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17/06/2007

SACRE BONHOMME...( Chapitre I )

Je remets en ligne l'hommage à mon père, mort en Décembre , il y a une dizaine d'années...

Voici le Chapitre 1, si vous voulez voir le chapitre 2, il est sur le blog à la suite, dans l'ordre logique de lecture....

Dans la série des portraits que j'ai entamée ici,s'il en est un qui me tient particulièrement à coeur,c'est bien celui de cet homme là !

medium_georges-1.jpg


Cette photo,comme celle que vous verrez plus loin date de 1978,il avait alors 65 ans.

Je crois avoir dit en entamant cette rubrique,que parmi les gens "ordinaires" que nous croisons chaque jour,un grand nombre d'entre eux mériteraient qu'on leur consacrât un roman.

Si réellement on voulait écrire un livre sur cet homme,il faudrait sans doute plusieurs volumes.

Peut-être serait-ce moins dense et palpitant que les "Mémoires" de notre blonde chanteuse Lorie,je ne kiffe pas trop, donc je ne les ai pas lues !

Quoi qu'il en soit,je vais essayer,en rassemblant tout ce que je sais de lui, de vous tracer les grandes lignes de la vie de Georges-Gustave, dit Tatave,Jojo,ou encore Le Parisien.

Ne cherchez pas,il n'était ni célèbre,ni même connu,à part de ses proches et de ses amis.

Le portrait,et la photo ci-dessous,où on le voit avec l'une des "Soeurs Etienne",deux poules naines parfaitement apprivoisées,qui se perchaient sur son bras pour l'accompagner dans de paisibles siestes,ces photos sont des images de la partie "tranquille"de sa vie.

Il profite d'une retraite, on le verra, bien méritée.

medium_georges-2.jpg


Cet homme était l'avant-dernier d'une fratrie de huit enfants,tous fils et filles d'un terrassier Belge venu à Paris à l'occasion des grands travaux de la fin du 19ème siècle.

Il est venu,y est resté et a fondé sa famille.

L' enfance de Georges,Georges Gustave, fut celle de tous les gamins des banlieues,fils et filles de prolos comme lui, qui s'amusaient de tout,y compris des scènes de ménage "avinées" du samedi soir.

La misère est joyeuse quelquefois.

Il s'écorchait les genoux sur les pavés des rues de Romainville,s'égratignait les mollets dans les broussailles qui garnissaient les "Fortifs" à cette époque,en compagnie de "Mignonne",la chienne Bas-rouge de la famille.
C'était la "Zone",ni ville ni campagne,et un peu les deux à la fois,un peu bidonville aussi sans doute.

Tout cela aujourd'hui est noyé sous le bitume et le béton.

Il se baignait dans le canal,et somme toute vécut une enfance heureuse,un peu à la manière de ce que décrit Cavanna,dans son livre "Les Ritals".

L'amour d'une mère fut pour lui de courte durée,la sienne mourut alors que le petit dernier.Maurice,avait à peine un an.
Ce qui explique sans doute qu'ils n'étaient que huit, ne comptons pas les deux ou trois enfants mort-nés.

Lui,Georges,n'avait que trois ans.

Les grandes soeurs prirent le relais de la maman trop tôt disparue.
Elles lui permirent aussi d'échapper quelquefois à la colère du père qui maintenait l'ordre à coups de "Marguerite tranquille",c'est ainsi qu'il appelait son ceinturon.

Le père terrassier,Théodore, mourut quand Georges,Tatave pour ses frères et soeurs,avait à peine douze ans.

Comme les grandes soeurs avaient remplacé la mère,le frère le plus âgé,qui avait treize ans de plus,Emile,électricien aux Chemins de Fer,devint lui le chef de famille.
L'ainé,Louis,dit Ptit'Louis n'était déjà plus là.

Cette histoire est donc loin d'être du Zola,puisque le petit georges et son cadet Maurice ont échappé à l'orphelinat !

A douze ans bien sûr il fallut quitter l'école et aller au travail.
Une chance,à cette époque où deux millions d'hommes étaient morts ou estropiés à la guerre,le travail ne manquait pas pour les gamins courageux.
Et notre Georges d'aider son frère René à convoyer les bestiaux aux abattoirs,puis plus tard de travailler dans les carrières de plâtre,plongeur et aide-cuistot dans une guinguette en bord de Marne,et pas mal d'autres boulots...

Après l'enfance,la jeunesse...Sa jolie petite gueule et son physique de jeune costaud lui valurent nombre de bonnes fortunes...

La vie était belle !

Ses yeux pétillaient de malice quand il parlait de cette époque-là...

Les années passent,l'époque change,grèves et manifs,Front Poulaire,le ciel s'assombrit à l'Est.
L'Europe se couvre d'un épais voile brun,il en reste aujourd'hui encore hélas de larges lambeaux.

Puis,c'est la drôle de guerre...Et la guerre,la dernière bien évidemment !

Georges qui s'est marié avec une Auvergnate "montée" à Paris rejoint son régiment,le 23ème d'infanterie sur la ligne Maginot,cette ligne,pur produit du génie militaire français est sûre,elle est infranchissable,et de toute façon,il n'y a pas à s'inquiéter,le slogan de l'époque,c'est "Nous vaincrons,car nous sommes les plus forts !".
C'est pendant cette période que meurt la petite fille de trois ans qu'il eut de sa première épouse.

Infranchissable la ligne ?

Peut-être bien,mais Adolf est un tricheur qui ne connait rien des bonnes règles de la guerre,il fait le tour,et en quelques mois la chose est réglée !

Georges ne participera pas au rallye Strasbourg-Biarritz (Je crois que c'est l'Etat-Major Français qui a gagné !),comme il disait,"..Il s'est fait faire aux pattes", avec une bonne partie de son régiment.

Et les voila nos soldats,en route,à pied,avec godillots et bandes molletières...Direction l'allemagne et ses accueillants "Stalags".
Ils furent deux millions je crois,nos soldats,à visiter et séjourner dans les villages de vacances du Grand Reich...
Mais Georges n'était pas de ces oiseaux dociles qui restent au fond de la cage.
Une première tentative d'évasion lui valut pendant un temps un séjour de trois ou quatre mois dans un camp plus dur,on voyait clairement le fond de la gamelle de soupe,même l'herbe de la cour fut "bouffée",Georges dixit.

Mais le front de l'Est était gourmand en hommes,les campagnes allemandes manquaient de bras.
Beaucoup de prisonniers furent "dispatchés" en "commandos" de travailleurs agricoles.
Voila donc notre titi Parisien transformé en valet de ferme,quelque part en Thuringe.
Le fermier,surnommé "Pépito",s'inquiètait beaucoup pour son fils envoyé sur le front de l'Est.."..Ach! Georges,gross malheur la guerre..".

Gross malheur oui,et elle était loin d'être finie en 1941 !

Et cette fois fut la bonne !

Une carte,fournie par une jeune allemande compatissante,quelques tablettes de chocolat soigneusement épargnées sur les colis de la Croix-Rouge,et en avant,direction la Suisse,avec le copain Gaston.

Ils furent de ceux qui réussirent,seulement 60 000 sur deux millions qui s'évadèrent.

Trois cents kilomètres à pied,une traversée du Danube à la nage,et le confort pendant quelques jours d'une accueillante prison Suisse,et un peu plus tard,la liberté, enfin !

Nous étions à l'été 1941...Pas resté bouclé longtemps Jojo,le mitrailleur du 23ème !

Sur les photos,vous voyez un homme qui frôle gentiment le quintal,il pesait quarante-deux kilos à la fin de ce périple !

----------( A suivre )

Commentaires

Passionnant et bien raconté.
continue.

Bonne journée et WE.

Dominique

Écrit par : dmerlen | 17/06/2006

récit bien raconté, d'où il ressort tout l'homme vaillant, fonçeur; cela doit te faire plaisir de parler de ton Père ! pour moi plaisir également de lire ton texte.Bonne journée.Renée

Écrit par : Renée | 08/12/2006

Quand Crabillou lâche un peu la bride, mais c'est qu'on s'apitoierait. Finalement non je m'apitoie sur Lorie ; après tout qui sait qu'elle est son histoire à elle; Qu'est-ce qu'on sait des autres derrière les apparences ?
Mais peut-être que Lorie sert de déversoir de rancoeurs non exprimées.

Écrit par : monique-âne | 08/12/2006

Merci pour ta plume si tendre quand tu parles de ceux et de ce qui te touchent au plus près.
RM et toi m'avez tiré des larmes,
Merci mon crabe aux petites pinces d'or, et n'oublie pas :3637.3637.3637.3637.3637.3637.
3637.3637.3637.
Framboisine

Écrit par : framboisine | 09/12/2006

J'avais déjà lu cet article sur ton père et je le relis ce matin avec le même plaisir que la première fois. JE ne sais pas si le mot "plaisir " est adapté. S'il t'offusque, je m'en excuse. Mais en cette époque de pipeulisation, j'aime lire les chroniques de vie de gens "ordinaire" - le mot "ordinaire" est, bien sûr, à prendre sans connotation péjorative aucune.
Surtout maintenant nous avons besoin de tel "héros".
Merci!

Écrit par : Zorglub | 17/06/2007

Des notes de Crabillou comme je les aime, tendres, sensibles, vraies, où ton coeur parle et parle si bien de ce père vénéré et admirable. Merci encore , pour la remise en note de ce si beau protrait de père, qui nous semble si vivant, qui l'est tant et si fort en ton coeur,
Framboisine , bien triste aujourd'hui,

Écrit par : framboisine | 17/06/2007

Bonjour Alain,
Comme je n'ai jamais eu l'occasion de connaitre mon père.il est parti très tôt, le retour des camps lui ayant été fatal, je n’avais même pas trois ans. Alors je me régale avec ton récit.
Je reviendrai plus tard, car mon fils vient me fêter aujourd'hui. Bonne journée.

Écrit par : mmu | 17/06/2007

Quel bel hommage en ce jour de fêtes des pères.
Si , un jour , tu rassemblais toutes les expressions truculentes que ton papa employait , tu aurais déjà un gros livre.
Je pense que tu as beaucoup de points communs avec lui.Pendant les 3 ans ou j'ai habité ton illustre village, j'ai pris grand plaisir à échanger quelques mots avec lui quand je le rencontrais en promenant mon premier bébé ( bébé qui a maintenant 38 ans).
Bisous

Écrit par : Allier-née | 17/06/2007

Les commentaires sont fermés.

 
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