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16 novembre 2006

Au Fil du Fleuve..(2)

La Rencontre...

  

Elle remonte très loin, ma rencontre avec le Chambaron, ce fleuve qui baigna toute mon enfance.

 J’avais trois ans peut-être, quand ma grand’mère me le présenta.

 Elle m’amena un jour à la « prise d’eau », où elle gardait ses moutons.

 La prise d’eau, c’était le bief où était captée l’eau du « vieux lavoir ».

 Ce vieux lavoir était désaffecté depuis bien longtemps, remplacé par deux lavoirs neufs et modernes, l’un « au quartier », lavoir uniquement, et l’autre à « la barrière », qui lui avait un abreuvoir sur son fronton. Ces lavoirs et l’abreuvoir de la place étaient alimentés en eau de Volvic qui y coulait jour et nuit jusqu’à trois cents soixante six jours par an, certaines années !

 Elle commençait à être sérieusement délabrée la prise d’eau à cette époque, et le vieux lavoir aussi, qui servait de décharge ! C'est là, que l'on portait les un ou deux kilos de déchets ultimes, que produisait annuellement chaque famille du village, tout le reste des ordures était recyclé, ou jeté au feu !

  Le barrage et le bief étaient ensablés, et le déversoir, ainsi que les murs latéraux  à demi écroulés, faute d’entretien.

 Le canal d’alimentation du lavoir, ainsi que celui d’évacuation étaient eux bouchés depuis longtemps.

On y vit une année s'installer une famille de blaireaux. Ils eurent les honneurs de la place, comme chaque année leurs cousins des collines.

 Enfumés et moitié asphyxiées à la chloropicrine, guéttés à la sortie du trou, par de courageux chasseurs.

 Deux gros et quatre petits, qui pissaient le sang, tués à la sortie du terrier par un coup de serpe... On ne gaspillait pas les cartouches comme maintenant !

 C’était portant un travail de maçonnerie formidable que cet ensemble bief lavoir.

 Tout en pierres de Volvic taillées, quel dommage d’avoir laissé tout ça se délabrer et disparaître, il n’en reste pas grand-chose aujourd’hui.

medium_vieux_lavoir.jpg

 Voilà, ce qu’il en reste, la croix qui veillait sur les lavandières.

 Et même elle, si elle ne fut pas détruite, elle a été déplacée de l’autre coté du chemin…

 Le Chambaron, il est toujours là, caché, au fond, à l'abri des arbres.

 Même de l’autre bief, plus bas sur le fleuve, qui lui resta en service jusque dans les années cinquante, de ce bief qui alimentait le moulin de Fontête, il n’en reste pas grand chose non plus.

 En ces temps, ou l’économie n’était pas un mot, mais une règle de vie, tout le monde se donnait à la tâche !

 L’eau de la rivière comme tout le reste, bêtes et gens !

 Mais l’eau, quand elle avait fini son travail, au lavoir ou au moulin, on lui rendait sa liberté, elle retournait à la rivière…

.J’ai d’abord eu peur de ce monstre bouillonnant !

 Et pourtant, plus tard, il devint mon meilleur compagnon.

 Sur le bord du mur, je le vis…depuis un moment déjà il résonnait à mes oreilles.

 Comme un chant, ou une plainte…le bruit de l’eau !

 Magique !

 Un miroitement continu, des éclaboussures qui jouent dans le soleil, comme un serpent d’argent qui descend à toute allure sur la pente moussue du déversoir.

 Il lui faudra tout l’hiver au fleuve de deux mètres de large, pour l’arracher toute cette mousse, plus quelques pierres.

 Elle repoussera à l’été la mousse, quand seul un filet d’eau, puis plus rien, pendant un mois ou deux…

 En bas, dans des remous mousseux, il se réorganise, il laisse dans son tourbillon le sable arraché plus haut, dans la Vallée de Prades, et repart en direction du Pré des Saules.

 Il retrouvait, du temps où il était dompté, l’eau qu’on lui avait pris ici, vers le Pont de La Plaine.

Cette eau chargée de bulles du savon qui avait lavé les draps du village, entraînant avec elle des histoires secrètes d’amour, de drame et de misère aussi.

 Il lavait tout le Chambaron !

 Il fallait voir, en Décembre, à la pleine eau, se dérouler les boyaux de tous les cochons sacrifiés sur son cours, filer, adroitement maniés et retournés par des mains expertes, la merde verdâtre filait plus bas, allant nourrir la vie secrète des berges…

 Il connaissait ainsi, comme la vie des alcôves, le régime de chaque goret du village le Chambaron!

 Le fleuve est un témoin, c’est aussi une mémoire !

 Et c’est ainsi que je le vis, pour la première fois, pas menaçant, non,d’ailleurs la main chaude et ferme de ma mémé me mettait à l’abri de tous les dangers, mais il m'inspirait de la crainte, du respect…

 Il me faudra longtemps pour en découvrir les mystères…et encore, pas tous !

  

 A suivre…

Commentaires

j'aime les mots, le style,l'histoire, enfin je me régale à te lire .
Amitiés mamedjo

Ecrit par : josette | 16 novembre 2006

waouh ! ! si j'osais me permettre un jugement, ça serait du 20/20 !

vous décrivez merveilleusement bien et vos souvenirs ressemblent un peu aux miens (les vôtres sont plus riches, beaucoup plus riches) ; il semble qu'ils vous aient donné un bon goût de terroir. Quelle chance vous avez. Amitiés.

Ecrit par : monique-âne | 16 novembre 2006

Merveilleux article que j'ai pris plaisir à lire, même si je connais pas toute l'histoire de ces lieux.
Merci.

Ecrit par : michelle | 16 novembre 2006

Oui très belle histoire quand on sait dire les mots , le Chambaron , devient tout autre et on se prend à l'aimer ce fleuve que l'on ne connaît pas ! Merci et a suivre avant de tomber à l'eau !! amitiés ! huguette !

Ecrit par : macary huguette | 16 novembre 2006

bonne description de tes souvenirs près du Chambaron avec la grand-mère. Les lavoirs, en plus de l'utilité étaient l'occasion de voir les habitants, de parler des nouvelles du pays. Dommage de leur absence, dans certains villages ils sont restaurés, mis en valeur maintenant; il me semble qu'en Bourgogne il existe le circuit des lavoirs. Bonne soirée. Renée

Ecrit par : Renée | 16 novembre 2006

comme c'est bien écrit, comme d'hab.. J'aime me "plonger" dans les lavoirs...Dès que je sais qu'il en existe un à tel endroit, j'y vais... bises de miche

Ecrit par : miche | 16 novembre 2006

toujours la plume d'un grand écrivain un délice alain merci pour toutes tes belles histoires
bonne nuit
Simone

Ecrit par : simone | 17 novembre 2006

Dommage mon grand,tu as oublié les truites et ça comment veux tu que je te pardonne,la prochaine fois n'oublie pas les farios à points rouges.salut mon bon,et j'ai bien aimé.

Ecrit par : heraime | 17 novembre 2006

Merci pour ces souvenirs, et comme dit Huguette, on se prend à l'aimer ce fleuve qu'on ne connaît pas!
Besos
Odil

Ecrit par : Odil | 17 novembre 2006

je me suis laissée porter par la courant sur ce magnifique souvenir sur le Chambaron.......
Connaissez-vous des lavandières, comme il y en a au Portugal
Surtout celles de la rivière de la ville de Setubal
Ce n'est vraiment pas des lavoirs, où elles lavent mais des volières
Il faut les entendre et les voir, rythmer leurs chants de leurs battoirs

Tant qu'y aura du linge à laver
On boira de la manzanilla
Tant qu'y aura du linge à laver
Des hommes on pourra se passer
Et tape et tape et tape avec ton battoir
Et tape et tape tu dormiras mieux ce soir

BONNE JOURNEE ET A BIENTOT
ANNIE

Ecrit par : MAMINIE | 18 novembre 2006