volontiers paresseux si l’on y prend garde !

 Il eut droit à un prénom, Michel, et à une place d’employé à la ville.

 Il troqua la baïonnette et le coutelas pour le balai et la pelle, il les maniait tout aussi bien !

 J’avais cinq ou six ans, lorsque je le vis pour la première fois…

 J’ai eu peur, et j’ai serré plus fort la grosse pogne de mon père…

 Nous allions chez Emile, le coiffeur. Là, pendant que mon père se faisait couper les cheveux, je feuilletais  le " Miroir du Sport », en admirant les géants de la petite reine qui te grimpaient les cols avec seulement de la caféine dans le bidon, des cracks, des vrais !

 Il était là Blanchette, assis sur la pierre d'angle, en face de la petite épicerie.

 Non seulement il n’avait plus son vrai nom, mais il avait presque perdu le prénom qu’il avait gagné à la guerre !

 Blanchette, évidemment, Blanchette, ça va de soi pour un Sénégalais !

 La blessure à la cuisse, je l’ai vue, était cicatrisée depuis longtemps, mais à chaque fois qu’il s’entendait appeler Blanchette, une autre blessure, secrète celle-là devait saigner, et ne jamais se refermer...

 J’ai eu peur. Pas du noir, les enfants se foutent pas mal de la couleur de la peau, ils regardent les gens avec leurs yeux et leur cœur, directement, sans le filtre des préjugés, non, j’ai eu peur de son visage !

 Il portait les cicatrices rituelles.

 Troisième fils de la fratrie, sa mère lui avait marqué à la naissance, le visage de trois traits,  avec un tison incandescent…

 Sacrément balafré Blanchette !

 Il y a comme ça des gens qui portent des blessures toute leur vie…

   

A suivre…

Commentaires

Cher Crabillou
C'est une histoire touchante mais je n'ai pas bien compris qui a fait quoi, épousé qui. Et ce Mr Sénégalais je ressens l'immense pitié qu'il a dû éprouver pour ceux qui se croient différents.
Allez une bise discrète pour cette histoire ! Monique

....
Ce sont les bonnes âmes de la "petite bourgeoisie" qui mirent la demoiselle " légère",dans les bras du soldat noir, pour donner un père à l'enfant du péché...Une histoire banale, somme toute...
Crabillou.

Écrit par : monique-âne | 11/02/2007

heureuse que par ce portrait tu ai rehabilite le fameux Michel dont le surnom me paraissait aussi lorsque j'etais enfant d'une profonde injustice bien que j'apprennes son histoire aujourd'hui .rv au prochain portrait

....
Sais-tu que tu fus la voisine d'une de ses filles à monsieur Blanchette..Et oui !

Écrit par : lailai | 11/02/2007

Bonjour Crabillou,
Je vois que tu tiens tes promesses et que tu as consacré un texte à Blanchette.
Depuis ce matin c’est séance nostalgie dans ma tête. Quel dommage que personne n’ait une photo de ce personnage haut en couleur (et pas seulement en noir et blanc, l’homme pas la photo) en tenue d’apparat dans le rôle de tambour major. J’ai même fouillé dans la vielle boîte à biscuits en fer blanc où je range pieusement mes plus anciens tirages, rien hélas.
Pour moi qui suis né juste à côté de l’ambassade du Portugal sur la route de St Bonnet/Issac la Tourette le racisme sous jacent qu’implique le surnom de Blanchette, et ton illustration aussi, me rappelle un propos tenu à l’époque que tu évoques.
Cela se passait dans l’un des très nombreux bistros de Châtel, un an environ après la mort du petit père des peuples. Le bistro en question existe toujours, il monte la garde sur la rive du Sardon, juste avant le pont qui permet d’aller vers la gare. A cette époque bénie il y en avait même un deuxième de l’autre coté du pont, cela permettait aux aventuriers qui traversés le Sardon de pouvoir se désaltérer avant et après. On n’est jamais assez prudent.
Donc ce soir-là, le père L., solide buveur devant l’éternel, auquel il ne croyait pas, lui était plutôt de la chapelle du petit père précité, tint le propos suivant qui resta à jamais gravé dans ma mémoire : « un jour le maire de Châtel s’appellera Pépito ». Cela pour dire qu’il y avait de plus en plus d’étrangers.
Finalement le père L. était assez bon visionnaire Le maire de Châtel ne s’appelle pas exactement Pépito mais presque. L’homme n’est donc pas si mauvais que cela mais il lui faut de temps pour tordre le cou à ses préjugés.
Cette forte pensée est restée en moi, inexplicablement, comme une boussole, elle ne m’indique pas le Nord, mais la tolérance envers l’autre, celui qui est différent.
On peut donc apprendre à tout âge et en tout lieu, même à 6 ans, dans un bistro fréquenté ce soir-là par une sacrée bande de boit sans soif.
Merci père L. pour cette boussole cadeau.

Au fait si quelqu’un à une photo de Blanchette, qu’il se fasse connaître de toute urgence.

Merci pour ta chronique Crabillou et continue à garder le Puy de Dôme quelques siècles encore.

....
Je vais donner une suite à cette note.

Le père L. C'est bien de celui qui avait accroché le drapeau bleu blanc rouge au clocher de Chatel à la Libération dont tu parles ?
La mort ne lui faisait pas peur à celui-là, puisqu'il gardait le cimetière !

Salut à toi et grosse bise à l'ex-pensionnaire du Creps (Elle dormait peut-être dans la salle où a été rafistolé notre black au grand coeur)

Je viens de retrouver le nom de l'hotel qui hébergeait l'Hopital Militaire...L'hotel Barthelemy.

A propos de Maire, le prédécesseur de Borsalino, c'est lui qui habite dans la Villa de....La Mère aux Chats !

J'arrête, le match reprend...à plus !

Crabillou.

Écrit par : Merci la mère au chat | 11/02/2007

Bravo pour le portrait de ce gentil monsieur dont j'ignorais le vrai prénom.
Mais en 1969 (date de mon arrivée à Chatel) il me semble que beaucoup de gens ne donnaient plus un sens péjoratif au nom"Blanchette".
Il est vrai qu'à l'époque les conversations portaient plus sur les nouveaux envahisseurs venus du Sud.Envahisseurs super sympa que je salue d'ailleurs!
J'ai un fils blanc et une petite-fille métis...Va savoir pourquoi mon brave monsieur!

Une étrangère venue du Nord

....
Ton fils est blanc !
C'est un peu tard pour faire quelque chose...Encore que !
Il est jeune, il peut foncer...D'ailleurs, en notre dure époque, il vaudrait mieux pour lui que ce soit un fonceur !
...Et gros bisou à ta jolie petite fille, elle peut être fiere de ses grands parents, et arrière grands parents blancs !

Alain.

Écrit par : Allier-née | 11/02/2007

Suite à la suite de mon commentaire.
Non il ne s'agit pas de ce L.
3 indices :
Plâtre
2 CV
Rugby
?????
Un bonus : son tour de taille était supérieur au tour de poitrine de Lolo Ferrari.
Je peux faire une charade aussi en 3.
J'utilise ce L. eu peu anonyme, je ne voudrais pas froisser Jacques et Claude ........ ?

Tu peux donner ta langue aux chats (la mère) par mail.
Beau match, vivement le prochain.

...
Sûr, si c'est bien le platrier à bouc et à casquette auquel je pense, il aurait eu du mal à faire la course avec le père "Sico", pour grimper au clocher !
I'am ready (presque !) for send you a mail with photos of the PDD in winter !

Bouna neu !

Écrit par : Merci la mère au chat | 11/02/2007

Bonsoir,

Tu vois, le racisme recule; aujourd'hui, ce Sénégalais, les biens pensants ne l'appeleraient plus Blanchette, mais Monsieur Blanchette, et il se ferait contrôler que 5 fois par jour ses papiers s'il habite en banlieue dans le Val de Marne.

T'as bien fait d'en toucher quelques lignes

Amitiés

Le grillon

Écrit par : christian | 11/02/2007

Suite à la suite de la suite.
Bingo ta as gagné.
Je mets du champagne au frais pour fêter cet exploit et pour le jour où tu nous rendras visite. Si tu es capable d'abandonner le Puy de Dôme quelques jours.
Adichat.

Écrit par : Merci la mère au chat | 12/02/2007

Moi je suis la mère Michèle et je reviendrai lire cette longue note demain matin, à la fraîche pour tout comprendre. Bises de miche

Écrit par : miche | 13/02/2007

Les commentaires sont fermés.

 
Accueil Blog50 | Créez gratuitement votre blog | Avec notretemps.com | Toute l'info retraite | Internet facile | Vos droits | Votre argent | Loisirs | Famille Maison | Cuisine | Jeux | Services | Boutique